Tomer Sisley : « Je voulais donner tout ce que j’aurais aimé qu’on me donne »

Mardi c’est installée sur le ponton de la plage du Majestic que j’ai pu rencontré trois des acteurs passés derrière la caméra à l’occasion des 20 ans des talents Cannes de L’Adami. Une rencontre avec trois jeunes réalisateurs qui ne pensent tous qu’à une chose: leurs acteurs. 

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet et comment vous êtes arrivés dessus ?

Clément Sibony : comme tout le monde je crois, Jean-Jacques MILTEAU le président de l’Adami m’a contacté pour savoir si je voulais réaliser un court-métrage. Puis ça tombait bien pour moi parce que j’étais en train d’essayer de prendre les droits d’un roman pour faire un long-métrage, sans passer par la case court (rires), donc c’était pile le bon moment. Je ne peux pas dire que ça m’a servi d’entraînement parce que je voulais servir d’abord les comédiens, mais c’est bien tombé.

Tomer Sisley : Moi, c’est moi qui ai demandé au président de l’Adami, que j’avais revu lors du gala de l’Union de faire partie du projet.

Léa Drucker : Pour ma part, c’est  Mon voisin productions qui m’a contactée pour savoir si j’étais disponible pour réaliser un court-métrage.

Et vous avez dit oui tout de suite Léa, ça ne vous a pas fait peur ?

L.D : J’ai dit oui tout de suite et si si ça m’a fait peur ! Mais j’ai été rapidement rassurée parce qu’on était plusieurs acteurs/réalisateurs pour qui s’était la première fois. Donc je me suis dit « on est plusieurs, c’est une aventure collective, c’est réconfortant ». Puis les producteurs m’ont rassurée aussi parce qu’ils m’ont dit « tu vas travailler avec une équipe de professionnels, de gens que tu choisis toi, avec qui tu as déjà travaillé. Tu choisis tout : tes comédiens, ton compositeur, la personne avec qui tu as envie d’écrire. » donc je me suis dit « ok, je ne suis pas toute seule ! ».

Vous a-t-on donné un cahier des charges à respecter ?

C.S : Oui bien-sûr, là comme c’est les 20 ans on a mis les petits plats dans les grands, on a eu deux jours de tournage au lieu d’un seul, on avait le droit entre deux à quatre acteurs et à un peu plus de temps, 10 minutes alors que normalement c’est 5 minutes, avec une journée de tournage, pas trop d’acteurs. Puis on avait un thème imposé qui était l’acteur, ce qui fait sens de nous demander à nous acteurs de réaliser pour la première fois.

T.S : Oui il était pas des moindres d’ailleurs, ne serait-ce que le choix des acteurs, qu’il fallait prendre dans la liste des talents et pas autre part, il fallait qu’ils aient moins de trente ans, il fallait que le court-métrage dure entre 7 et 10 minutes, que ça traite des artistes, qu’il y ait un nombre limité de décors , c’est-à-dire un ! Il y avait beaucoup de contraintes ! C’est d’ailleurs ce qui fait que ça ressemble plus à un exercice de style qu’à un court-métrage qu’on fait parce qu’on a une idée géniale qu’on a absolument envie de raconter. Ça n’amoindrit pas ce qu’on a fait, c’est juste qu’on est tous entré dans un carcan et je suis ravie, parce que souvent dans la contrainte on fait des choses bien.

L.D : Oui c’est bien d’avoir un cadre finalement ce qui est très dure c’est d’avoir trop de choix et les contraintes ça vous oblige à avoir un objectif plus précis, don ce n’était pas désagréable.

Tous les courts-métrages sont traversés par l’humour, est-ce que c’était aussi dans le cahier des charges ?

