Mon âme par toi guérie : promesse lumineuse

François Dupeyron adapte à l’écran son propre roman Chacun pour soi, Dieu s’en fout. Il devient Mon âme par toi guérie, promesse lumineuse face à l’obscurité de la vie que le réalisateur décrit. Un film traversé par des moments de grâce au milieu du fouillis scénaristique, à l’image de celui du monde.

Mon âme par toi guérie, par toi Lumière et Couleur ! Ainsi se terminait le poème de Baudelaire auquel François Dupeyron emprunte le titre. Si Baudelaire en faisait sa conclusion, Dupeyron en fait son introduction et imprime sur la pellicule cette lumière et cette couleur, dès les premiers instants. Ces dernières entourent la présence de Frédi, être extraordinaire éclatant, il sait guérir les corps et apaiser les âmes, parmi l’obscur ordinaire du quotidien des mobiles-homes, des hommes qui abandonnent femme et enfant sans en sentir le moindre remord ou encore des femmes qui passent leur journée à boire pour ne plus ressentir. Cette lumière a du mal à subsister dans ce si banal quotidien et nous brûle parfois les yeux, comme elle le fait avec la pellicule souvent surexposée. Pourtant Frédi ne peut faire autrement, cette lumière il la porte en lui et reconnaîtra ceux qui en sont dotés comme lui. Céline Sallette en fait, partie, irradiante dès son apparition à l’écran, c’est son corps déformé, traumatisé que Frédi guérira mais surtout son âme traumatisée par le deuil.

Mais pour en arriver jusque là François Dupeyron passera par bien des détours, jusqu’à s’égarer parfois dans des intrigues secondaires qu’il ne conduit alors jamais à leur fin. Le long-métrage contient des longueurs bien inutiles traversées par autant de moments de grâce, dans lesquels il s’envole et nous rattrape. Au détour d’une scène sur la plage entre un père et sa fille qui pleure pour tous les malheurs des autres ou d’une rencontre, avec une mère en deuil, entre deux portes d’un hôpital bercées par les rayons du soleil, François Dupeyron justifie le choix poétique de son titre. Sa mise en scène, sa photographie, certains dialogues, appuyés par le choix d’une musique violente et mélancolique, construisent le film en forme de travail poétique atteignant souvent son but : nous bouleverser.

Ce but ne pourrait être atteint sans une composition d’acteurs presque sans faute. Comme Frédi irradie le monde, son interprète Grégory Gadebois le fait avec l’image. Son physique si banal, bourru et puissant tranchent avec son jeu si travaillé, délicat et fragile. Il porte alors parfaitement la poésie de l’ensemble teintée toujours d’un cynisme aussi mêlé à un humour parfois lourd, mais témoin d’une ironie nécessaire face au tragique de la vie.

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