Omar- Hany Abu-Assad : « je ne pense pas que le cinéma puisse changer les choses »

En mai dernier le film palestinien Omar est reparti avec le prix du jury Un Certain Regard, au Festival de Cannes. J’avais eu la chance de rencontrer son réalisateur, Hany Abu-Assad, sur la croisette pour lui parler de mon coup de coeur pour son film, à la délicatesse exacerbée.

Vous avez dit avoir eu l’idée d’Omar après qu’un ami vous, ait été approché pour être agent double. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

J’ai rencontré un très bon ami à moi en Hollande et il m’a raconté ce qu’il avait vécu, c’est-à-dire l’histoire d’Omar, enfin en partie seulement. Tous les éléments du film sont véridiques, mais se sont tous passés à des endroits différents, à des personnes différentes. Quand cet ami m’a raconté son histoire j’ai senti que oui, il y a la le matériel pour un bon film. Parce que ça traite de la peur de la perte de confiance en l’autre et quand ça arrive tout devient extrêmement vulnérable, comme l’amour qui devient fragile, l’amitié, la résistance, la société, parce que la confiance est primordiale. J’ai senti que je devais faire un film à propos de ça, une histoire d’amour mise en péril par la perte de confiance, un thriller politique sur une agence secrète qui tente de recruter des gens pour trahir leur propre pays. Je voulais aussi faire un western en fait, je suis aussi très influencé par le film noir, quand une histoire de cette qualité arrive entre vos mains ça vous inspire à faire ce que vous voulez.

Vous avez construit votre film un peu comme un thriller, parce qu’on ne sait jamais de façon certaine si on peut accorder cette confiance dont vous parlez aux personnages. Etait-ce un genre sur lequel vous vouliez vous appuyer ?

Oui et pour plusieurs raisons. Premièrement c’est un genre que j’aime beaucoup, particulièrement le thriller politique. Thriller signifie immédiatement suspens ou la disparition de quelqu’un ou la recherche de d’un meurtrier. Ce que j’aime moi c’est la paranoïa et l’idée qu’elle vienne de force plus grandes, parce que visuellement ça construit les personnages comme des éléments minuscules face à elles. J’ai pensé que si je devais faire une histoire d’amour dans laquelle intervient le thriller politique, je pourrais faire d’une pierre deux coups. J’aime les histoires d’amour tragiques, vous savez comme Casablanca ou Betty Blue, mais j’aime aussi le thriller politique, le western, le film noir, c’est pourquoi j’essaye de jouer avec les genres.

Etait-ce difficile de trouver les acteurs pour jouer dans un film qui soulève des thèmes si difficiles ?

Pas difficile, mais c’était un long processus de recherches, encore et encore ! Mais c’est assez réjouissant à faire, parce que vous commencez vraiment à comprendre ce que signifie votre script lorsqu’il est joué par des acteurs, qui donneront une dimension différente au texte que vous avez écrit. C’est à ce moment là que vous réalisez aussi «ah oui c’est une dimension intéressante » donc le processus de casting devient aussi celui de la réécriture du scénario. Il y a certaines scènes que j’ai réécris de nombreuses fois en voyant les acteurs jouer et révéler ce qui n’allait pas.

Vous abordez le conflit israëlo-palestinien dans Omar. Selon vous le cinéma palestinien devra le représenter tant qu’il existera, parce qu’il influe sur la façon de penser, d’agir, d’aimer des habitants ?

Vous savez quoi, vous avez totalement raison, c’est vrai que le cinéma palestinien le met tout le temps en scène. Je pense que je vais faire un film sans ce conflit politique, parce que nous existons également sans lui. Je pense que nous sommes dans un mouvement d’indépendance de plus en plus, avec ce film nous, les palestiniens, avons essayé de financer tout nous même. C’est vrai, je pense que mon prochain projet sera sûrement dénué d’aspect politique, parce que oui, nous pouvons et nous existons sans le conflit.

Donc il ne faut pas forcément être engagé politiquement pour être un cinéaste palestinien aujourd’hui ?

Non, on peut plutôt parler de posture politique, plus que d’engagement. En tant qu’être humain vous souffrez de l’occupation et vous souhaitez riposter, moi je riposte différemment, mais ça vous donne une dignité, celle de refuser qu’on vous insulte, qu’on vous oppresse. ça vous donne aussi un sentiment d’héroïsme, être un combattant de la liberté vous donne la sensation d’être un héros. Même s’il doit y avoir un prix à payer et il est très cher, beaucoup de gens perdent la vie. Mais c’est nécessaire, parce que sans héroïsme je ne pense pas que l’humanité peut évoluer.

Pensez-vous que le cinéma peut contribuer à faire évoluer les choses, qu’il peut avoir une action sur le monde ?

Non, je ne pense absolument pas que le cinéma peut changer les choses. Le cinéma peut enrichir les gens de nouvelles expériences, sans qu’ils aient pour autant à les vivre réellement, peut aider à leur faire comprendre certaines choses en tant qu’être humain, mais il ne peut pas vraiment agir sur les choses.

Vous avez dit dans une interview que ne pas abandonner le combat était le point commun entre les films du cinéma palestinien. Est-ce que Omar parle de ça aussi, de ne pas abandonner le combat contre l’agresseur ?

Oui, Omar est en fait un amoureux, un garçon totalement normal, mais il se trouve qu’il est aussi un combattant de la liberté. Il aurait pu faire un choix, parce que la vie vous force à le faire, soit mener une vie normale, soit devenir un combattant de la liberté, mais pas les deux. Lui a voulu être les deux, « pourquoi pas ? », et à ce moment où il a fait ce choix, il a déterminé son avenir, parce qu’il sacrifie ce qu’il est, il est un être humain, avec des émotions, et en tant que tel il veut juste être normal. C’est pourquoi c’est un film à propos de personnages au-delà des barrières , ils ne sont pas monolithiques, ils sont multiples et la vie vous force à n’être qu’une seule chose.

Tous les personnages sont doubles en effet, Omar, qui travaille pour les deux camps, le personnage du policier, qui est israëlien et se fait passer pour un palestinien, grâce à son arabe parfait. Vouliez-vous dire que finalement palestiniens et israëliens ne sont que deux faces d’une même pièce ?

Oui, je crois que nous sommes tous des êtres humains, qui sommes forcés par la vie à prendre des positions différentes. Mais nous y perdons tous et je suis certain que si, devant un film comme Intouchables, en France, par exemple, vous asseyez côte à côte deux spectateurs, l’un est palestinien et l’autre est israëlien, politiquement ils peuvent se tuer, mais bien-sûr ils ne le savent pas, ils riraient aux mêmes endroits ensemble, ils pleureraient ensemble et passeraient par les mêmes émotions. Mais nous sommes tous forcés actuellement à prendre des positions différentes. Je pense en effet que c’est ce que je dis dans mes films, je ne le fais pas consciemment, je ne traite pas ces éléments directement, mais ça fait juste partie de qui je suis et c’est pourquoi mes films ressemblent à ça, ils me ressemblent !

Votre film est aussi très drôle, quelle place a l’humour au milieu d’un tel sujet ?

Ah vous l’avez trouvé drôle ?! Tant mieux si vous avez ri ! Je ne pense pas que ce soit crucial, mais il ya beaucoup de comptes rendus d’expériences, comme l’holocauste par exemple, dont les survivants témoignent qu’ils n’auraient pas pu survivre sans l’humour. Même dans ce situations tragiques on peut trouver la place pour être amusant, rire, se divertir. C’est vrai que le rire joue un grand rôle dans notre survie en tant qu’êtres humains, et une fois de plus ça témoigne de qui je suis. J’aime faire des blagues dans des situations compliquées, c’est moi aussi !

J’ai vraiment aimé la façon que vous avez de prendre votre temps dans la mise en place de l’histoire d’amour. Est-ce aussi une façon d’aller à contre courant de la tendance actuelle du cinéma qui multiplie les scènes de sexe, en montrant qu’un simple baiser peut être la chose la plus érotique du monde ?

Ah vous avez trouvé ça érotique ? Parce que je l’ai pensé exactement comme ça. Je pense que vous avez raison il y a une inflation des scènes d’amour dans le cinéma et maintenant avec la pornographie il n’y a plus aucune place pour l’imagination, ça devient juste du porno hardcore et même dans des longs-métrages destinés au grands publique. S’en est à un point que ça n’est même plus érotique. J’ai vraiment senti que si je filmais un amour innocent, fragile, secret, le baiser serait le point culminant et je trouve ça tellement érotique. N’importe quelle autre scène de sexe aurait tué l’imagination des spectateurs et on a déjà vu ça tellement de fois. Les scènes d’échange de leurs lettres sont d’ailleurs pensées dans la même optique. Je n’ai pas montré leurs contenus, j’ai juste laissé les personnages dire parfois, « c’était drôle » ou « c’était triste », j’ai pensé que l’amour est un secret entre deux personnes et doit rester entre elles. Ce qui fait que le spectateur s’identifie, parce qu’il reconnait ce secret qu’il partage avec celui ou celle qu’il aime. Mais si vous commencez à tout révéler, cette histoire devient banale.