L.D : Non pas du tout, on pouvait faire ce qu’on voulait et Clément a fait un film plus oppressant, c’est sur le trac, quelque chose de très anxiogène dans lequel on peut se reconnaitre aussi. Mais c’est vrai qu’il y  a pas mal de comédie dans les courts-métrages, parce que je crois que pour être acteur, pour pouvoir durer, il faut avoir un sacré sens de l’autodérision, je crois. C’est vrai que sur 10 minutes, le premier truc qu’on a envie de faire, si on raconte quelque chose de cruel, bah c’est de le raconter avec humour, parce qu’après tout c’est du spectacle tout ça !

C.S : D’ailleurs moi je voulais faire un film beaucoup plus drôle et petit à petit je me suis rendu compte que le sujet que j’avais choisi était plus grave et  que ce que j’ai fait était très sombre. Ça me ressemble aussi.

T.S : Je ne veux pas parler pour les autres, mais selon mon expérience, un court-métrage est toujours plus agréable quand il y a du rythme et le rythme ça se donne grâce à l’humour le plus souvent. C’est plus difficile de faire un court-métrage dramatique extraordinaire. Le format se prête beaucoup plus facilement à la comédie que le long.

Est-ce que l’humour justement, plus précisément l’autodérision, joue un rôle important dans le métier d’acteur ?

C.S : Oh oui et pas seulement dans le métier d’acteur. Je crois que le pire défaut que quelqu’un puisse avoir c’est le manque d’humour, mais il y a des gens qui n’ont pas d’humour c’est vrai ça arrive ! Ne pas avoir d’autodérision c’est terrible et pour un acteur c’est pire que tout. Puis l’humour est une marque d’intelligence. Attention je ne dis pas que je suis quelqu’un de drôle et donc d’intelligent, enfin j’essaye (rires) !

A quel point les courts-métrages que vous avez réalisés sont-ils autobiographiques ?

L.D : Je ne l’ai pas écrit seule, je l’ai fait avec Julien Rambaldi donc il y a un peu de moi, de lui, de gens que je connais. Dans la caractérisation il y a des choses de moi, mais on a poussé le trait un petit peu, pas tant que ça finalement. Pour moi, à partir du moment où le personnage met le doigt dans cette espèce de passion un peu folle pour ce metteur en scène, avec qui elle a rendez-vous on peut tout se permettre. Moi dans mon parcours de comédienne ça m’est arrivée d’aller très loin dans ma tête par rapport à l’envie, le désir de rencontrer telle ou telle personne et tout à coup quand ça arrive, ça prend une dimension tragi-comique et ridicule, parce que la réalité est beaucoup plus triviale que ce qu’on croit. C’est ça que je voulais raconter, ce métier est fait d’illusions très fortes et de désillusions très fortes aussi et qu’il faut jongler avec et l’accepter. Quand on est gamins et qu’on rêve au métier de comédien on ne s’imagine pas que les choses sont finalement très terre à terre. La comédie elle se trouvait là, je trouvais ça drôle à raconter.

T.S : C’est le point de départ qui est mon vécu et celui de tous les acteurs qui ont eu à faire à des scènes de cul, c’est comme ça qu’on les appelle, appelons un chat un chat ! Ce qu’il se passe dans ces scènes c’est qu’on se retrouve tout à coup complètement nu devant une équipe de 30, 40, 50, 100 personnes, avec son sexe contre celui de quelqu’un d’autre qu’on connait souvent très mal, voir pas du tout, avec qui on a pas l’habitude de faire l’amour, mais même si c’était avec votre femme, on le fait rarement devant plusieurs personnes. Puis avec tout ça il va falloir simuler un rapport sexuel, toutes ces conditions font que c’est évidemment gênant et que ça exacerbe tout : les sentiments, les sensations, on est plus irritable, on est plus stressé, on est plus tout ! Tout ça fait que ça ne se passe jamais normalement, c’est impossible de rester sois même dans ces conditions. On est difficilement naturel alors que le principe du jeu d’acteur c’est d’être le plus détendu possible et là on l’est pas. Voilà le vécu que j’ai mis dans le film.

Tomer vous jouez un réalisateur tyrannique dans votre court-métrage, c’est du vécu ça aussi ?

