Fruitvale Station : mélo quand tu nous tiens

Ryan Coogler est nommé dans la sélection Un Certain Regard pour son film Fruitvale Station, hommage à Oscar Grant, abattu sans aucune raison par un membre des forces de l’ordre. Une trop grande empathie pour son sujet fait assurément souffrir le film qui devient plus une accumulation de scènes mélos qu’une analyse pure de la situation. Dommage.

Fruitvale Station était précédé par sa réputation grâce à sa victoire au festival américain du cinéma indépendant de Sundance et à son étiquette « adapté de faits réels ». Ces faits remontent à la nuit du 1er janvier 2009, lors de laquelle Oscar Grant, âgé de 22 ans, a été abattu dans le dos, par un policier, qui aurait confondu son arme et son taser. Fruitvale Station c’est le nom de ce lieu au sein duquel le drame s’est joué, celui alors que Ryan Coogler a décidé de donner à son film. Pour son premier long-métrage le jeune réalisateur de 22 ans s’empare d’un matériel au grand potentiel tragique, cadeau qui peut très vite se révéler empoisonné, si on ne le manie pas avec précaution. Si, comme c’est le cas ici, on se laisse facilement piéger par la dimension dramatique sans pendre la distance qui servirait à un développement plus pertinent.

Ryan Coogler se laisse dévorer tout cru par le mélo et le sentimentalisme. En faisant de la victime le guide du spectateur (le récit est vu à travers ses yeux uniquement), il enlève ainsi à ce dernier la possibilité de prendre de la distance par rapport aux actions et aux sentiments d’Oscar. Le spectateur se sent piégé dans le jeu de l’émotion et de l’empathie automatique. Seuls les plus avertis s’apercevront du petit jeu du réalisateur et prendront la distance nécessaire pour se rendre compte de la description ridiculeusement positive du personnage d’Oscar. D’accord il a fait de la prison pour avoir dealé de la drogue, mais le jour même du drame il avait décidé de tout arrêter et de recommencer à zéro. D’accord il a trompé la mère de sa fille, mais ce n’était qu’une seule fois et il n’aime qu’elle. D’accord il s’est fait virer de son boulot parce qu’il n’en foutait pas une, mais il veut récupérer sa place parce qu’il est tellement doué dans le contacte avec les clients. D’un dealer ayant purgé une peine de prison, d’un compagnon infidèle et d’un père absent, Coogler fait une figure quasi-christique.

Aucun des actes répréhensibles desquels il est pourtant accusé dans le film ne nous est montré, à la place nos yeux et donc notre esprit, n’ont le droit qu’à des séquences d’émotion ampoulées montrant Oscar Grant en train de jouer avec sa fille, de préparer une fête d’anniversaire à sa mère,  de prêter 300 dollars à sa soeur et cerise sur le gâteau, de tenter de sauver un chien qu’un chauffard vient de renverser. Comme pour appuyer l’injustice dont il a été victime, Coogler penche vers le trop positif oubliant les nuances. En voulant à tout prix l’ériger en martyre, ce qu’il est déjà sans aucun doute, le réalisateur passe à côté du sujet en étant incapable de le transcender et noie ainsi son film dans un océan de bonnes intentions. Des bonnes intentions ce dernier n’en manque pas et frappe fort avec ses scènes d’ouverture et de clôture qui démontrent que décidément l’horreur de la réalité dépasse souvent la fiction, mais ne va jamais plus loin que ça.

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