Omar est une des premières productions palestiniennes, quels challenges avez-vous dû affronter pour faire le film ?

En fait ce n’est pas le premier à être totalement financé par l’industrie cinématographique palestinienne. Annemarie Jacir a fait avant un film qui s’intitule When I saw you, c’est une cinéaste palestinienne très talentueuse. Son filma été presque entièrement financé par la Palestine, et elle a aussi utilisé cet argument pour vendre son film « Nous sommes le premier film entièrement palestinien ! » mais personne n’y avait vraiment fait attention et aujourd’hui nous l’utilisons nous-mêmes et elle m’a appelé pour me dire «hey non ce n’est pas vrai ! » (Rires). C’est juste une façon de vendre notre film et si ça peut fonctionner, pourquoi pas ?! Je suis très heureux bien-sûr que le film ait été financé par l’industrie cinématographique palestinienne, parce que c’est un pas vers l’indépendance.

Quel message envoie la sélection officielle au festival de Cannes, au reste du monde ?

Non, je n’aime pas envoyer de message. Je pense sincèrement que les films sont des expériences, non des messages. Je serais satisfait si les gens envisageaient mon film comme un voyage qu’ils entreprennent et qui les ouvrent à d’autres choses. Vraiment j’apprécie la sélection officielle, mais je n’envoie pas de messages ou seulement par la poste ou par emails !

Vous avez aussi une culture hollandaise, pensez-vous tourner un jour aux Pays-Bas ?

Oui j’aimerais beaucoup. Je dois beaucoup à la Hollande, grâce à eux j’ai pu grandir, évoluer dans chacun des aspects qui me composent et quelques fois je ressens que je devrais le faire comme une façon de dire merci aux habitants et à la culture du pays. Oui je le ferai probablement, pour dire « Merci la Hollande ! »

Quelle est la chose principale que vous voudriez que le spectateur retienne à la fin du film ?

Vous, que retenez-vous ?

Que le contexte politique influe sur la façon de vivre, d’aimer, de penser, d’être, des gens qui le vivent.

Oui c’est difficile en effet. Mais non ce n’est pas la chose principale que je voulais transmettre, je pense que la situation palestinienne est juste une décoration. Je suis intimement persuadé que si l’on montrait Omar dans 20 ans, et que le conflit a disparu, on pourrait toujours le comprendre. Il traite d’émotions humaines et pas particulièrement d’une situation politique. La scène que je préfère est celle de la fin, lorsque qu’Omar est assis avec Nadia et réalise qu’elle n’était pas enceinte. Aucun mot n’est dit, seuls leurs visages expriment ce qu’ils ont perdu et en même temps qu’ils peuvent retrouver confiance l’un dans l’autre. Parce que au début cette confiance entre eux existait et les paroles des autres ont semé le doute. Comme lorsqu’il lui demande « Est-ce que tu m’aimes, parce qu’on m’a dit qu’il y avait quelqu’un d’autre » et elle ne lui répond pas franchement, elle se cache derrière une blague « Ah tu veux dire Brad Pitt ! ». Tous les deux ne sont pas prêts à se mettre nus émotionnellement et à la fin ils le sont complètement et peuvent se faire confiance, mais c’est trop tard. Je trouve que c’est une scène tellement triste, je l’aime beaucoup.

Mais l’histoire d’amour n’aurait pas été ce qu’elle est sans le contexte politique, sans ce combat contre l’agresseur ?

Prenons Roméo et Juliette, l’obstacle à leur amour est deux familles opposées, mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit, il s’agit de l’histoire d’amour et c’est à ça qu’on s’intéresse. Eux aussi se faisaient confiance au mauvais moment et le vrai obstacle n’était pas les deux familles, mais le questionnement de la confiance en l’autre et le conflit entre les familles était en quelque sorte une concrétisation de leurs conflits intérieurs.

Donc ça aurait pu avoir lieu ailleurs ?

Exactement.

Sur quoi travaillez-vous maintenant ?

C’est un secret !

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Océane : interview de Nathalie Sauvegrain et Lou Lesage

Après une jolie expérience cinématographique devant Océane, c’est à deux jolies rencontres que j’ai le droit. Une vingtaine de minutes avec une réalisatrice amoureuse de son film, Nathalie Sauvegrain, et une actrice, amoureuse elle de son rôle, Lou Lesage, et je ressors encore un peu plus charmée par l’objet Océane.

 Pourquoi avoir voulu faire votre premier long-métrage sur ce sujet particulièrement

Nathalie Sauvegrain : Au départ, c’était surtout parce qu’on est tombé sur un coin incroyable avec Philippe Appietto avec qui j’ai co-écrit et réalisé le film, et avec qui je sillonnais la région, avec notre caravane, qui est celle du film. On est tombé amoureux de la lumière, de l’ambiance un peu hyppie, de ce petit coin perdu, un petit coin de paradis, dans le Haut-Médoc, un camping comme on aime, avec une ambiance de festival, à la roots avec des gens sympas, venus des quatre coins du monde et du surf aussi. Et puis il y avait un bar qui était posé en bas de la dune, où il y avait une atmosphère vraiment géniale, que l’on n’avait pas vu ailleurs. C’est un coin encore sauvage, un peu authentique, il nous a inspirés pour faire le film, enfin déjà pour écrire un scénario. C’est ensuite qu’on a cherché un petit peu les personnages qu’on avait autour de nous, nos potes musiciens etc, puis ce qu’on voulait surtout amener, c’était le rock dans le sable. Généralement les films sur le rock sont la plupart du temps tournés dans des espèces de caves, un peu glauques, avec de la drogue, des engueulades, des choses comme ça, nous on voulait faire un film positif où on mélangerait les paillettes et le sable.

 Pourquoi être passé directement par le format long-métrage ?

Nathalie : Au départ, on s’était dit « tiens, ce serait bien de faire un-court-métrage, genre une petite fiction » en toute innocence comme ça. Finalement on a commencé à écrire et rien que la première scène, c’était un court-métrage ! Quand on est arrivé au bout on s’est dit « bon bah voilà on a écrit un long-métrage ». On l’a présenté à des producteurs qui ont tous dit il faut changer le casting si vous voulez que ça rapporte de l’argent, il faut trouver des gens bankable sinon vous n’y arriverez pas et moi je ne veux pas utiliser ma salive pour vendre ce film là parce que même s’il est sympa vous n’y arriverez pas. Puis on est tombé sur un producteur qui a eu le coup de cœur et qui a dit bah ouais c’est génial, c’est drôle, votre casting est incroyable, parce que oui, il y a des gens qui jouent dans Océane et font leur vrai métier à côté des comédiens professionnels , il y a beaucoup de musiciens. Lou par exemple est comédienne mais également musicienne.

 Parlons de Lou (Lesage) justement, comment s’est faite la rencontre et pourquoi votre choix s’est porté sur elle?

Nathalie : On connaissait ses parents depuis une vingtaine d’années, ils composent le groupe Ultra-Orange. J’avais suivi un peu Lou dans les publicités puis dans Lol ensuite et aussi j’avais vu sa petite apparition dans My little Princess, j’ai trouvé qu’elle avait du chien, qu’elle était en même temps toute mignonne, elle est musicienne aussi ce qui me branchait bien, puis elle a une culture cinématographique incroyable. Enfin j’étais sûre qu’elle allait entrer dans l’univers qu’on voulait mettre en avant dans le film.

 Est-ce que justement c’était important que Lou soit musicienne pour incarner le rôle, est-ce que cet élément autobiographique a joué ?

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Lou Lesage : Pour moi, ce n’était pas prioritaire, mais en tout cas ça m’a fait plaisir que le personnage soit musicienne, je me suis dit « cool je vais être sur scène pour faire un truc sympa » puis en plus j’avais écouté la musique d’Oliboy et je trouvais ça hyper drôle et je me suis dit « ça va me permettre de chanter autre chose que ce que je fais normalement ». Mais au départ je n’ai pas choisi le scénario pour ça et si Océane n’avait pas eu cet aspect là j’y serais allée quand même. J’ai surtout été touchée par l’histoire vraiment et je sais que je ne choisirai jamais un scénario pour un personnage, mais vraiment pour l’histoire autour.

Nathalie : Puis c’était un vrai challenge aussi on lui demandait des choses difficiles, sauter en parachute, faire du cheval sans selle, elle a tourné 22 jours sur 24, c’est quand même un exploit, avec une belle palette d’émotions différentes, la colère, la tristesse, le rire, l’émotion. Ça lui a permis de montrer tout ce qu’elle est capable de faire. Nous on était persuadé qu’elle y arriverait, on l’avait rencontrée à peine une journée et quand elle nous a parlé de ses références cinématographiques, de sa motivation pour jouer le rôle, elle avait tout de suite compris l’état d’esprit du personnage.

