Jimmy.P : Desplechin américain, chagrin

Arnaud Desplechin nous avait habitués à de grandes choses dans son cinéma ambitieux aussi bien au niveau du contenu que de la mise en scène. Il confirme cette ambition en s’attaquant à un sujet ô combien difficile au cinéma, la psychothérapie. Il confirme surtout que ce dernier n’est pas un matériel  cinématographique et bien qu’il ait épuré au maximum sa mise en scène, le film tourne sur lui-même dans une ronde interminable.

Arnaud Desplechin, le brillant réalisateur de Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) et surtout Rois & Reine, tente avec Jimmy.P (psychothérapie d’un Indien des plaines) l’expérience américaine. Il embauche le géant Benicio Del Toro pour jouer son Jimmy, un indien Black Foot et confirme sa fidélité envers  Mathieu Amalric en lui confiant le rôle de l’ethnologue fou Georges Devereux. Inspiré de l’ouvrage rédigé par ce dernier, le long-métrage veut avant tout retranscrire à l’écran la psychothérapie menée par Devereux pour mettre le doigt sur l’origine des maux physiques de l’Indien, appréhendé par les médecins de Topeka (où est située la clinique qui le soigne) comme une bête sauvage.  La trame narrative s’organise alors en une succession de dialogues ponctués par quelques flash-backs qui reviennent sur le passé du patient, là où se trouve l’antidote au poison qui le ronge.

Quelle plus grande difficulté que de filmer le mouvement  infiniment petit que le processus de la psychothérapie déclenche chez l’homme ? Desplechin le confirme en s’encombrant de dialogues didactiques pour nous expliquer ce qu’il n’a pas réussi à nous montrer, même durant les deux longues heures de son film, c’est-à-dire l’évolution de ses personnages et la naissance du lien d’amitié qui les unit. Ce sentiment d’amitié, on le comprend, est celui que le réalisateur veut utiliser comme lumière dans l’obscurité du propos de son film. Pourtant il ne réussira pas à nous guider dans ce sombre amas de dialogues allant du plus anodin au plus complexe, avec tous la même conséquence: perdre  l’intérêt du spectateur.

De notions freudiennes abordables et parfois évidentes, comme le fait que les problèmes de Jimmy viennent de son enfance et de sa relation à la mère, Desplechin fait un ensemble complexe handicapé par des longueurs dans les explications qui nuisent directement à l’émotion. La musique aura beau sortir ses beaux violons et donner le plus possible dans le sentimentalisme, elle ne parviendra pas à palier ce vide. L’étonnant constat final est l’absence de cette évolution que le film veut nous montrer si fort. L’étude des personnages sur laquelle il s’appuie est ratée, le potentiel de la personnalité schizophrène du personnage de Devereux, hongrois qui se persuade lui-même d’être français pur souche, jusqu’à changer son nom,n’est  jamais exploité. Pourtant une seule lumière nous guide celle de la performance de Mathieu Amalric qui dans un regard anéanti nos résistances. Mais même sa force de jeu ne suffira pas à nous faire oublier les longueurs et le manque d’émotion du Depleschin américain.

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