T.S : Oui il est carrément tyrannique ! D’abord ça m’a fait rire de jouer un « connard » et oui j’en ai croisés. C’est peut-être une manière de me venger, je ne sais pas, je n’ai pas analysé le truc. Mais c’était un pure bonheur de jouer « un vrai fils de pute » ! (Rires)

Vous êtes d’ailleurs le seul à vous être mis en scène dans votre film. Pourquoi ce choix ?

T.S : Par pure soucis pour mes acteurs, parce que le rôle du réalisateur est très ingrat. Vous avez vu, la plupart du temps je suis de dos ou de trois quarts et on ne voit que mes mains ou que mes cheveux, je voulais exister le moins possible pour mettre en valeur mes acteurs. Je ne voulais pas confier ça à un autre acteur parce que le rôle était tellement moins intéressant que les deux autres que j’aurais trouvé ça très ingrat de le donner à un acteur. Je n’avais pas du tout envie d’être ingrat avec eux, justement si j’ai insisté pour faire un court-métrage pour l’Adami, c’est parce qu’en 1999 quand j’ai été moi-même talent Cannes je n’avais pas très bien vécu le court-métrage.  J’avais trouvé qu’on ne m’avait pas vraiment tiré vers le haut et donc je m’étais juré que si un jour je me retrouvais dans la position du réalisateur je ferais tout pour tirer mes acteurs vers le haut, les mettre sur un pied d’estale, pour que le court-métrage leur serve. Le court-métrage de l ‘Adami c’est vraiment un outil pour se faire connaître, pour eux, c’est la raison de son existence d’ailleurs. Je ne pensais qu’à eux, au moment de l’écriture, de  la réalisation et du montage. Les plans de coupe où je suis de face j’ai été obligé de les mettre, parce que Margot était meilleure dans la prise 7 ou Vincent dans la 8, etc. Je voulais être le plus généreux possible, leur donner tout ce que j’aurais aimé qu’on me donne.

Qu’est-ce qu’a signifié être talent Cannes pour votre carrière ?

C.S : C’est vrai que l’Adami ça a marché pour moi, parce que j’étais talent Cannes en 1996 dans un court-métrage de Dante Desarthes et il m’a ensuite proposé le rôle principal de son film Cours toujours. C’est comme si j’avais une dette envers l’Adami (rires) et j’avais envie de bien faire et de bien servir les acteurs. En plus ça signifie encore quelque chose aujourd’hui parce qu’on m’a proposé de réaliser un court-métrage pile au moment où j’avais envie, où je me sentais enfin prêt et en plus j’ai toujours eu de la gratitude pour l’Adami c’est pour ça aussi que j’étais enthousiaste.

T.S : Moi le court-métrage ne m’a pas aidé plus que ça, mais ce qui était extra c’était de pouvoir venir à Cannes avec une raison ! Et ça ça change tout, surtout quand vous êtes jeune acteur et que vous cherchez à faire votre place. Si vous allez à Cannes sans raison, juste pour vous montrer aux soirées c’est très dur, même mentalement, pour l’égo c’est super ingrat. Mais quand on te demande « qu’est-ce que tu fous la ? » , « Moi j’ai un court-métrage projeté pendant le festival » ça vous donne une prestance. Puis on est pris en charge, on nous organise des dîners, des déjeuners et après c’est à vous d’aller parler avec les gens qu’il faut, faire en sorte qu’ils vous voient.

L.D : Honnêtement je ne sais pas ce que ça a pu faire. Ce que est sûr c’est que ça m’a donné l’occasion de travailler avec Klapish, donc ça c’était super, de venir à Cannes pour la première fois, de voir ce que c’était le festival de Cannes et ça c’était un privilège exceptionnel. J’ai rencontré Nina Simon le jour de mon arrivée, j’ai assisté à la première projection de La Haine dans le palais, c’était des moments assez inoubliables, très puissants.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

C.S : Il y avait 950 acteurs inscrits sur le site de l’Adami et on devait choisir parmi eux, sur photos qu’ils avaient eux-mêmes envoyés pour postuler pour être talent Cannes. Moi je me suis fait aider d’une directrice de casting pour faire le bon choix et ne pas faire de délit de faciete par ce qu’on choisit d’abord sur photo c’est compliqué. Moi j’ai voulu d’abord prendre le temps de rencontrer les gens et ensuite faires des petits bouts d’essai.