 Lou : Oui mais ça pour une actrice c’est juste magnifique, quand tu lis tout ça tu te dis ouah !

 Qu’est-ce qui vous pousse à accepter un rôle plutôt qu’un autre, les risques justement 

Lou : Je me suis dit là c’est un premier film, c’est un challenge. Ce qui est bien c’est qu’on ne peut pas se baser sur quelque chose d’antérieur parce que de nombreux réalisateurs ont leu propre style. Là je les ai juste rencontrés ils m’ont montré leur univers, j’ai adoré le scénario et je me suis dit, c’est une aventure il faut que je me lance dedans avec eux et une fois sur le tournage je me suis rendue compte qu’on avait les mêmes idées et j’étais heureuse, je me suis dit qu’on allait faire quelque chose de bien !

Nathalie : Non puis la pauvre on lui proposait toujours que des rôles de school girl, la copine au lycée dans le style de Lol quoi.

 Lou : Oui c’est pour ça aussi que je me suis mise de côté un moment, après Lol, j’ai fait de la musique parce que je voulais attendre. C’était assez incroyable ce qu’il s’est passé après ce film et ça m’a fait un peu peur, j’étais jeune, je me suis dit « à 17 ans qu’est-ce que tu veux faire? Autant attendre d’être plus mûre pour le savoir vraiment» puis pile à ce moment-là, je suis tombée sur Nathalie et Philippe.

 Nathalie : Nous on avait vu son clip qui est magnifique et on s’est dit c’est elle, elle dégage beaucoup d’émotions.

 Vous parliez des difficultés du financement, est-ce que en étant deux sur un projet, on est plus fort devant ces épreuves ou est-ce que à l’inverse c’est plus compliqué ?

Nathalie : Ça nous a vraiment aidé d’être deux, heureusement d’ailleurs qu’on était deux, sinon je ne sais pas comment on aurait pu monter le film ! On s’est encouragé, on s’est motivé, quand il y en avait un plus découragé on le remontait. Puis on est très complémentaire dans notre travail, moi j’ai plus assuré la partie direction artistique du film, les décors, le stylisme, le casting, parce que la plupart des gens qu’on a dans le film je les ai photographiés de par mon métier de photographe de groupes de rock. Philippe lui était plus sur la partie technique, il a l’habitude de gérer les grosses équipes, vu que c’est un réalisateur de publicités, il a pris en charge le découpage technique, la mise en scène, etc. Après on était tous les deux derrières le combo et on décidait ensemble ce qui était bien ou pas, mais on a décidé que lui allait s’adresser aux comédiens parce que sinon après c’est impossible d’être deux à diriger des gens. C’était une expérience incroyable à vivre à deux, surtout que l’on est un couple dans la vie et, d’ailleurs, on s’est dit que s’il n’y en avait qu’un qui s’était lancé dans un projet pareil on ne serait pas resté ensemble !

 Justement au niveau de la direction d’acteurs on se demande comment vous avez travaillé pour créer cette unité dans le groupe que l’on voit à l’écran. Y avait-il une grande place pour l’improvisation ou tout était extrêmement écrit ?

Nathalie : Malheureusement on a eu un tout petit budget, aucune aide publique, aucune aide de la région, c’était très dur et on dû faire le film en 24 jours, sinon on ne le faisait pas, il fallait rentrer dans le budget. Normalement un film comme ça aurait dû avoir le double, donc évidemment pas de place à l’improvisation, tout était extrêmement bien préparé, même si parfois les acteurs nous glissaient une petite idée comme ça, mais il n’y avait vraiment que trois prises. On a foncé, on a tout fait dans un état d’urgence !

 Quelles ont été vos influences, pour écrire le scénario Nathalie et vous Lou pour composer le personnage d’Océane ?

Lou : Moi j’ai essayé de ne pas trop penser à des acteurs ou des personnages, mais j’ai quand même regardé L’été meurtrier avec Adjani avant le tournage. Pour son côté un peu séduction, et parce que il est cité à un moment sur la plage dans le film, donc je me suis dit qu’il fallait que je revois le film que j’aimais déjà beaucoup. C’est ce côté séducteur que j’ai essayé de reprendre.

 On pense aussi beaucoup au personnage de Nabokov, Lolita en vous voyant. Est-ce que ce sont des films que vous avez revu, que ce soit celui de Kubrick ou de Lyne ?

Lou : Aussi oui ! J’ai pensé à Lolita mais aussi à des petits côté de Bardot avec ce naturel et cette sophistication qui cohabitent. Océane n’a pas tout à fait ce côté-là au début, mais ça évolue dès le milieu du film.

Nathalie : Il y a plusieurs films, par exemple pour la lumière, on a dit au chef opérateur de revoir Le Lauréat, puis Down in the Valley qu’on adorait aussi pour la lumière et le côté léché. Parce qu’on voulait faire un film drôle, avec des vannes un peu grasses, qui donnent la patate, mais on voulait aussi vraiment rajouter de la poésie donc c’était très important de faire un film esthétique. Il y aussi beaucoup de séries américaines, Skins par exemple. Le lieu se prêtait à toutes ces références américaines parce que quand on est arrivé là-bas on s’est dit « on se croirait dans un petit bout de californie ! »

L’importance des personnages secondaires c’est aussi dû à cette grande influence de la comédie américaine qui a compris qu’elle faisait partie de la réussite d’un film du genre ?

Nathalie : Nous on est fan de teen movies américains, on adore le cinéma indépendant aussi dans des choses plus compliquées et plus dures, mais le teen movie, ça fait du bien et c’est ce qu’on voulait faire comme film. Ces personnages là on leur donne de l’importance aussi parce que Océane, qui représente le cœur du film, se retrouve confrontée à un univers et c’est souvent cet univers qui est important finalement. Il y a beaucoup de séries américaines dont on est fans et ce n’est souvent pas que pour l’acteur principal, mais pour le beau-frère, le cousin, qui sont supers drôles et pour tous ces personnages secondaires forts qui nourrissent l’histoire. C’est vrai que Diana elle est importante pour le personnage d’Océane, elle va la materner, on va rigoler de son sort parce qu’elle tombe sur des mecs complètement tarés. Les personnages secondaires sont primordiaux, parce qu’ils lui permettent de compléter son parcours initiatique grâce à cet univers rock.

 Il y a une grande importance de cette musique rock dans le film, quel rapport entretiennent pour vous musique et cinéma ?

Nathalie : Pour nous la musique est primordiale, dans le film elle est même un personnage à part entière, elle n’est pas là par hasard, elle n’est pas là pour soutenir des dialogues, mais pour créer des émotions, pour mettre en valeur des scènes ou des élans, comme dans la boîte de nuit quand ça part en vrille où là on a choisi une musique électro bien particulière ensuite il y a ce morceau au début du film qui s’appelle Friends Stranger où là les paroles sont très importantes, parce que ça parle d’un chemin semé d’embuches vers un monde meilleur. L’histoire c’est que dans j’avais photographié ce groupe et dans la même semaine j’avais rencontré le groupe The ducs avec lesquels j’avais fait des photos qui avait une chanson avec le même titre et en traduisant les paroles je me suis rendue compte que c’était la même chanson et on trouvait ça bien de la mettre au début et à la fin du film pour résumer le parcours d’Océane.

Lou : Moi je trouve que de toute façon la musique au cinéma est très importante. Par exemple Hitchcock était très fort pour créer des ambiances rien qu’avec la musique, mais si on retire la musique quelque chose disparait du film. Dans Le Mépris si on enlève la musique de la scène de Bardot on trouverait ça ridicule alors qu’avec la musique elle est incroyable. C’est vrai que dans Océane la musique porte tout, les personnages, le décor, les scènes.

Nathalie : Les paroles des chansons ont aussi toujours une signification dans le récit. On a choisi les musiques qui nous ont inspirés certaines scènes et quand on écrivait le scénario parfois on mettait même les paroles en marge des scènes et les gens ne comprenaient pas, nous disaient « mais c’est pas important ça, ne notez pas » et nous on répondait « si, si c’est important et même écoutez les morceaux lorsque vous lisez le scénario, ça vous aidera à comprendre l’ambiance. » Puis nous à la base on est fan de musiques !

 Ce film est un hymne à la différence, aux marginaux qui ne sont pas célébrés dans la vie de tous les jours, mais peuvent trouver dans le cinéma un espace où l’être justement ?

