Michael Kohlhass : la vengeance est un plat qui se mange froid

Arnaud des Pallières n’est pas tendre avec son spectateur pour qui il ne semble pas avoir fait Michael Kohlhass. Quelle était la motivation du réalisateur ? C’est la question qui nous revient pendant toute la projection du film. On n’y trouvera jamais de réponse, découragés par la froideur de la mis en scène et de l’image, habitée par des panoramiques de plaines majestueux, traversée par des cavaliers macabres. 

Un marchand de chevaux veut se rendre à la foire de la ville doit laisser deux chevaux en gage au Seigneur à qui appartient les terres à traverser pour y arriver. De retour il retrouve les deux bêtes, qu’il avait laissées en parfait état, presque mortes. Il mettra alors tout en œuvre pour obtenir réparation. Voilà sur quoi repose l’intrigue de Michael Kohlhass, d’Arnaud Des Pallières, adapté d’une nouvelle d’Heinrich von Kleist, publiée en 1808, sur la lutte d’un homme et sa foi en la justice au péril même de tout perdre, jusqu’à sa vie et celle de ses proches.

Le drame est là, partout : dans la mort brutale de sa femme, dans l’injustice qui vient frapper cet homme honnête et droit, dans sa petite fille orpheline, dans la situation de ces paysans aux abois qui le suivront coûte que coûte, dans son combat contre l’impunité des actions des privilégiés. Et pourtant ce tragique ne se voit pas, anéanti par la mis en scène austère de Des Pallières qui filme les hommes comme il filme les paysages, de façon abrupte et froide. Les décors, presque tous naturels, sont dépouillés, réduits au strict minimum, comme l’est l’expression des sentiments, ce qui donne un aspect adimensionnel à l’ensemble, aussi bien qu’intemporel. On comprend alors que le réalisateur ne veut situer son propos ni dans le temps ni dans l’espace son, pour donner un aspect universel à sa défense de la justice et de la droiture.

Mais en ne caractérisant à aucun moment ni ses lieux, ni le temps, ni les personnages qui évoluent à l’intérieur, c’est l’intérêt du spectateur qu’il perd. Intérêt mis d’autant plus à rude épreuve par la froideur de la réalisation, seulement portée par les sons exacerbés des mouches et autres éléments naturels, ainsi que par une musique épisodique. On en oublie la noblesse de la quête de Kohlhaas d’autant plus qu’elle n’est jamais vraiment montrée, toute la violence étant hors champ. Le corps et le visage du héros magnifique de Mads Mikkelson seront notre planche de salut dans l’ensemble difficile de 2h00. Mais même la figure iconique de l’acteur danois s’effrite, malmenée par sa difficulté avec la langue française et donc la notre à le comprendre. Et en un éclair foudroyant Denis Lavant traverse le film et devient la seule et unique chose à retenir de Michael Kohlhass.

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