Cannes 2013 – Heli : Premier choc

La salle a tremblé, s’est exclamée et a finalement applaudi lundi soir lors de la présentation d’Heli de Amat Escalante. Plus troublée j’ai réservé ma réaction, partagée entre le choc initial et les questions sur les procédés du réalisateur pour le provoquer.  Verdict.

Lundi soir a eu lieu le premier choc du festival, avec la projection d’Heli, du mexicain Amat Escalante. Le réalisateur n’est ni complaisant, ni tendre avec son spectateur qu’il oblige à regarder l’horreur en face sans aucun filtre. Le cinéaste prend son temps dans la violence, la mort et la destruction, qui s’insinuent doucement dans le long-métrage comme une drogue dans les veines d’un toxicomane. Ainsi il n’hésite pas à filmer de manière frontale, en plan fixe des scènes de torture à la limite de l’insoutenable ou encore à montrer deux fois une même scène, celle d’un homme que l’on pend à un pont, mais de deux angles différents. Cette violence sans concession Escalante se sent obligé de la montrer et nous de la regarder comme pour honorer ceux qui la vivent quotidiennement dans son pays, comme pour la faire exister à nos yeux comme elle existe aux leurs.

Ces pulsions de violences s’alternent avec des moments d’accalmie montrant le quotidien d’une famille mexicaine lambda, le père et le fils travaillant dans une usine automobile, vivant avec la petite sœur et la femme de ce dernier, très jeune maman d’un petit garçon. Escalante montre ainsi comment l’insoutenable à la limite de l’extraordinaire peut surgir dans le banal, dans l’ennui même, la scène hallucinante et hallucinée d’un char débarquant dans la cour des personnages principaux, renforçant cette idée. Le réalisateur donne surtout un visage à travers l’itinéraire de cette famille, aux images chocs qui hantent les journaux mexicains. C’est le drame humain qu’il explore, caché, derrière le fait divers.

Ce procédé  est à double tranchant et peut créer un rapport de répulsion fascination qui nous interroge sur la véritable nécessité de tout montrer. Si Hitchcock disait que les choses étaient plus fortes si on ne les montrait pas, ce n’est pas l’avis d’Escalante qui tient à marquer nos mémoires après le choc initial. Que l’on soit d’accord ou non avec sa méthode, Heli nous bouscule, nous heurte, nous interroge comme doit le faire le cinéma aussi et rien que pour ça on aime.

Heli

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s