Grand Central : catastrophe nucléaire

Dimanche j’ai rattrapé en séance du lendemain le Grand Centrale de Rebecca Zlotowski dont toute la croisette ne disait que du bien. Ai-je été la seule à trouver le film gâché par une romance creuse et atone, que la performance de Léa Seydoux ne porte pas vers le haut ?

Rebecca Zlotowski fait partie des réalisateurs français dont le moindre mouvement est scruté par le monde entier, séduit qu’il avait été par son premier long-métrage Belle Epine, avec Léa Seydoux. La réalisatrice reprend son histoire d’amour avec  l’actrice qu’elle film tout aussi tendrement que la fois précédente. Chaque mouvement de sa poitrine, la chair de poule sur ses cuisses ou sa bouche qui se pose sur celle d’un autre, est scruté par la caméra qui ne peut cacher son admiration pour son actrice principale. Outre passer cette admiration et en faire quelque chose de concret au sein d’une intrigue est une autre affaire, qui semble bien plus difficile à Rebecca Zlotowski. L’histoire d’amour au centre du récit n’est pas celle qu’elle tente laborieusement de construire entre Tahar Rahim et Léa Seydoux, mais bien celle entre elle et son actrice. On ne croit pas vraiment à cette relation bâclée qu’elle tente d’établir entre les deux personnages à coup de plans maniérés, elle s’allongeant nue dans un chant, elle mordillant une fleur au milieu de la nature, et de symbolisme grossier, le jour de son mariage avec un autre elle fait tomber une pomme rouge, qui dérive au gré du courant.

Là où le film prend de l’épaisseur c’est dans la description du quotidien des employés d’une centrale nucléaire. Entre combat constant contre la dose et le lien si particulier qui se crée entre eux, car à chaque minute leur vie dépend des gestes de l’autre, le  film offre un point de vue étonnant sur cet univers méconnu. La réalisatrice réussit quelques moments de poésie en montrant les hommes plonger au cœur de la centrale, mouvement constamment partagé entre une volonté flagrante d’auto-destruction et un élan de générosité démesuré pour « amener la lumière aux gens ». Cette monstration offre également une réflexion intéressante autour de la crise qui crée des sacrifiés, pour qui risquer sa vie n’est plus un choix, mais une obligation face aux difficultés financières.

Malheureusement Zlotowski  ne fait qu’amorcer cette réflexion en lui préférant l’histoire, bien moins puissante, entre Karole (Léa Seydoux) et Gary (Tahar Rahim). La performance minaudée de L’actrice ne pousse pas vers le haut cette romance sans émotion relègue au deuxième plan l’intrigue avec le plus de force, portée par celle toujours de Tahar Rahim.

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Juno Temple est Magic Magic

Sebastiàn Silva s’essaye au film d’horreur avec son Magic Magic. Un film en forme d’expérience mystique qui explore les thèmes classiques du genre en instaurant une atmosphère pesante, portée par une bande son efficace.

Magic Magic est un des films passés par Sundance sur lequel  le festival de Cannes a, cette année, jeté son dévolu. Après la déception Fruitvale à Un certain regard et le mitigé Les Amants du Texas à la semaine de la critique, c’est au tour de la quinzaine de nous envoûter avec le film de Sebastiàn Silva. D’origine chilienne le réalisateur a fait preuve jusque là d’une grande rigueur et d’intelligence dans son travail, parmi lesquels on peut compter La Nana ou encore Les Vieux Chats. Ici il s’essaye à l’exercice de genre, en réalisant un film d’horreur, à l’ambiance pesante et paranoïaque.

L’action tourne autour du personnage archétypal du film d’horreur, la jeune fille innocente, interprétée par Juno Temple, autour de laquelle seront développés les thèmes tout aussi indispensables au genre : les frustrations sexuelles, la peur du passage à l’âge adulte et des responsabilités ou encore l’obsession de la mort. Longuement représentés dans le film, à travers un symbolisme redondant employant le plus souvent des animaux, soit morts, soit agressifs, ces thèmes vont presque jusqu’à l’indigestion. L’essentiel du long-métrage ne se trouve pas vraiment là, mais dans cette atmosphère que le réalisateur installe dès son premier plan découpant les personnages en deux, ne les filmant qu’à partir de la taille jusqu’aux pieds.

