Cannes 2013 : on fait le bilan calmement

C’est le jour J, celui de la remise des récompenses, pour le jury du 66e festival de Cannes ce sera vers 19h, pour moi c’est maintenant. Après 11 jours de festival, ce qui représente, 27 longs-métrages, 7 courts, 6 conférences de presse, 4 interviews, 18 heures d’attente, 50 Nespresso Hawaï Kona, 10 San Pellegrino citron, 3 cupcakes de chez Vilfeu, un magnum personnalisé, deux baignades, 6 (peut-être 7, je sais plus…) coupes de champagne, une alterrcation au Carlton, et bien d’autres choses…voici mon palmarès :

Palme d’or : La Vie d’Adèle chapitre 1&2, d’Abdellatif Kechiche

Grand Prix du jury : Le Passé, d’Asghar Farhadi

Prix d’interprétation féminine : Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèles Chapitre 1&2

Prix d’interprétation masculine : Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure

Prix de la mise en scène : Roman Polanski pour La Vénus à la fourrurel

Prix du jury : Tel Père, Tel fils, d’Hirozaku Kore-Eda

Prix du scénario : Inside Llewyn Davis, d’Ethan et Joel Coen

Caméra d’or : The Lunchbox, de Ritesh Batra

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Cannes J+11 : last dance

Mon dernier jour à Cannes sera marqué par la bonne surprise du dernier Polanski : La Vénus à la fourrure, drôle, intelligent et sublimement mis en scène. Je profite alors à fond de la conférence de presse avec l’équipe du film et on peut dire que ça fait quand même quelque chose de voir s’agiter devant soit Roman Polanski…D’autant que c’est quelqu’un de vraiment original, effronté, drôle, intelligent, directif, un vrai bon moment. Par contre la fille blonde à côté de lui elle a l’air de ne pas trop savoir où elle est et pourquoi. Son air de « dumb Blond » comme l’a si bien suggéré Polanski durant la conférence (oups moment gênant…) ne la quittera pas, ça en devient terrifiant. Puis ça m’a donné l’occasion de revoir Mathieu Amalric! Après ça je continue sur ma lancée en me rendant à la conférence de presse du Jarmusch, Only lovers left alive, qui ne m’a pas emballé terriblement. Pas de Mia Wsikowska, ni d’Anton Yelchin (en même temps ils ont un mini rôle dans le film), mais un Jim Jarmusch en forme qui commence par nous remercier d’être là et d’avoir été voir le film, ça commence bien ! Une bonne surprise également que cette rencontre avec un réalisateur beaucoup moins arrogant que son film et une Tilda Swinton chaleureuse et réfléchie, qui l’eut cru! Après un dej en terrasse et une petite ballade dans le centre de la ville, pour lui dire au revoir, je retourne travailler une dernière fois café orange, prendre une dernière sans Pellegrino citron ( gratuite!!) et part assister à la cérémonie de remise des prix Un certain Regard, avec baskets, cheveux gras et cernes sous les yeux, même pas peur! Allez c’est l’heure de rentrer et de rédiger les dernières critiques avant la  remise des prix demain soir ! Le départ pour moi c’est dans l’après-midi, partagée entre grande joie de rentrer chez moi et petit pincement au coeur de quitter Cannes et de revenir à la vie réelle. Je me couche et la fatigue s’occupera du reste.IMG_1180 IMG_1181 IMG_1182 IMG_1184 IMG_1186 IMG_1187 IMG_1188 IMG_1189 IMG_1190

Le jury Un Certain Regard

Le jury Un Certain Regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Fruitvale station : prix talent de l'avenir pour Ryan Coogler

Fruitvale station : prix talent de l’avenir pour Ryan Coogler

Ah oui et j'ai vu Forest Whitaker aussi !

Ah oui et j’ai vu Forest Whitaker aussi !

Prix du jury pour Omar

Prix du jury pour Omar

Michael Kohlhass : la vengeance est un plat qui se mange froid

Arnaud des Pallières n’est pas tendre avec son spectateur pour qui il ne semble pas avoir fait Michael Kohlhass. Quelle était la motivation du réalisateur ? C’est la question qui nous revient pendant toute la projection du film. On n’y trouvera jamais de réponse, découragés par la froideur de la mis en scène et de l’image, habitée par des panoramiques de plaines majestueux, traversée par des cavaliers macabres. 