Nathalie : Nous on fait un peu partie de ces marginaux quelque part, en tant qu’artistes, intermittents du spectacle. On se considère un peu comme ça et tous nos potes autour de nous sont un peu dans ce cas là et pourtant ils ont des talents incroyables, mais ils galèrent dans la musique ou en tant que comédien. Donc nous ce qu’on voulait c’était réunir tout ce groupe là et les mettre dans un film c’était un peu notre rêve. Nous on se disait que si un jour on gagnait au loto bah qu’est-ce qu’on ferait ? On ferait un film avec des potes ! Ils ont du talent, on kiff leur musique, leur personnalité, leur look !nathalie-sauvegrain

Il y a une grande place donnée aux femmes, qui sont assez malmenées par la vie et par les hommes, était-ce aussi une volonté de célébrer les femmes dans le film ?

Nathalie : Justement c’est un peu le résultat de notre collaboration avec Philippe qui lui est plus garçon forcément avec le rôle d’Oliboy et moi avec Océane qui comporte une petite part, pas autobiographique, mais des émotions, des choses que j’ai pu ressentir. L’histoire de Diana (Laszlo) aussi qui paraît un peu extravagante futile au début du film et au fur et à mesure on s’aperçoit que c’est une battante, qu’elle a un passé assez lourd, elle galère pour garder son bar et malheureusement elle tombe que sur des tarés en tant que petit copain ! Ces deux femmes là finalement elles sont le côté adulte de tous les autres personnages qui sont en dérapage contrôlé tout le temps et même si elles ont leurs faiblesses elles gèrent la baraque quoi !

Oui, le film aborde en toile de fond des thèmes assez tragiques, mais c’est l’humour qui prend le dessus de chaque situation. Pourquoi avoir voulu traiter ça à travers l’humour ?

Nathalie : Ça c’était une priorité, dans notre histoire c’est très facile de tomber dans le pathos, on aurait pu aller à la chiallade et même si on a voulu marquer cette part de tragique, parce qu’on ne peut pas rire tout le temps, ni dans la vie, ni dans un film, on voulait surtout marquer le fait que même si le fond est dramatique c’est toujours l’humour qui prend le dessus. Personnellement c’est ce que j’ai ressenti dans plein d’épreuves dans la vie, où il m’est arrivé des choses graves et tragiques, la vie prend toujours le dessus, continue. Il y a toujours des gens qui sont maladroits, qui ne sont pas dans le même état d’esprit au même moment et alors même dans des moments tragiques on peut rire, car eux n’ont pas envie de pleurer à ce moment là. Nous on voulait vraiment faire un film positif et je pense qu’on a réussi ce pari là parce qu’on voit les gens sortir des avant-premières avec des étoiles plein les yeux, la banane. C’est un film qui fout la pêche et ça c’était plus important que tout, que les gens soient touchés par l’histoire des personnages, mais que la vie continue de toute façon, quoi qu’on fasse, donc vaut mieux la prendre au maximum avec d l’humour parce qu’on s’en sort pas !

 J’ai lu que vous vouliez faire une sorte de contre « Petits-mouchoirs » ?

Nathalie : Nous on voulait faire un film anti-morosité tout court ! C’est vrai que nous on n’avait pas détesté Les Petits Mouchoirs, on a été pris au piège par les larmes, l’émotion. Ce qu’on a regretté en voyant le film, c’est que les paysages ne soient pas mis du tout en valeur et moi qui ai un rapport quasi mystique avec l’océan, j’ai été déçu. Donc on s’est dit « non, seulement on veut faire un film qui donne la patate, drôle et en plus mettre en valeur la nature et les paysages » Mais on a rien contre Guillaume Canet on l’adore ! (Rires)

Lou, connaissiez-vous les lieux qui ont une telle importance dans le film ?

Lou : Moi j‘étais allée un peu dans le Sud-Ouest, à Biarritz que j’adorais.

Nathalie : Biarritz c’est un peu Hong-Kong par rapport à l’endroit où on a tourné ! (Rires)

 Lou : Après je ne connaissais pas ces endroits un peu retirés comme ça et quand je les ai rencontrés ils m’ont montré des images de la plage et j’ai trouvé ça sublime. La plage du Pin sec est une des 5 plus belles plages de France, elle fait très sauvage et j’adore ces endroits.

 Nathalie : Oui il y a le côté urbain des blocos qui fait ressortir le côté rock de l’endroit.

 Que souhaiteriez-vous que le spectateur retienne à la fin du film ?

Nathalie : Les bonnes vibrations. Au moins un petit cadeau que l’on peut offrir c’est le sourire, un sentiment d’espoir avec un message qui est d’arrêter d’être coupé du monde avec les ordinateurs, les portables, il faut aller à la rencontre des gens, du monde, de la vie. Il ne suffit pas de grand-chose, du surf, une guitare, des potes et on passe un bon moment. Le message c’est surtout « c’est mieux de créer des liens que de posséder des biens », la jeune génération oublie ça de plus en plus.

Lou : Je ne sais pas quoi rajouter , c’est parfait ! (Rires)

Quels sont vos projets après Océane ?

Lou : J’ai fait une magnifique rencontre avec Jeanne Moreau parce qu’on a tourné un court-métrage pour Canal + ensemble. C’est une petite série de court-métrages dont le notre fait partie, qui sera diffusé en Novembre. J’ai aussi plusieurs projets au cinéma dont un dont je ne peux pas trop parler et un autre avec Sandrine Veysset, super réalisatrice qui a fait Y aura-t-il de la neige à Noël ?, et avec qui je suis très très contente de travailler. Je reçois des propositions qui n’ont vraiment rien avoir avec Lol et je suis très contente de passer à autre chose ! (Rires)

Nathalie : Nous on est encore complètement dans le film là, on ne veut penser à rien d’autre, on a des petites idées comme ça, mais on est encore concentré sur Océane, on y a mis toute notre énergie, c’est un film qu’on a fait avec le cœur et on a été une équipe avec des énergies très fortes. Pour l’instant on se bat pour avoir plus d’une salle dans Paris et c’est difficile. Depuis le début on s’est battu pour monter le projet et ce n’est pas fini, on n’a pas de campagne d’affichage, on pour l’instant que le bouche à oreille et la presse, ce qui est déjà beaucoup, mais c’est dur ! Mais on est comme dans le film on vit au jour le jour !

Tomer Sisley : « Je voulais donner tout ce que j’aurais aimé qu’on me donne »

Mardi c’est installée sur le ponton de la plage du Majestic que j’ai pu rencontré trois des acteurs passés derrière la caméra à l’occasion des 20 ans des talents Cannes de L’Adami. Une rencontre avec trois jeunes réalisateurs qui ne pensent tous qu’à une chose: leurs acteurs. 

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet et comment vous êtes arrivés dessus ?

Clément Sibony : comme tout le monde je crois, Jean-Jacques MILTEAU le président de l’Adami m’a contacté pour savoir si je voulais réaliser un court-métrage. Puis ça tombait bien pour moi parce que j’étais en train d’essayer de prendre les droits d’un roman pour faire un long-métrage, sans passer par la case court (rires), donc c’était pile le bon moment. Je ne peux pas dire que ça m’a servi d’entraînement parce que je voulais servir d’abord les comédiens, mais c’est bien tombé.

Tomer Sisley : Moi, c’est moi qui ai demandé au président de l’Adami, que j’avais revu lors du gala de l’Union de faire partie du projet.

Léa Drucker : Pour ma part, c’est  Mon voisin productions qui m’a contactée pour savoir si j’étais disponible pour réaliser un court-métrage.

Et vous avez dit oui tout de suite Léa, ça ne vous a pas fait peur ?

L.D : J’ai dit oui tout de suite et si si ça m’a fait peur ! Mais j’ai été rapidement rassurée parce qu’on était plusieurs acteurs/réalisateurs pour qui s’était la première fois. Donc je me suis dit « on est plusieurs, c’est une aventure collective, c’est réconfortant ». Puis les producteurs m’ont rassurée aussi parce qu’ils m’ont dit « tu vas travailler avec une équipe de professionnels, de gens que tu choisis toi, avec qui tu as déjà travaillé. Tu choisis tout : tes comédiens, ton compositeur, la personne avec qui tu as envie d’écrire. » donc je me suis dit « ok, je ne suis pas toute seule ! ».

Vous a-t-on donné un cahier des charges à respecter ?

C.S : Oui bien-sûr, là comme c’est les 20 ans on a mis les petits plats dans les grands, on a eu deux jours de tournage au lieu d’un seul, on avait le droit entre deux à quatre acteurs et à un peu plus de temps, 10 minutes alors que normalement c’est 5 minutes, avec une journée de tournage, pas trop d’acteurs. Puis on avait un thème imposé qui était l’acteur, ce qui fait sens de nous demander à nous acteurs de réaliser pour la première fois.

T.S : Oui il était pas des moindres d’ailleurs, ne serait-ce que le choix des acteurs, qu’il fallait prendre dans la liste des talents et pas autre part, il fallait qu’ils aient moins de trente ans, il fallait que le court-métrage dure entre 7 et 10 minutes, que ça traite des artistes, qu’il y ait un nombre limité de décors , c’est-à-dire un ! Il y avait beaucoup de contraintes ! C’est d’ailleurs ce qui fait que ça ressemble plus à un exercice de style qu’à un court-métrage qu’on fait parce qu’on a une idée géniale qu’on a absolument envie de raconter. Ça n’amoindrit pas ce qu’on a fait, c’est juste qu’on est tous entré dans un carcan et je suis ravie, parce que souvent dans la contrainte on fait des choses bien.