Le message est passé ; les protagonistes du récit seront toujours doubles aux yeux du spectateur qui ne saura jamais vraiment qui croire et à qui se fier. Alicia, premier visage à nous être dévoilé, est  tour à tour victime et bourreaux. Victime d’une force supérieure qui lui fait craindre les autres et les éléments naturels qui l’entourent, aussi bien  sa propre cousine que cette nature chilienne dans laquelle elle se trouve. Le doute est semé : s’imagine-t-elle ce qui lui arrive, victime d’une paranoïa schizophrénique ou est-elle vraiment la proie d’une force supérieure, presque surnaturelle ? Sebastiàn Silva s’amuse avec ce soupçon qu’il dissémine dans une scène d’hypnose, dans la présence de la culture Mapouche, traversée par un grand mysticisme et surtout dans son final ouvert, qui ne nous donnera jamais la réponse nous laissera le choix entre logique et imaginaire.

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Jeune & Jolie : la femme selon Ozon

François Ozon revient à Cannes après son Swimming Pool de 2003. Si Ludivine Sagnier a été remplacée par Marine Vatch, celle dont toute la Croisette est tombé amoureuse, la femme y est encore mystérieuse et perverse, comme se plaît tellement à la montrer François Ozon.

Une jeune fille ruisselante, se fait bronzer sur la plage, topless, tout ça montré à travers une paire de jumelles, on ne peut pas dire qu’Ozon commence son Jeune et Jolie en finesse. Attention spectateur tu es comme ce petit garçon qui observe sa sœur se masturber, le voyeur par excellence. Mais pas d’accusation culpabilisante de la part d’Ozon, puisqu’il va passer une heure trente à nous faire comprendre que finalement l’être humain est par essence voyeuriste et pervers et que la jeune héroïne de 17 ans, Isabelle, ne fait qu’assouvir les fantasmes présents en chacun de nous, à travers la pratique de la prostitution.

Un propos assez maladroit, appuyé par une des scènes finales du film avec Charlotte Rampling, figure par excellence de la femme mystérieuse et fascinante, dans laquelle elle explique que chaque femme rêverait secrètement de se sentir désiré comme l’est une fille de joie. De la maladresse il y a en a pas mal dans le scénario et la mise en scène, frôlant parfois le grotesque à grand coup de symbolisme gratuit, Isabelle sort de son corps pour se regarder elle-même se faire dépuceler, et de scène si attendue qu’on en revient pas qu’Ozon les ait effectivement tournées (un client meurt d’une crise cardiaque pendant l’acte).

Finalement Jeune & Jolie n’est rien de plus qu’un énième récit d’initiation qui nous montre une jeune fleur passer à l’âge adulte au son des chansons de Françoise Hardy. L’addition n’est pas détestable, portée par des plans amoureux de la jeune Marine Vatch à la bouche cerise et à la moue mutine, qui nous renvoient aux égéries androgynes des années Hardy justement. A cela s’ajoute une jolie performance de Géraldine Peilhas en mère impuissante qui offre la scène la plus intense du film.

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Conjuring : le choc des critiques

Cette semaine je me suis livrée à une petite bataille critique au sujet de Conjuring, avec la célèbre Laura Terrazas connue aussi sous le nom de Pumpkingreen. Nouveau film d’horreur de James Wan qui m’a fait considérer le fait de laisser mes pieds à l’air libre, lorsque je dors, comme un grand risque, a beaucoup moins traumatisé ma collègue! Je vous laisse prendre connaissance des deux argumentaires et choisir votre camp. J’ai néanmoins un argument de poids pour vous faire aller acheter un billet pour Conjuring : Il y a du Dead Man’s Bones dedans, autrement dit le groupe de Ryan Gosling. Alors si la présence,même par la voix, du beau blondinet ne finit pas de vous convaincre, il n’y a plus rien à faire…


 

 

Conjuring : terrifiant ou ennuyeux ?

Conjuring, le dernier né de James Wan est-il ennuyeux ou terrifiant ? A quelle sauce va-t-il nous manger ? Malgré une lutte acharnée, nos critiques n’ont pas réussi à se mettre d’accord alors à vous de choisir votre camp !

