Le Congrès : les limites du pouvoir de l’imagination

C’est très ému qu’hier soir Ari Folman a livré Le Congrès, sa nouvelle création aux spectateurs de la Quinzaine des réalisateurs. Un objet  hybride, moitié prises de vue réelles, moitié animation, qui nous a nous-mêmes laissés partagés entre émotion et déception.

Hier  c’était au tour de la Quinzaine des réalisateurs de s’ouvrir avec au programme le nouveau film d’Ari Folman, Le Congrès. Il y a cinq ans c’était avec sa Valse avec Bachir que le réalisateur avait séduit la Croisette qui attendait alors beaucoup du nouveau travail de l’israëlien. Si ce dernier fait la part belle, une nouvelle fois aux, premières amours de Folman, l’animation, c’est dans sa première partie en live action que le long-métrage nous séduit d’avantage. Adapté du roman de science-fiction de Stanislas Lem, Le congrès de Futurologie, le film en reprend les réflexions, tournant autour du pouvoir de l’imagination, des dérives de la fascination du public envers ses idoles  ou encore de la liberté de choix et d’image.

Mais les thèmes les plus forts émotionnellement et qui, finalement serviront de fil rouge au long-métrage, sont ceux amorcés par la première partie autour du cinéma et de son avenir incertain dans cet air postnumérique, du métier d’acteur et surtout autour de celui de mère, tous deux parfois impossibles à conjuguer. C’est assurément le duo Harvey Keitel-Robin Wright qui attire tous les regards, lui dans la peau d’un vieux manager amoureux de son actrice et elle dans son rôle, celui de star déchue qui résonne comme un aveu autobiographique. C’est autour de ce thème que le duo nous offrira la scène la plus puissante du film : Robin Wright passant progressivement du rire aux larmes au son de sa propre histoire et de ses propres angoisses, cristallisant en même temps  celles de toutes les actrices du monde.

La puissance émotionnelle de cette première partie laisse ensuite place, pour la deuxième, à un délire technicolore moins tourné vers l’émotion, mais d’avantage vers la démonstration technique. On voyage à travers un monde aux couleurs flashies, aux plantes qui s’animent et aux cafards qui parlent entre deux réflexions philosophiques parfois dignes d’un Avatar. La réflexion est honorable certes et foisonnante, à tel point qu’on s’y perd. Ari Folman a voulu jouer sur tous les tableaux en menant de front une réflexion sur les acteurs, le cinéma, mais aussi la maternité, le temps, la liberté de choix et de représentation à tel point que les questions se bousculent dans notre tête: la notion de temps est-elle subjective ? Jusqu’à quel point notre image appartient-elle à ceux qui la regardent ? A quel point l’image des acteurs nous appartient-elle ? L’émotion qu’ils partagent avec nous devient-elle également notre ?…L’étourdissement provoqué par ces méditations laborieuses et par les couleurs et les formes criardes finit par nous gagner et nous laisse à la fin un peu pantois sur ce que nous venons de traverser…

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