La Sirga : le paradis perdu de William Vega

William Vega avec La Sirga construit un long-métrage délicat et pertinent, à la beauté contemplative. Malheureusement il ne réussira jamais à transcender l’esthétique et à construire un récit fourni et qui retient l’intérêt.

La Sirga est le premier long-métrage deWilliam Vega. Au centre de son récit Alicia, qui fuit la violence qui a décimé sa famille et trouvera asile dans la petite auberge de son oncle Oscar, La Sirga. C’est plutôt cette auberge qui occupe le centre du récit. Ce lieu en forme d’Eden perdu que l’on ne parvient à situer ni dans le temps, ni dans l’espace dans lequel les victimes et les bourreaux trouveront leurs instants de répit, dans lequel chaque être qui y pénètre sort de la violence de la réalité, une femme mariée oublie ses responsabilités ou encore des pêcheurs la dureté de leur existence le temps d’une soirée, entraînés par la douceur d’une musique, la seule du film. Qui ils sont, et pour quoi ils se battent n’intéressent pas William Vega qui s’attarde bien plus sur les corps des personnages abîmés par le froid et l’effort comme sur les mouvements du vent dans les roseaux et la lagune qui entourent le lieu refuge. Si la menace n’est pas clairement nommée, elle est pourtant omniprésente et pèse sur les personnages comme sur l’atmosphère du film.

Le danger n’est jamais loin et le calme qui berce la Sirga n’est que passager. La mort rôde dans le passage d’une totora, une motte de terre recouverte d’herbe qui se détache et flotte sur le lac, annonciatrice de noyade, comme dans la venue de Freddy, le fils d’Oscar qui pervertira le lieu en l’exposant à la mort et à la terreur. La forme cyclique du récit l’obligera à se clôturer comme il a commencé sur la mort et la fuite. Malgré les deux thèmes prépondérants du long-métrage, celui-ci est habité par une quiétude engendrée par la beauté contemplative des plans. William Vega film la nature et les hommes comme un peintre composerait une toile de maître, avec un minimalisme excessif qui crée toujours l’admiration et l’émerveillement. Malheureusement cette virtuosité du réalisateur est également la faiblesse du film.

Le minimalisme de La Sirga, même s’il crée la beauté, finit par lasser et l’absence dans la majorité du film de musique, de paroles et même de péripéties directes nous exclu de la fiction mise en place. William Vega privilégie le silence à l’abondance de parole comme pour ne pas troubler la contemplation avec du bruit inutile. Malheureusement il va trop loin dans la suggestion et ne nous délivrant aucune clé pour la compréhension de l’histoire perd peu à peu notre intérêt. A force de contemplation on en oublie les vraies enjeux du récit et c’est l’ennui qui s’imposera comme le vrai vainqueur du long-métrage de William Vega.

TheTowrope1

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