Avant Amityville, il y avait Harrisville… Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, viennent en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée… Contraints d’affronter une créature démoniaque d’une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l’affaire la plus terrifiante de leur carrière…

Un exorcisme, une maison habitée par une pleïade d’esprits aux destins plus tragiques les uns que les autres, des portes qui claquent, des bruits inexpliqués et même une poupée possédée à faire pâlir le petit Chucky : Conjuring réunit toutes les composantes des grands classiques de l’horreur, éléments éculés par les Paranormal ActivitySaw et plus récemment Possédée ou Insidious. Si James Wan les utilisait en les associant à un humour geek un peu maladroit dans ce dernier, il montre ici qu’il a compris la leçon. Il laisse de côté les personnages secondaires loufoques et autres cabrioles macabres pour se concentrer sur une montée très progressive de l’épouvante ainsi rien n’apparaît à l’image jusqu’aux 45 minutes de films.

Wan suggère plutôt que de montrer : par les situations d’abord, par sa mise en scène ensuite à coups de caméras à 360 degrés ou encore de longs gros plans sur l’obscurité des décors ou autres éléments anxiogènes, un sous-sol rempli de vieilleries plongé dans le noir, une porte de placard entre-ouverte, plus effrayants que toutes les orgies de violence ou d’hémoglobine. Le tout supporté par des acteurs poids lourds qui ont fait leur preuve loin des longs-métrages de genre, Patrick Wilson et Vera Farmiga, qui interprètent un couple de démonologues, en tête et renforcent l’estampillent « histoire vraie ». Cette dernière tant de fois usitée et tant de fois trahie aussi trouve ici toute sa pertinence grâce au sens de la mesure du réalisateur qui ne franchit jamais la ligne dangereuse de l’absurde en restant, si ce n’est dans le réel, le crédible. Il peut ainsi nous emmener dans les plus grandes extrémités de l’horreur jusqu’à un final en forme d’explosion de toute la pression accumulée. Conjuring devient alors la production la plus terrifiante de 2013 en même temps qu’un film somme du genre horrifique, qui a encore de beaux jours devant lui.

(Par Camille Esnault)

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Conjuring, c’est un peu L’Exorciste pour les nuls. Efficace certes, mais rien de novateur. Effectivement tous les ingrédients du film d’épouvante sont réunis avec une mention spéciale pour la diabolique poupée. Mais la sauce ne prend pas. On sursaute c’est indéniable, on s’inquiète sur ce qui va apparaître dans le miroir. Où la force diabolique va-t-elle encore frapper ? Et ensuite ? Le principal défaut du long-métrage c’est justement de réussir ses coups d’éclats et de s’arrêter là. Pour résumer entre chaque sueur froide, on s’ennuie…

Les mécanismes chers au genre sont grossiers, déjà vus et revus. Le film de William Friedkin avait déjà tout dit en 1973 et Conjuring sonne comme un remake non assumé. Quelques prises de vue en found footage ne suffisent pas à justifier la mention « tiré d’une histoire vraie ». Quand le générique arrive enfin, on est presque soulagé que tout ce carnaval soit terminé, nous pouvons à présent reprendre une activité normale. Le divertissement est assuré mais de là à dire que c’est le film d’horreur de l’année… non.

(Par Laura Terrazas)

 

 

 

 

Michael Kohlhaas : la vengeance est un plat qui se mange froid

Arnaud Des Pallières n’est pas tendre avec son spectateur pour qui il ne semble pas avoir fait Michael Kohlhaas. Quelle était la motivation du réalisateur ? C’est la question qui nous revient pendant toute la projection du film. On n’y trouvera jamais de réponse, découragés par la froideur de la mise en scène et de l’image, habitée par des panoramiques de plaines majestueux, traversée par des cavaliers macabres.

