The East : A l’est rien de nouveau

Brit Marling et Zal Batmanglij, deux nouvelles figures du cinéma indépendant américain, on vu grand avec The East qui se paie le luxe d’être produit par Ridley Scott. Un peu trop grand peu-être pour ces deux auteurs qui se perdent dans un nombre trop important de thèmes et finissent par offrir un long-métrage grisâtre, bien trop lisse pour nous plaire complètement.

Brit Marling avait connu une ascension fulgurante avec sa prestation dans Another Earth projeté à Sundance en 2011, l’érigeant directement au rang de nouvelle prêtresse du cinéma indépendant américain. Et pour cause, en plus de son jeu d’actrice troublant c’est en tant que co-scénariste de talent qu’elle officie, de Another Earth d’abord, réalisé par Mike Cahill, de Sound of my voice ensuite réalisé par Zal Batmanglij. A chaque fois des projets nobles et ambitieux autant sur la forme que sur le fond, soulevant des thèmes comme la culpabilité, le pouvoir de décision, la mort, les dérives sectaires, la force de l’imagination, et de la foi en l’invisible et l’indicible. The East, également co-scénarisé par Marling et Batmangli, s’inscrit tout droit dans cette lignée vertueuse en voulant regarder cette fois du côté des groupuscules éco-terroristes, plus largement de groupes en marge de la société refusant ses codes, jusqu’à ses lois. Sur le papier, tout fonctionne. La mise en œuvre semble plus compliquée.

La première partie a des allures de cauchemar moderne avec une voix-off, angoissante énumérant les traumatismes infligés à la planète par des grands pontes sans visage qui préfèrent regarder ailleurs. L’organisation à laquelle appartient cette voix leur rend un visage et surtout des yeux pour les obliger à poser un regard sur les conséquences de leurs actions. Leur force de frappe est incontestable, tout comme celle du long-métrage, à travers des scènes et images chocs de pétrole se déversant à travers les canalisations d’une villa luxueuse tout comme il s’était répandu au large de l’océan atlantique ou encore de patrons d’une firme pharmaceutique ingérant leur propre médicament aux effets secondaires dévastateurs. Sa faiblesse se fait ressentir dans l’hésitation du propos qui oscille entre film choc sur les travers de notre société actuelle, s’incarnant dans le consumérisme et plus généralement, le capitalisme et égoïsme institutionnel, film d’espionnage avec la double identité du personnage de Brit Marling agent pour une firme d’espionnage infiltré dans le petit groupe. Ou encore analyse des rouages du mouvement de groupe et du conditionnement psychologique.

C’est cette dernière dimension qui semble la plus intéressante et qui continue directement la réflexion si bien entamée dans Sound of my voice. C’est cette question d’action sur l’esprit opérée par la dynamique de groupe qui offre les moments les plus pertinents aussi bien intellectuellement qu’émotionnellement. Si les deux auteurs avaient réussi à l’exploiter complètement dans Sound of my voice, c’est loin d’être le cas ici, peut-être par faute de concentration sur un sujet unique et par volonté d’offrir une morale nuancée, à tel point que le film en devient lui-même incolore et inodore. Le casting impeccable, Brit Marling et Ellen Page en tête, et la volonté des auteurs, que l’on sent toujours latente, de vouloir dire de grande chose grâce au cinéma, pardonneront cet essai un peu raté.

Profitez de The East pour découvrir le premier film du duo Marling/Batmanglij, Sound of my voice, bien plus abouti.

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