Le Passé : premier coup de coeur cannois

Asghar Farhadi s’aventure sur les terres françaises avec son nouveau film Le passé, mais n’en n’oublie pas pour autant les qualités qui font son cinéma. Il livre encore ici un travail fragile sur la force des sentiments et sur les conséquences qu’ils peuvent avoir. Bouleversant.

Dans son cinéma Asghar Farhadi parle de son pays, l’Iran, et de comment les sentiments les plus dramatiques et les plus merveilleux aussi peuvent s’y développer. Il l’avait si délicatement montré dans Une Séparation bien-sûr, reparti avec pléthore de récompenses, mais déjà dans Les Enfants de Belleville, lieu du développement d’un amour si fort qu’il était obligé de se taire pour rester intacte face à des drames propres à la société iranienne. L’aventure française du cinéaste nous avait un peu effrayés quant à la préservation de cette précieuse capacité à injecter si délicatement le drame dans l’ordinaire et à parler des sentiments les plus forts sans jamais rien dire. Cette inquiétude était vaine, puisque comme le réalisateur le dit si bien l’art n’a pas de nationalité, tous comme c’est le cas des sentiments les plus nobles et les plus tragiques aussi. Tout comme il l’avait fait avec ses précédents longs-métrages, l’intrigue du Passé s’encre dans le giron familial, lieu dramatique le plus universel qui soit.

Au centre de celle-ci une femme, Marie, et deux hommes, celui de son passé, Ahmad et celui de son avenir, Samir. Un triangle amoureux hanté par la présence d’une quatrième personne, la femme de Samir plongée dans un coma depuis 9 mois. Deux présences, celle d’Ahmad et de la femme de Samir, qui concrétisent l’idée abstraite selon laquelle on ne peut jamais vraiment se séparer de nos actes passés. Mais le drame ne se joue pas vraiment au sein du quatuor amoureux, on le découvre lentement à travers des indices que Farhadi sème insidieusement dans le chemin narratif, construisant ainsi son film comme un thriller amoureux dont les liens ne se dénoueront peut-être jamais. Car ce qui compte vraiment, c’est beaucoup moins la vérité que celles multiples des personnages, celle de Lucie surtout, la plus grande fille de Marie, rongée par celle qu’elle s’est construite, morbide et culpabilisante. La jeune Pauline Burlet offre une performance bouleversante propulsant une force incroyable au personnage de Lucie qui nous ramènera à nos propres interrogations sur les conséquences de nos actes passés ou encore ceux de nos parents.

Le film trouve sa faiblesse dans l’amoindrissement de la force des sentiments crée par le contexte français, moins contraignant dans leur expression que l’iranien. Cette limite est aussi ressentie avec celle du jeu de Bérénice Bejo qui semble avoir du mal à s’exprimer complètement face à celui d’un Tahar Rahim décidément très talentueux et à l’acteur iranien Ali Mosaffa tout en finesse. Asghar Farhadi lui réussit ici, comme à chaque fois, à jeter un œil fragile sur les sentiments humains et sur leur force avec une phrase qui sonne comme l’antithèse de toute son œuvre « personne n’est indispensable ».

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