L.D : Oui c’est bien d’avoir un cadre finalement ce qui est très dure c’est d’avoir trop de choix et les contraintes ça vous oblige à avoir un objectif plus précis, don ce n’était pas désagréable.

Tous les courts-métrages sont traversés par l’humour, est-ce que c’était aussi dans le cahier des charges ?

L.D : Non pas du tout, on pouvait faire ce qu’on voulait et Clément a fait un film plus oppressant, c’est sur le trac, quelque chose de très anxiogène dans lequel on peut se reconnaitre aussi. Mais c’est vrai qu’il y  a pas mal de comédie dans les courts-métrages, parce que je crois que pour être acteur, pour pouvoir durer, il faut avoir un sacré sens de l’autodérision, je crois. C’est vrai que sur 10 minutes, le premier truc qu’on a envie de faire, si on raconte quelque chose de cruel, bah c’est de le raconter avec humour, parce qu’après tout c’est du spectacle tout ça !

C.S : D’ailleurs moi je voulais faire un film beaucoup plus drôle et petit à petit je me suis rendu compte que le sujet que j’avais choisi était plus grave et  que ce que j’ai fait était très sombre. Ça me ressemble aussi.

T.S : Je ne veux pas parler pour les autres, mais selon mon expérience, un court-métrage est toujours plus agréable quand il y a du rythme et le rythme ça se donne grâce à l’humour le plus souvent. C’est plus difficile de faire un court-métrage dramatique extraordinaire. Le format se prête beaucoup plus facilement à la comédie que le long.

Est-ce que l’humour justement, plus précisément l’autodérision, joue un rôle important dans le métier d’acteur ?

C.S : Oh oui et pas seulement dans le métier d’acteur. Je crois que le pire défaut que quelqu’un puisse avoir c’est le manque d’humour, mais il y a des gens qui n’ont pas d’humour c’est vrai ça arrive ! Ne pas avoir d’autodérision c’est terrible et pour un acteur c’est pire que tout. Puis l’humour est une marque d’intelligence. Attention je ne dis pas que je suis quelqu’un de drôle et donc d’intelligent, enfin j’essaye (rires) !

A quel point les courts-métrages que vous avez réalisés sont-ils autobiographiques ?

L.D : Je ne l’ai pas écrit seule, je l’ai fait avec Julien Rambaldi donc il y a un peu de moi, de lui, de gens que je connais. Dans la caractérisation il y a des choses de moi, mais on a poussé le trait un petit peu, pas tant que ça finalement. Pour moi, à partir du moment où le personnage met le doigt dans cette espèce de passion un peu folle pour ce metteur en scène, avec qui elle a rendez-vous on peut tout se permettre. Moi dans mon parcours de comédienne ça m’est arrivée d’aller très loin dans ma tête par rapport à l’envie, le désir de rencontrer telle ou telle personne et tout à coup quand ça arrive, ça prend une dimension tragi-comique et ridicule, parce que la réalité est beaucoup plus triviale que ce qu’on croit. C’est ça que je voulais raconter, ce métier est fait d’illusions très fortes et de désillusions très fortes aussi et qu’il faut jongler avec et l’accepter. Quand on est gamins et qu’on rêve au métier de comédien on ne s’imagine pas que les choses sont finalement très terre à terre. La comédie elle se trouvait là, je trouvais ça drôle à raconter.

T.S : C’est le point de départ qui est mon vécu et celui de tous les acteurs qui ont eu à faire à des scènes de cul, c’est comme ça qu’on les appelle, appelons un chat un chat ! Ce qu’il se passe dans ces scènes c’est qu’on se retrouve tout à coup complètement nu devant une équipe de 30, 40, 50, 100 personnes, avec son sexe contre celui de quelqu’un d’autre qu’on connait souvent très mal, voir pas du tout, avec qui on a pas l’habitude de faire l’amour, mais même si c’était avec votre femme, on le fait rarement devant plusieurs personnes. Puis avec tout ça il va falloir simuler un rapport sexuel, toutes ces conditions font que c’est évidemment gênant et que ça exacerbe tout : les sentiments, les sensations, on est plus irritable, on est plus stressé, on est plus tout ! Tout ça fait que ça ne se passe jamais normalement, c’est impossible de rester sois même dans ces conditions. On est difficilement naturel alors que le principe du jeu d’acteur c’est d’être le plus détendu possible et là on l’est pas. Voilà le vécu que j’ai mis dans le film.

Tomer vous jouez un réalisateur tyrannique dans votre court-métrage, c’est du vécu ça aussi ?

T.S : Oui il est carrément tyrannique ! D’abord ça m’a fait rire de jouer un « connard » et oui j’en ai croisés. C’est peut-être une manière de me venger, je ne sais pas, je n’ai pas analysé le truc. Mais c’était un pure bonheur de jouer « un vrai fils de pute » ! (Rires)

Vous êtes d’ailleurs le seul à vous être mis en scène dans votre film. Pourquoi ce choix ?

T.S : Par pure soucis pour mes acteurs, parce que le rôle du réalisateur est très ingrat. Vous avez vu, la plupart du temps je suis de dos ou de trois quarts et on ne voit que mes mains ou que mes cheveux, je voulais exister le moins possible pour mettre en valeur mes acteurs. Je ne voulais pas confier ça à un autre acteur parce que le rôle était tellement moins intéressant que les deux autres que j’aurais trouvé ça très ingrat de le donner à un acteur. Je n’avais pas du tout envie d’être ingrat avec eux, justement si j’ai insisté pour faire un court-métrage pour l’Adami, c’est parce qu’en 1999 quand j’ai été moi-même talent Cannes je n’avais pas très bien vécu le court-métrage.  J’avais trouvé qu’on ne m’avait pas vraiment tiré vers le haut et donc je m’étais juré que si un jour je me retrouvais dans la position du réalisateur je ferais tout pour tirer mes acteurs vers le haut, les mettre sur un pied d’estale, pour que le court-métrage leur serve. Le court-métrage de l ‘Adami c’est vraiment un outil pour se faire connaître, pour eux, c’est la raison de son existence d’ailleurs. Je ne pensais qu’à eux, au moment de l’écriture, de  la réalisation et du montage. Les plans de coupe où je suis de face j’ai été obligé de les mettre, parce que Margot était meilleure dans la prise 7 ou Vincent dans la 8, etc. Je voulais être le plus généreux possible, leur donner tout ce que j’aurais aimé qu’on me donne.

Qu’est-ce qu’a signifié être talent Cannes pour votre carrière ?

C.S : C’est vrai que l’Adami ça a marché pour moi, parce que j’étais talent Cannes en 1996 dans un court-métrage de Dante Desarthes et il m’a ensuite proposé le rôle principal de son film Cours toujours. C’est comme si j’avais une dette envers l’Adami (rires) et j’avais envie de bien faire et de bien servir les acteurs. En plus ça signifie encore quelque chose aujourd’hui parce qu’on m’a proposé de réaliser un court-métrage pile au moment où j’avais envie, où je me sentais enfin prêt et en plus j’ai toujours eu de la gratitude pour l’Adami c’est pour ça aussi que j’étais enthousiaste.

T.S : Moi le court-métrage ne m’a pas aidé plus que ça, mais ce qui était extra c’était de pouvoir venir à Cannes avec une raison ! Et ça ça change tout, surtout quand vous êtes jeune acteur et que vous cherchez à faire votre place. Si vous allez à Cannes sans raison, juste pour vous montrer aux soirées c’est très dur, même mentalement, pour l’égo c’est super ingrat. Mais quand on te demande « qu’est-ce que tu fous la ? » , « Moi j’ai un court-métrage projeté pendant le festival » ça vous donne une prestance. Puis on est pris en charge, on nous organise des dîners, des déjeuners et après c’est à vous d’aller parler avec les gens qu’il faut, faire en sorte qu’ils vous voient.

L.D : Honnêtement je ne sais pas ce que ça a pu faire. Ce que est sûr c’est que ça m’a donné l’occasion de travailler avec Klapish, donc ça c’était super, de venir à Cannes pour la première fois, de voir ce que c’était le festival de Cannes et ça c’était un privilège exceptionnel. J’ai rencontré Nina Simon le jour de mon arrivée, j’ai assisté à la première projection de La Haine dans le palais, c’était des moments assez inoubliables, très puissants.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

C.S : Il y avait 950 acteurs inscrits sur le site de l’Adami et on devait choisir parmi eux, sur photos qu’ils avaient eux-mêmes envoyés pour postuler pour être talent Cannes. Moi je me suis fait aider d’une directrice de casting pour faire le bon choix et ne pas faire de délit de faciete par ce qu’on choisit d’abord sur photo c’est compliqué. Moi j’ai voulu d’abord prendre le temps de rencontrer les gens et ensuite faires des petits bouts d’essai.