Un marchand de chevaux veut se rendre à la foire de la ville doit laisser deux chevaux en gage au Seigneur à qui appartient les terres à traverser pour y arriver. De retour, il retrouve les deux bêtes, qu’il avait laissées en parfait état, presque mortes. Il mettra alors tout en œuvre pour obtenir réparation. Voilà sur quoi repose l’intrigue de Michael Kohlhaas, d’Arnaud Des Pallières, adapté d’une nouvelle d’Heinrich von Kleist, publiée en 1808, sur la lutte d’un homme et sa foi en la justice au péril même de tout perdre, jusqu’à sa vie et celle de ses proches.

Le drame est là, partout : dans la mort brutale de sa femme, dans l’injustice qui vient frapper cet homme honnête et droit, dans sa petite fille orpheline, dans la situation de ces paysans aux abois qui le suivront coûte que coûte, dans son combat contre l’impunité des actions des privilégiés. Et pourtant ce tragique ne se voit pas, anéanti par la mis en scène austère de Des Pallières qui filme les hommes comme il filme les paysages, de façon abrupte et froide. Les décors, presque tous naturels, sont dépouillés, réduits au strict minimum, comme l’est l’expression des sentiments, ce qui donne un aspect adimensionnel à l’ensemble, aussi bien qu’intemporel. On comprend alors que le réalisateur ne veut situer son propos ni dans le temps ni dans l’espace son, pour donner un aspect universel à sa défense de la justice et de la droiture.

Mais en ne caractérisant à aucun moment ni ses lieux, ni le temps, ni les personnages qui évoluent à l’intérieur, c’est l’intérêt du spectateur qu’il perd. Intérêt mis d’autant plus à rude épreuve par la froideur de la réalisation, seulement portée par les sons exacerbés des mouches et autres éléments naturels, ainsi que par une musique épisodique. On en oublie la noblesse de la quête de Kohlhaas d’autant plus qu’elle n’est jamais vraiment montrée, toute la violence étant hors champ. Le corps et le visage du héros magnifique de Mads Mikkelsen seront notre planche de salut dans l’ensemble difficile de 2h00. Mais même la figure iconique de l’acteur danois s’effrite, malmenée par sa difficulté avec la langue française et donc la notre à le comprendre. Et en un éclair foudroyant, Denis Lavant traverse le film et devient la seule et unique chose à retenir de Michael Kohlhaas.

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Un nuage dans un verre d’eau : Paris mon amour

Un nuage dans un verre d’eau possède toutes les qualités d’un premier film en même temps qu’il en contient tous les défauts. Si le réalisateur Srinath Christopher Samarasinghe a échoué à recréer le petit miracle Amélie Poulain, auquel de nombreuses allusions sont faites, il a réussit à fabriquer un objet cinématographique plein de charme.

Un nuage dans un verre d’eau possède tous les charmes des premiers films. Une sincérité et une bonne volonté inhérentes au projet, des acteurs dévoués, un Paris filmé à travers ses quartiers populaires puis surtout la présence de Gamil Ratib, petit vieux égyptien qui a trouvé asile dans un immeuble miteux de la capitale et semble l’homme le plus heureux du monde. Les réalisateurs ont choisi d’adopter le procédé du documentaire, mené par le petit fils de monsieur Noun parti à la recherche de ses origines. D’abord pour justifier la qualité minimum de l’image et s’il fonctionne dans la première partie du long-métrage, grâce notamment à la grande utilisation de caméra subjective, il est complètement abandonné dans la deuxième et perd alors toute intérêt artistique pour ne devenir que justification stylistique.

Ce défaut majeur du film n’en est qu’un parmi les nombreux tout aussi inhérents aux premières œuvres. Le scénario est aussi brouillon que le style, on commence par suivre la chronique quotidienne du vieux monsieur Noun, parisien d’adoption, qui s’est lié d’amitié avec une prostituée venue de l’Est maltraitée par son mac, et on finit dans une enquête policière menée par cette dernière, qui servira une obscure réflexion métaphysique autour de l’origine du langage et des souvenirs humains.

Malgré toutes ces maladresses, à côté desquelles le spectateur ne peut pas passer, le sentiment qui transpire de l’ensemble est séduisant par sa bienveillance extrême en forme d’hommage à l’acteur égyptien Gamil Ratib. Au rythme de la musique de la musicienne Camille on pardonne alors les défauts pour ne retenir que le positif et se réjouir que de films comme Un nuage dans un verre d’eau puissent voir le jour.

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