L’écume des jours : le défi de Michel Gondry

Demain c’est mercredi le jour des sorties !! Bon bon bon on a le choix dans les films que j’ai vus entre l’adaptation du roman que j’aime plus que tous les autres au monde (oui oui !) L’Ecume des Jours, décevante forcément et un film espagnole, La Sirga, très maîtrisé mais surtout grand ami de l’ennui et le portrait d’une famille un peu spéciale avec 3 que j’avais vu à Cannes et dont j’avais interviewé le réalisateur, Pablo Stoll. Voilà les détails !

Michel Gondry s’est lancé le défi d’adapter au cinéma L’écume des jours de Boris Vian, l’un des romans cultes de la littérature française. A grand renfort de musique Jazz et de gadgets mécaniques, il prend le défi à bras le corps et pourtant…

Lorsque Boris Vian publia l’Ecume des Jours en 1947, c’est le roman qu’il réinventait, le langage aussi, la réalité elle-même jusqu’au thème le plus utilisé dans la littérature et l’art en général : l’amour. Plus que de jouer avec les mots et expressions, il leur donnait une vie autonome, ce sont eux qui occupaient l’espace du récit, jusqu‘à prendre forme par le biais d’objets plus insolites les uns que les autres, tous inventés par Vian, ingénieur de métier. Génie surtout de l’écriture car père de romans à l’univers unique dans lesquelles la noirceur tragique d’un monde sans illusion, d’êtres aliénés par le travail, détruits par la maladie et la mort, côtoie des moments de lumière fulgurants et intenses, tous portés par le sentiment le plus noble, l’amour. Si L’Ecume des Jours était passé inaperçu lors de sa sortie en librairie, il est devenu, après la disparition de Vian le roman culte de générations d’adolescents, une des plus belles, car une des plus tragiques histoires d’amour de la littérature.

Avouons alors qu’adapter l’œuvre au cinéma n’était pas chose aisée, autant au niveau de la reconstitution de l’univers fictif si imagé et insaisissable qu’au niveau des sentiments si intenses. Charles Belmont avait déjà tenté l’expérience en 1968, avec Jacques Perrin et Marie-France Pisier, c’est aujourd’hui Michel Gondry qui possède assez de folie pour oser s’atteler à un tel projet. Oui, lui aussi a un peu de ce génie débridé grâce auquel il accouche de films au monde si singulier et personnel, tels que Eternal Sunshine of the spotless mind ou encore La Science des rêves. C’est de ce génie qu’est marqué le style impeccable du long-métrage, habité par tous les objets mécaniques tous droits sortis de la tête de Boris Vian et matérialisés par Gondry qui a privilégié le mécanique au numérique. L’univers est foisonnant et assez fidèle à celui décrit par l’écrivain même si Gondry y ajoute des éléments sortis d’une impression de lecture toute personnelle, comme les effets de jambe des personnage lorsqu’ils se mettent à danser le biglemoi ou encore des machines à écrire folles, en mouvement perpétuel sous les doigts des dactylos.

Mais ce tour de force stylistique ne comble pas les lacunes d’un fond dont la noblesse n’est jamais servie correctement. Les acteurs d’abord sont loin d’être à la hauteur des personnages atypiques et profonds crées par Boris Vian. SiRomain Duris s’en sort parfaitement, Omar Sy lui est trop raide dans son jeu pour interpréter le personnage de Nicolas, obséquieux, séducteur et arriviste, tout comme l’est Audrey Tautou, mise à toutes les sauces dans le cinéma français, qui incarne une Chloé sans singularité aucune. On sent même la difficulté des acteurs à se débattre au milieu d’une image et d’un récit envahis par les objets et qui délaissent alors à leurs profits, ses sujets. Les personnages et les sentiments n’ont pas leur place dans l’œuvre de Gondry qui ne réussira jamais à créer l’émotion, dont l’œuvre originelle regorge à ras bord, et nous lassera par sa démonstration technique. Cette forme à l’avant scène reste elle somme toute assez classique et commence à être audacieuse seulement à la fin, avec une image qui se rétrécit et perd ses couleurs, comme pour concrétiser les frustrations des acteurs du récit. Si Boris Vian réinventait la forme pour servir le fond, Michel Gondry ne parvient lui ni à innover dans la forme, ni à retranscrire cette émotion brutale qui nous avait frappés en lisant l’oeuvre de l’écrivain.

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