L.D : C’était dur ! parce qu’en plus je sais ce que c’est de passer des essais et tout ça. Moi j’insistais sur un point je leur disais « venez on va faire une séance de travail. » et je leur expliquais bien ce que je cherchais.  Il y a une forme d’injustice dans le processus, parce que moi j’ai rencontré des comédiens formidables, très drôles, mais après il fallait un couple. On fait de la cuisine en fait, on a besoin d’un peu de rose, d’un peu de bleu, pour faire du vert et d’un coup ce n’est plus « je vais prendre le meilleur comédien », mais « je vais prendre les deux comédiens qui vont bien aller ensemble, qui vont être amusant à regarder, à observer ».

Comment s’est passé ce passage derrière la caméra, ça vous adonné envie de recommencer ?

 C.S : Oui définitivement, ça m’a un peu donné le virus. J’ai un long-métrage en chantier dans ma tête.

T.S : Oui moi aussi j’avais déjà le goût à la réalisation, c’est juste que je n’avais jamais franchi le pas mais j’avais déjà écrit un projet. Là ça m’a conforté dans cette idée et en plus ça m’a tranquillisé parce que j’ai trouvé ça, pas facile, mais évident. Je me suis senti comme un poisson dans l’eau. J’espère recommencer dans un futur proche.

L.D : Moi aussi c’est quelque chose qui m’attire beaucoup, ça m’a beaucoup plu d’écrire avec Julien, il m’a beaucoup aidé, pendant la préparation, il a fait le montage aussi. Moi ce que j’ai aimé c’es la collaboration en fait. C’est-à-dire que toute seule je ne suis pas sûre que ça m’intéresse. De toute façon en générale, que ce soit au théâtre ou au cinéma, j’aime bien qu’on soit au moins d’eux sur scène ou sur l’écran.  J’ai fait ce métier pour avoir des frères et sœurs et pour jouer avec eux. Donc oui écrire, réaliser peut-être, mais toujours en collaboration.

Est-ce un métier moins solitaire que celui d’acteur ?

L.D : Non moi je le trouve plus solitaire.

Qu’est-ce que vous voudriez que le spectateur retienne de votre court-métrage ?

C.S : J’aimerais bien qu’il retienne les acteurs, Julia (Piaton) et Bellamine (Abdelmalek). Puis j’ai voulu essayer de faire partager la sensation que seuls les acteurs connaissent, le trac.

T.S : Oui les deux acteurs, je le redis c’était le but principal.

L.D : Oui les acteurs ! Mon objectif premier c’était de raconter une histoire où ces comédiens puissent exprimer leur talent. Ce que j’aimerais c’est que le spectateur ressorte et dise « ils sont supers les deux ! »

Qu’est-ce que représente le festival de Cannes pour vous ?

L.D : Cannes c’est électrique, il y a énormément de passion ici, ça ne bouge pas ça.  Il y  a ce truc un peu géniale et surréaliste, de se promener sur la croisette et de rencontrer De Palma ! C’est un festival de cinéphile, moi je garde cette sensation électrique quand il y a une projection dans le Grand Palais, la fièvre des journalistes, on a envie de tout lire, de savoir ce que les gens ont pensé du film qu’on a vu. Il y a un truc très passionnel ici et moi j’adore ça !

C.S : Moi ça me fait rêver, je suis toujours à fond. Le vrai privilège c’est de voir des films dans cette salle, la magie opère à chaque fois.

Léa Drucker

Léa Drucker

Rencontre avec Jane Campion : mon héroïne

Jane Campion est cette année la présidente du jury des Courts-métrages et l’invité d’honneur de la Quinzaine des réalisateurs qui lui a décerné mercredi soir Le Carosse d’Or en hommage à l’ensemble de sa carrière. Plus tôt dans la journée c’est dans un entretient avec Michel Ciment qu’elle est revenue sur sa vocation et sa carrière traversée de doutes. Une rencontre émouvante et pleine d’humour avec une réalisatrice qui nous confie ses appréhensions face à un monstre de talent Harvey Keitel et son nouvel amour pour le format télévisé avec sa mini série Top of The Lake.  

Mercredi après-midi, après ma grande déception de n’avoir pu qu’apercevoir très furtivement Leonardo DiCaprio, la Quinzaine des réalisateurs m’offre l’opportunité d’assister à un entretien avec une autre de mes idoles, Jane Campion. La réalisatrice néo-zélandaise nous a offert une heure de son temps et a surtout prouvé qu’en plus d’être une réalisatrice de génie,  en réussissant à mettre en forme si élégamment les sentiments humains les plus complexes, elle était une personne d’exception. Avant de nous parler de son amour pour le cinéma, elle nous confie celui pour son pays natal, La Nouvelle-Zélande  et les paysages « sauvages » qui le composent et qui « semblent toujours d’autant plus beau lorsqu’on s’en éloigne », comme elle, exilée en Australie. Comme toutes les histoires d’amour c’est un rapport ambigu qu’elle entretient avec cette terre « du bout du monde » qui l’a vue naître puisqu’une fois l’université terminée « tout le monde doit s’en aller pour découvrir le monde parce qu’on est à son extrémité ». C’est à cet âge qu’elle a découvert l’Italie et le poids de son passé présent dans chaque mur que l’on touche et qui l’a bouleversé «  en Nouvelle-Zélande nous somme un nouveau peuple, notre histoire ne remonte pas à plus de 100 ans, ce qui nous donne beaucoup de liberté. Ce qui n’est pas le cas des européens que le poids du passé au-dessus d’eux peut écraser ». Après des mésaventures en Italie, liées de loin à un trafique de drogue « enfin je ne sais pas exactement mais la police a saisi l’appartement où je vivais avec des colocataires et j’ai dû m’en aller » c’est en Angleterre qu’elle s’installe et qu’elle ressent cette solitude immense et cet appel vers son pays natal et sa famille.

Cette famille d’artistes, avec un père directeur de Théâtre et une mère actrice, à qui elle reprochait la superficialité dans leur rapport à la réalité, elle a d’abord essayé de s’en éloigner en « étudiant la vraie vie » c’est-à-dire en suivant des études d’anthropologie. Mais pourtant cette filiation artistique elle ne pourra y échapper, se formant d’abord au dessin « avant une prise de décision vitale à l’âge de 25 ans, celle de se décider à prendre des risques, à arrêter de rêver au potentiel que j’avais peut-être et m’exposer en voyant ce que j’étais capable de faire si j’essayais le plus fort possible. »  Une fois cette décision prise tout était claire pour Jane Campion qui n’avait qu’une envie « travailler ». Elle s’inscrit alors dans une école de cinéma et commence à réaliser des courts-métrages prenant conscience qu’il « est capital d’avoir des choses à montrer si l’on veut se faire connaître, sinon c’est sans espoir ». Son premier court-métrage portant sur l’histoire d’amour entre deux lits jumeaux perdu et son travail peu apprécié par l’école conservatrice dans laquelle elle  étudiait, c’est très peu sûre de sa réussite et de son talent qu’elle persévère jusqu’à se faire repérer avec son court-métrage Peel qui gagnera la Palme d’Or au festival de Cannes de 1986.

Mais aujourd’hui la réalisatrice envisage ce désamour  initial comme une « chance. Si j’avais été une élève appréciée je n’aurais peut-être pas eu cette liberté de créer ce que je voulais sans me soucier de ce que les autres pouvaient en penser.  Je n’ai pas été écrasé par l’attente des autres, j’ai alors eu plus d’espace de liberté. » Cette liberté qui a déterminé le style de ses films n’ayant pas peur de montrer l’amour à travers la violence des corps dans la Leçon de Piano ou au contraire la cruauté via une extrême délicatesse dans Holy Smoke par exemple. Filmographie hantée par le XIXe siècle qui la fascine, celui de l’apogée du roman représenté par Les Hauts de Hurlevent qu’elle chéri, mais qu’elle « n’oserait pas adapter au cinéma tant sa structure est complexe et serait un matériel parfait pour une série ». Ce sont aussi des personnages de femmes  fortes qui habitent sa filmographie non pas pour « faire un manifeste », mais parce qu’en tant que femme elle est naturellement attirée par les histoires les mettant en scène comme elle l’était étant petite «  lorsqu’un enfant apparaissait sur l’écran ».  Elle s’avoue assez fatiguée que l’on en soit encore aujourd’hui à demander aux femmes réalisatrices « alors vous êtes une femme et vous êtes réalisateur ? » « à combien d’hommes pose-t-on cette question « alors qu’est-ce que ça fait d’être un homme réalisateur ? ». Et lorqu’on l’interroge sur le fait d’être la seule femme à avoir remporté la palme d’or avec La Leçon de Piano, c’est après un long soupir qu’elle dénonce une réalité tellement actuelle qu’elle en est épuisante «  bien-sûr qu’il est plus difficile pour une femme de travailler dans le cinéma, bien-sûr qu’elles sont aussi douées que les hommes, Katheryn Bigelow l’a par exemple prouvé en réalisant une des plus beaux films de l’année dernière et sur un terrain que l’on pourrait considérer masculin. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est d’Abraham Lincoln qui déclare que la moitié des films devraient être réalisés par les femmes. Mais malheureusement nous n’avons pas d’Abraham Lincoln alors tout ce que je peux dire c’est les filles vous êtes douées, vous êtes passionnées et vous travaillez aussi dur que les hommes, alors au travail ! » Et sur le bruit assourdissant des applaudissements qui marquent la fin de l’entretien, un sourire béat d’admiration vient naître sur mes lèvres.