L.D : C’était dur ! parce qu’en plus je sais ce que c’est de passer des essais et tout ça. Moi j’insistais sur un point je leur disais « venez on va faire une séance de travail. » et je leur expliquais bien ce que je cherchais.  Il y a une forme d’injustice dans le processus, parce que moi j’ai rencontré des comédiens formidables, très drôles, mais après il fallait un couple. On fait de la cuisine en fait, on a besoin d’un peu de rose, d’un peu de bleu, pour faire du vert et d’un coup ce n’est plus « je vais prendre le meilleur comédien », mais « je vais prendre les deux comédiens qui vont bien aller ensemble, qui vont être amusant à regarder, à observer ».

Comment s’est passé ce passage derrière la caméra, ça vous adonné envie de recommencer ?

 C.S : Oui définitivement, ça m’a un peu donné le virus. J’ai un long-métrage en chantier dans ma tête.

T.S : Oui moi aussi j’avais déjà le goût à la réalisation, c’est juste que je n’avais jamais franchi le pas mais j’avais déjà écrit un projet. Là ça m’a conforté dans cette idée et en plus ça m’a tranquillisé parce que j’ai trouvé ça, pas facile, mais évident. Je me suis senti comme un poisson dans l’eau. J’espère recommencer dans un futur proche.

L.D : Moi aussi c’est quelque chose qui m’attire beaucoup, ça m’a beaucoup plu d’écrire avec Julien, il m’a beaucoup aidé, pendant la préparation, il a fait le montage aussi. Moi ce que j’ai aimé c’es la collaboration en fait. C’est-à-dire que toute seule je ne suis pas sûre que ça m’intéresse. De toute façon en générale, que ce soit au théâtre ou au cinéma, j’aime bien qu’on soit au moins d’eux sur scène ou sur l’écran.  J’ai fait ce métier pour avoir des frères et sœurs et pour jouer avec eux. Donc oui écrire, réaliser peut-être, mais toujours en collaboration.

Est-ce un métier moins solitaire que celui d’acteur ?

L.D : Non moi je le trouve plus solitaire.

Qu’est-ce que vous voudriez que le spectateur retienne de votre court-métrage ?

C.S : J’aimerais bien qu’il retienne les acteurs, Julia (Piaton) et Bellamine (Abdelmalek). Puis j’ai voulu essayer de faire partager la sensation que seuls les acteurs connaissent, le trac.

T.S : Oui les deux acteurs, je le redis c’était le but principal.

L.D : Oui les acteurs ! Mon objectif premier c’était de raconter une histoire où ces comédiens puissent exprimer leur talent. Ce que j’aimerais c’est que le spectateur ressorte et dise « ils sont supers les deux ! »

Qu’est-ce que représente le festival de Cannes pour vous ?

L.D : Cannes c’est électrique, il y a énormément de passion ici, ça ne bouge pas ça.  Il y  a ce truc un peu géniale et surréaliste, de se promener sur la croisette et de rencontrer De Palma ! C’est un festival de cinéphile, moi je garde cette sensation électrique quand il y a une projection dans le Grand Palais, la fièvre des journalistes, on a envie de tout lire, de savoir ce que les gens ont pensé du film qu’on a vu. Il y a un truc très passionnel ici et moi j’adore ça !

C.S : Moi ça me fait rêver, je suis toujours à fond. Le vrai privilège c’est de voir des films dans cette salle, la magie opère à chaque fois.

Léa Drucker

Léa Drucker

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