Un marchand de chevaux veut se rendre à la foire de la ville doit laisser deux chevaux en gage au Seigneur à qui appartient les terres à traverser pour y arriver. De retour il retrouve les deux bêtes, qu’il avait laissées en parfait état, presque mortes. Il mettra alors tout en œuvre pour obtenir réparation. Voilà sur quoi repose l’intrigue de Michael Kohlhass, d’Arnaud Des Pallières, adapté d’une nouvelle d’Heinrich von Kleist, publiée en 1808, sur la lutte d’un homme et sa foi en la justice au péril même de tout perdre, jusqu’à sa vie et celle de ses proches.

Le drame est là, partout : dans la mort brutale de sa femme, dans l’injustice qui vient frapper cet homme honnête et droit, dans sa petite fille orpheline, dans la situation de ces paysans aux abois qui le suivront coûte que coûte, dans son combat contre l’impunité des actions des privilégiés. Et pourtant ce tragique ne se voit pas, anéanti par la mis en scène austère de Des Pallières qui filme les hommes comme il filme les paysages, de façon abrupte et froide. Les décors, presque tous naturels, sont dépouillés, réduits au strict minimum, comme l’est l’expression des sentiments, ce qui donne un aspect adimensionnel à l’ensemble, aussi bien qu’intemporel. On comprend alors que le réalisateur ne veut situer son propos ni dans le temps ni dans l’espace son, pour donner un aspect universel à sa défense de la justice et de la droiture.

Mais en ne caractérisant à aucun moment ni ses lieux, ni le temps, ni les personnages qui évoluent à l’intérieur, c’est l’intérêt du spectateur qu’il perd. Intérêt mis d’autant plus à rude épreuve par la froideur de la réalisation, seulement portée par les sons exacerbés des mouches et autres éléments naturels, ainsi que par une musique épisodique. On en oublie la noblesse de la quête de Kohlhaas d’autant plus qu’elle n’est jamais vraiment montrée, toute la violence étant hors champ. Le corps et le visage du héros magnifique de Mads Mikkelson seront notre planche de salut dans l’ensemble difficile de 2h00. Mais même la figure iconique de l’acteur danois s’effrite, malmenée par sa difficulté avec la langue française et donc la notre à le comprendre. Et en un éclair foudroyant Denis Lavant traverse le film et devient la seule et unique chose à retenir de Michael Kohlhass.

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La Vénus à la fourrure : huis-clos virtuose pour Polanski

La Vénus à la fourrure est venue clôturer en beauté la sélection officielle du 65e festival de Cannes. Avec cette nouvelle adaptation d’une pièce de théâtre, après Carnage, Roman Polanski revient à son cinéma d’autrefois, dans lequel l’homme y est vulnérable, fragile mais aussi cruel et ridicule. Une vraie réussite qui nous réconcilie avec le réalisateur de Rosemary’s Baby.

Roman Polanski n’avait pas réussi à me séduire depuis un bon nombre d’années, depuis Lune de Fiel en 1992 en fait. C’est un peu à reculons que je me rendais à la projection cannoise de son nouveau long-métrage La Vénus à la Fourrure. Adapté d’une pièce écrite par David Ives, l’intrigue ne met en scène que deux personnages, un metteur en scène et une actrice, enfermés dans un théâtre, discutant de l’œuvre de Leopold von Sacher-Masoch, elle-même intitulée Vénus à la Fourrure, qui lui avait valu de donner son nom au sadomasochisme. Polanski transforme ce huis-clos en poésie portée par la mélodie des mots de David Ives, le jeu de Mathieu Amalric, captivant et surtout la mise en scène millimétrée, angoissante, passionnante.