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Danny Boyle : « je refais le même film encore et encore »

Pour son retour d’Hollywood après ses films Slumdog Millionaire et 127 Heures, Danny Boyle nous a confié son plaisir de revenir à un cinéma «savoureux». Une rencontre joyeuse avec un réalisateur énergique et toujours aussi passionné qui nous a même laissé partir avec des petits conseils personnalisés et une jolie photo!

Vos films confrontent le public aux plus sombres instincts de la nature humaine, mais pourtant, comme c’est le cas dans Trance vos dénouements sont ouverts ou même parfois positifs. Diriez-vous que vous êtes un optimiste ou un pessimiste ?

(Rires) Non je suis plutôt un optimiste, je suis du genre à croire au pouvoir de l’esprit humain. La plupart de mes films en réalité sont très semblables, ils ont l’air différents, ils construisent des genres différents. Vous pensez que chaque film va être unique, mais dans les faits se sont les mêmes, ils tournent tous autour d’un personnage, toujours un jeune homme qui doit surmonter des situations impossibles et survivre. C’est de cette situation que vient la violence et l’horreur, mais il a un esprit combatif et triomphe grâce à la force de l’esprit. Il est en quête au sens narratif du terme. Ce qui est différent avec ce film, c’est que vous ne savez pas au début qui est ce personnage et il se révélera que ce sera elle, car si vous regardez le film dans un ordre chronologique c’est elle qui surmonte toutes ces situations complexes. Elle commence une relation avec quelqu’un de manipulateur, possessif, qui finit même par être violent, comme c’est souvent le cas avec ce style de personnage. Elle essaye d’obtenir de l’aide, mais n’y parviendra pas, la police ne pourra rien faire et ne fera rien, comme c’est souvent le cas dans ces affaires de violence domestique, elle utilise alors ses talents pour l’affecter, mais elle sait qu’il va revenir et il revient, cette fois avec 4 autres hommes violents. Elle doit faire face à 5 hommes violents et elle triomphe. Ce n’est pas vraiment le tableau qui l’intéresse, il est seulement le symbole de la réparation qu’elle mérite. Donc Trance est en quelques sortes le même film que mes précédents, sauf que cette fois il y a une femme qui domine l’équation ce que je n’avais jamais fait.

Oui c’est la première fois que vous mettez une femme au centre, pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Oui je sais ! (Rires) J’ai deux filles qui ont la vingtaine et qui m’ont demandé la même chose que vous « pourquoi as-tu attendu si longtemps ? » Je pense que la raison c’est que c’est très difficile à mettre en place, Zero Dark Thirty avecJessica Chastain, l’année dernière y était très bien arrivé, mais même si bien-sûr vous pouvez raconter la même histoire qu’avec un homme, c’est compliqué de la raconter de façon traditionnelle, viscérale, à la façon d’un film d’action, sombre et dangereuse et violente, tout ce que je voulais aussi que le film soit. C’est assez difficile de trouver une histoire de ce type dans laquelle une femme pourrait dominer. Les femmes n’appartiennent pas vraiment à ce monde là et n’y trouvent pas vraiment grand intérêt, même si il est évident que chaque femme est différente, mais si on parle de façon générale, c’est difficile de trouver des femmes que ce type de films intéresse. J’ai travaillé avec de grandes actrices, Tilda Swinton, Virginie Ledoyen, Rose Byrne, Naomie Harris, Kerry Fox, toutes fantastiques dans le rôle que je leur avait donné, mais je ne leur ai jamais confié le rôle central du film, elles ne faisaient que graviter autour de ce centre. Mais c’était formidable de le faire !

Pourquoi l’avoir fait avec ce film en particulier et Rosario Dawson ?

Le film déguise plusieurs genres qui s’enchaînent, au départ on croit être devant un film de braquage, avec le vol du tableau, puis on se rend compte que ce n’est pas vraiment ça. Le personnage devient ensuite amnésique, alors vous vous mettez à penser que c’est un thriller amnésique, mais ce n’est pas ça non plus. Ce dont le film parle vraiment c’est du vol de souvenirs et pas du vol d’un tableau. Le troisième genre est celui du Film Noir, vous avez ces personnages dans une bulle et elle est la femme fatale, ce qu’elle n’est pas en réalité, elle endosse ce rôle seulement quand elle en a la nécessité, nous ne voulions donc pas qu’elle soit la blonde glaciale Hitchcockienne, ou qu’elle appartienne à ce genre de Film Noir. Cette histoire contient de grandes émotions et de grandes conséquences aussi, je l’avais vue dans de nombreux films et je l’avais castée aux Etats-Unis il y a de ça quelques années pour un projet qui finalement ne s’est pas fait et j’ai toujours pensé qu’elle appartenait à ce trop grand nombre d’actrices qui ont les épaules pour porter un film, mais à qui on ne donne jamais l’opportunité de le faire. J’ai donc toujours pensé que ce serait une actrice incroyable pour jouer ce genre de rôle. L’autre raison est qu’originellement nous devions tourner le film aux Etats-Unis avec une actrice anglaise, car je voulais qu’elle vienne d’un autre pays, que lorsque la police interviendrait elle pourrait rentrer chez elle parce que la seule façon d’échapper à la violence est la fuite. Il y avait toujours cette notion de distance entre son pays d’origine et l’endroit où se déroule l’action. A partir du moment où nous avons su que nous tournions à Londres nous avons alors cherché du côté de la France, de l’Espagne, de l’Italie et des Etats-Unis, mais j’ai toujours voulu Rosario.

Si ça n’avait pas été Rosario, qui auriez-vous pris pour le film ?

Non, je ne me pose pas ce genre de question, ça a toujours été Rosario. Mais pour vous dire la vérité pour le rôle de Vincent Cassel, nous avions approché Michael Fassbender, mais Michael nous a dit qu’il préférait jouer la fille ! On lui a dit « mais comment ça, avec une robe quelque chose comme ça ou plutôt du style transgenre ? » mais en fait il ne faisait que plaisanter bien-sûr ! (Rires) ce qu’il voulait dire vraiment c’est que c’était le meilleur rôle. Mais c’était avant d’avoir Vincent, qui a été disponible très tard parce qu’il était impliqué dans un autre film qui finalement ne s’est pas fait, donc on l’a eu ce qui est formidable.

Vous parlez de genres et vous avez fait beaucoup de sauts d’un genre à l’autre dans votre carrière. Avez-vous dû vous battre pour pouvoir faire ça ?

Oui en effet, parce que les gens préfèrent que vous occupiez complètement un genre, alors vous obéissez aux règles et vous explorez un seul genre. Mais nous avons toujours essayé d’éviter ça et la seule façon de le faire est de réaliser le film en dessous d’un certain prix, 20 millions de dollars pour être exacte. Trance a coûté 15 millions ce qui nous a donné la liberté de caster qui nous voulions et de manipuler les genres comme nous le voulions. A ces conditions vous pouvez prendre des risques, sauter de genre en genre comme le fait le film, toutes ces choses que vous ne pouvez pas vous permettre de faire si votre film coûte 20 millions ou plus, car vous êtes dépendant, vous devez rendre des comptes et ils doivent savoir où vous en êtes, dans quel genre vous vous situez, sans aucune surprise, ni structurelle, ni thématique. Tout est une question de prix, je pense que vous ne pouvez faire ça que si vous partez avec un peu moins d’argent.

Comment avez-vous préparé la scène de nu frontale avec Rosario Dawson ?