Nous pénétrons dans l’espace scénique ainsi que dansle champ fictif du film par un long travelling, nous en sortirons à la fin de la même façon, et à partir de ce moment seulement l’action peut naître sous nos yeux de spectateur. Cet espace est absolument primordial dans la mis en scène qui en joue pour montrer les rapports de domination soumission, entre l’homme et la femme, le personnage de severin et celui de Vanda, entre le metteur en scène et son actrice. Les personnages s’affrontent, s’humilient tour à tour par actes et par mots tout en critiquant une à une les prétentions d’une certaine conception du théâtre, en même temps qu’ils offrent une réflexion sur la misogynie, sur l’art surtout et la possibilité de créer et d’interpréter librement.

Une discussion sur le théâtre et sur la vie rendue captivante aussi bien par les sous-thèmes qu’elle soulève, que par cette réalité et cette fiction qui s’inversent, se mélangent, jsuqu’à en être indissociables, teintées toutes deux de ce burlesque si caractéristique des premiers films de Polanski. Le film et la performance des acteurs oscillent toujours entre horreur et comédie, jusqu’à ne pouvoir les désolidariser l’une de l’autre dans un final drôle, mystique et jouissif. L’ensemble est habillé par une musique d’Alexandre Desplats tout aussi teintée de cette dualité troublante. On pense au Bal des Vampires, on pense à Lune de Fiel et on pense surtout que l’on est heureux de retrouver le réalisateur de ce cinéma misanthrope et  ridiculement drôle.

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Only Lovers left alive – Jim Jarmusch : la coolitude faite homme

Jim Jarmusch s’attaque au mythe du vampire dans un film au titre tragico-romantique Only Lovers left alive. Rien d’étonnant pour le cinéma du réalisateur américain, qui s’intéresse aux out-siders, aux marginaux évoluant dans un monde étrange et décalé. Ici ils seront le moyen de transmission d’une réflexion sur le monde, l’art et l’amour qui malheureusement se noiera dans un amas de références culturelles, transformant ainsi le film de Jarmusch en ensemble pompeux et prétentieux.

Le cinéma de Jim Jarmusch explore les thèmes les plus nobles, l’amour, la mort, l’art toujours de son point de vue romantique et mélancolique. Il jouit alors d’un crédit qui précède la fabrication de ses films, crédit qui est loin d’être injustifié aux vues de son dernier travail Only lovers left alive. Jarmusch a en effet un sens du style hyper développé, dans ses dialogues d’abord qui accrochent l’oreille et deviennent culte à la seconde même où ils sont prononcés ( feel free to piss in the garden, that is certainly visual…), dans sa mise en scène habitée de plongées tournoyantes, de ralentis appuyés ou encore de plans picturaux, œuvres d’art instantanée. Dans sa bande son aussi, hypnotisante, partie intégrante du récit, enfin dans ses personnages, iconiques, ici deux vampires romantiques liés à jamais, deux silhouettes fantomatiques déambulant dans les rues si différentes de Détroit et de Tanger, mais tout aussi belles sous l’œil de Jarmusch.

Là où la magie opère beaucoup moins c’est dans le propos artistico-philosophique développé par le cinéaste. Adam (sa femme se prénomme Eve…) est un vampire mélancolique qui s’apitoie sur l’état du monde et l’incapacité des humains à créer du beau et du positif. L’idée c’est que tout était mieux avant, le prouvent les innombrables références, en forme de clin d’œil, à des œuvres littéraires, des auteurs, des compositions musicales, musiciens, mathématiciens, philosophes et autres grands penseurs. Le personnage de John Hurt est d’ailleurs Christopher Marlowe (Auteur de Didon) en personne qui se révèle être aussi secrètement à l’origine des plus belles œuvres de William Shakespeare. Si les premières allusions font sourire les suivantes lassent lorsqu’on se rend compte qu’elles représentent la majeure partie des dialogues, destinés alors directement à une seule partie du publique qui pourra les comprendre et donc en rire.

C’est bien là  le gros problème du film de Jim Jarmusch qui semble donner plus d’importance à une posture intellectuelle qu’au propos qu’il développe. Le résultat est alors plus une démonstration du savoir d’un réalisateur, que l’exploration de thèmes comme l’état de la société actuelle, les relations amoureuses et la reconnaissance artistique, qui sont ici ironiquement développés de façon simpliste et stéréotypée. A part nous la jeter à la figure Jarmusch ne fait pas grand usage de l’immense culture dont il est le détenteur et se perd dans des longueurs inutiles ponctuées de fulgurances qui heureusement pour lui, rattrapent l’ensemble.

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My Sweet Peperland : John Wayne au Kurdistan

Hiner Saleem revisite le gens du Western dans un Kurdistan voisin d’Hollywood. Golshifteh Farahani se mue en héroïne libre et fragile et Korkmaz Aslan en John Wayne déterminé et toujours juste. Une vraie bonne surprise qui brise les tabous sans en avoir l’air.

My Sweet Pepper land c’est un peu le Rio Bravo Kurde, Korkmaz Aslan se met dans la peau du shérif fraîchement arrivé en ville avec la bonne intention de ne pas se laisser se dicter la loi par les groupuscules violents qui règnent sur le village. Tous les éléments du western  sont alors réunis : des coups de feu qui fusent, des affrontements virils, une conquête de l’ouest et une belle damoiselle à sauver. Le Kurdistan, où se déroule l’action, se prête parfaitement au genre, pays fraîchement libéré de la domination de Saddam Hussein, la conquête de l’ouest américaine y trouve son parfait terrain au milieu de ce désert rocailleux, de coutumes conservatrices et d’aventuriers à la recherche du pouvoir et de la liberté. Ce petit truc en plus c’est l’incursion du burlesque dans l’ensemble, qui dès la première scène, mettant en scène une pendaison bien laborieuse, donne le ton de l’ensemble. Parfois léger, parfois comique pour supporter un propos bien plus lourd et engagé.

En face de Baran, l’ancien combattant de la liberté recyclé en représentant de la loi, il y a Govend, une jeune institutrice, célibataire et loin de ses 7 frères et de son père. Victime d’une misogynie érigée en système, c’est au péril de sa vie qu’elle viendra porter l’éducation nécessaire aux enfants du village. Chassée, menacée, maltraitée, par tous les hommes qui l’entourent, c’est par elle que le réalisateur organisera sa réflexion portant sur l’importance de l’éducation dans l’évolution des mentalités, dont les femmes  sont les premières victimes. Ce femmes à qui Hiner Saleem donnera le premier rôle, en les mettant en scène ni mariées, ni soumises à l’autorité d’aucun homme, mais libres de penser et d’agir, les faisant même guerrières pour la liberté, en leur mettant des armes entre les mains.

La place est prête pour que l’histoire d’amour entre la courageuse institutrice et le beau shérif, dont la douceur s’oppose à la violence de tous les autres personnages masculins, se développe le plus naturellement possible. Moins traditionnel est le traitement de cette idylle dans un film parlant de la culture musulmane. Les deux héros de ce western moderne allant jusqu’à concrétiser sexuellement leur attirance. Une vraie bouffée d’air frais que ce Pepper land kurde qui n’a pas peur de franchir les barrières et le tout avec une touche d’auto-dérision, que demander de plus ?

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Cannes j+10 : me, myself et Cotillard

Avant dernier jour de festival de Cannes c’est celui des pannes de réveil et des sprints pour arriver à l’heure à la projection de The Immigrant. Je ne fais pas exception et m’installe dans le Grand Théâtre Lumière à 08h28 exactement pour la séance de 08h30, Je suis large! Après ce film molasson, avec presque 2h de grimaces Cotilladiennes, je file à la conférence de presse sans Joaquin Phoenix, pas grave je m’assois en face de Jeremy Renner et c’est pas désagréable! Je file manger un baegel chez Vilfeu ( qui font des cupcakes à à peu prêt tout!) et enchaîne avec le touchant My Sweet Pepperland, présenté à Un certain regard. Juste le temps d’écrire deux critiques et j’y retourne pour le Jim Jarmush, Only Lovers left alive, un chouilla pompeux…Je rentre rattraper mes critiques en retard et il est 01h17 j’éteins les lumières parce que demain à 08h30 c’est rendez-vous avec Polanski.

Elle est jolie la Cotillard quand même...!

IMG_1172Elle est jolie la Cotillard quand même…!

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