Je n’ai rien préparé du tout elle a tout fait toute seule !(Rires) Non, nous avons été très claire avec elle dès le début, c’est une des choses avec lesquelles vous devez être très claire dans le contrat, ce n’était pas négociable, c’était un élément narratif enraciné dans le récit et sans lui il ne fonctionnerait pas et elle ne pouvait pas changer d’avis plus tard. Parce qu’il est évident que lorsqu’on tourne des scènes d’amour, les actrices essaient toujours de négocier en disant « je pense que je vais garder juste un t-shirt, parce que je fais toujours l’amour avec un t-shirt ! » (rires). Mais dans le cas présent, cette scène était fondamentale, parce qu’elle avait un très sérieux but dans l’histoire, parce que, et je ne pense pas vraiment que les gens le réalisent, il est un monstre de contrôle, il ne veut pas d’elle comme elle est, il veut contrôler son image et c’est cette image qu’il désire, basée sur sa vision du monde et de l’art. Ce qu’elle fait c’est qu’elle le plonge dans plusieurs séries de trances et la première durant laquelle il se retrouve dans la campagne française, découvrant des peintures dans l’Eglise du Corbusier, montre qu’elle sait comment pénétrer dans son monde et lorsqu’elle creuse un peu plus, elle découvre ce qu’il veut vraiment et c’est ce qu’elle va lui donner, une image d’elle conforme à celle qu’il s’est construite. Il pense alors qu’il a le contrôle, mais finalement c’est toujours elle qui le détient. C’est cette conversation que nous avons eu avec Rosario lorsque nous avons abordé le scénario et elle est aussi très courageuse et c’est une femme magnifique avec une grande confiance en elle, mais elle est également très ouverte sur le fait de servir l’histoire au maximum, sur ce qu’elle est prête à faire pour ça si c’est justifié.

Trance est basé sur un puissant trio, comme l’était La Plage ou encore Petits Meurtres entre Amis. Qu’est-ce qui vous intéresse dans la dynamique du trio ?

Oui je sais c’est marrant n’est-ce pas ? Comme l’était aussi Slumdog Millionaire avec les deux frères et leur sœur, c’est que je disais tout à l’heure, je ne fais que réaliser le même film encore et encore ! (Rires) Il y a quelque chose de très beau à propos de ça, Godard disait, « tout ce dont vous avez besoin pour faire un film, c’est d’une fille et d’un flingue» et nous n’avons pas vraiment d’armes en Grande-Bretagne, pour moi deux garçons et une fille représente une dynamique brillante pour un film. Avec ce film nous voulions marquer un changement, une coupure d’avec la saison de récompenses dans laquelle nous avons été embarqués avec Slumdog Millionaire. Nous avons vécu quelque chose de très étrange et nous avons eu un grand succès avec le film et ce que nous avons fait, c’est utiliser ce succès pour faire un film dangereux, plus expérimental, dans lequel le personnage principal est piégé pendant 6 jours et finit par se couper le bras, et si vous n’entrez pas dans la saison des récompenses et que vous ne travaillez pas avec un potentiellement oscarisable, comme James Franco, vous êtes mort, parce que personne n’ira voir le film sans ça ! Une fois que vous êtes passé par là, vous êtes piégé et votre prochain film est supposé être du même acabit. Mais nous voulions revenir à un côté plus savoureux de la réalisation, pas trash au niveau du traitement de l’histoire, mais qui corresponde au plaisir lié au cinéma, juste à propos d’amusement et de plaisir. C’est pour ça que j’ai choisi le triangle amoureux, parce que c’est un grand motif de plaisir.

Vous parlez de plaisir, était-ce plus rafraîchissant, plus amusant de faire un thriller comme Trance, que des films plus lourds comme Slumdog Millionaire et 127 Heures ?

Le plaisir que vous prenez est un peu différent, une fois que vous regardez en arrière, même si ce sont probablement les mêmes films encore et encore (rires). Le plaisir deSlumdog Millionaire était évidemment Bombay et les enfants de Bombay qui vous donnent des opportunités magnifiques, c’est absolument délicieux. Avec 127 Heures le plaisir est de tourner un récit avec des restrictions comme le temps, la narration étant tellement contenue. Celui que j’ai trouvé dans Trance à avoir avec la manipulation, le déguisement, le chemin que parcourent les acteurs. McAvoy est au centre de l’intrigue, il a une voix off, il est marrant, sympathique, il regarde directement la caméra, vous pensez que oui, c’est lui le héros ! Mais finalement ce n’est pas lui. Vincent Casseldébute en étant ce parfait gangster français, on sait que c’est un dur à cuire et il finit en étant ce nu, vulnérable, adolescent amoureux d’une fille avec qui il ne sait pas comment faire et ça c’est charmant. Quant à elle, elle est amenée comme une conseillère professionnelle avant que vous finissiez par comprendre que tout prend source avec elle. Le plaisir est alors ici vraiment dans le déguisement, les faux-semblants. Nous avions à l’origine prévu une grande séquence d’ouverture qui aurait été un montage de plusieurs scènes mythiques de films de gangsters, toutes combinées à celle de Sean Connery dans Dr No, avec le tableau volé, qui est d’ailleurs un Goya. Nous avions alors James McAvoy qui a un accent écossais, tous les acteurs écossais pourraient incarner un bon Sean Connery, qui était merveilleux, marrant et énigmatique, c’était un vrai plaisir, mais nous n’avons finalement pas pu nous le permettre, car pour avoir les droits de tous ces films nous devions débourser 5 millions ce qui représentait un quart de notre budget. Le plaisir ici provient vraiment de la narration, puis aussi des scènes d’actions à la fin du film, avec les voitures en feu, avec Vincent coincé dedans, tout ça c’est vraiment du pain béni pour un réalisateur.

Et vous, avez-vous déjà été hypnotisé ?

Non jamais, j’étais un peu inquiet à propos de ce que je pourrais révéler, j’avais peur de commencer à parler de Michael Fassbender portant une robe, les autres n’auraient pas compris ! (Rires) aux acteurs, parce que nous avons fait une séance de groupe, enfin Vincent et James l’ont fait, avec un professeur de psychologie de l’université de Bristol, un grand spécialiste. Ils ont été très courageux, parce que tout aurait pu arriver, mais finalement rien n’a été révélé. Rosario a fait beaucoup de séances privées je crois, elle a fait beaucoup de recherches pour apprendre la technique ce genres de choses.

Où en êtes-vous du projet de Trainspotting 2 ?

Nous essayons de développer le script et ce que nous voulons c’est que le film sorte en 2016 pour ses 20 ans. Nous voudrions parler des mêmes personnages joués par les mêmes acteurs qui ont tous vieillis de 20 ans également. C’est vraiment rare pour un film que 20 ans après les spectateurs se souviennent encore des noms des personnages. Les gens se souviennent de Swanney, Sick-Boy, Spud et Renton, même moi je ne me souviens pas des noms des personnages des films que j’ai faits ! Les acteurs oui, mais pas les personnages ! Le fait que les gens s’en souviennent montre qu’ils ont une affection particulière pour le film, ce qui assure sa pérennité et qui fait que les gens le regardent encore aujourd’hui comme si c’était la première fois. On voudrait alors parler de ceux qu’ils ont aimés, ceux qu’ils ont perdus et de la ville dans laquelle ils sont restés.

James McAvoy a dit que vous étiez un réalisateur courageux. Est-ce que vous vous voyez comme quelqu’un de courageux, en regardant en arrière ?

Non, mais ce que je dis toujours lorsque des gens me demandent des conseils sur comment devenir réalisateur ou comment faire lorsqu’on est réalisateur, c’est que la grande majorité des films, les miens inclus, sont construits de champs/contre champs, de plans américains/plans serrés et ce même dans des films très difficiles comme ceux de David Lynch ou de Leos Carax, Holy Motors par exemple. Ça représente 70% des films et ce que vous devez faire c’est que chaque jour de tournage, faites quelque chose de fou ! Une seule chose, pas forcément complètement dérangée, parce que vous avez la responsabilité du bon dérouler du tournage, vous devez vous assurer de tourner ces 5 pages de dialogues, les acteurs doivent être justes et se sentir bien, vous devez avoir un œil sur tout pour garder le bon rythme. Mais soyez un peu fou et si ça marche c’est étrange comme on se rend compte que ces moments de folies définiront le style de votre film et si c’est mauvais jetez-les ! Et si vous mettez ces moments les uns après les autres ça représente 30 bouts de 30 jours si vous avez eu 30 jours. Parfois on se rend compte en regardant un film qu’il n’est pas ce qu’il aurait pu être et on est frustré parce que le réalisateur s’est laissé piégé par toutes ces responsabilités que l’on a sur un tournage.

Donc il faut être un peu fou pour être réalisateur ?

Oui, un peu, mais pas complètement ! (Rires)

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Mohamed Dubois-Eric Judor : « ma carrière a toujours été apolitique »

Pour la sortie de Mohamed Dubois j’ai parlé à Eric Judor, l’acteur principal. L’occasion autour d’une assiette de frites et d’un coca, de rire beaucoup, mais pas que, de revenir surtout très sérieusement sur ses influences, son amour pour « l’art de la comédie » et son attrait de plus en plus fort pour la réalisation. Un moment des plus agréables avec un comédien qui m’a fait hésiter entre le tu et le vous et qui, lui, emploie toujours la première personne du pluriel, comme pour nous rappeler que Ramzy n’est jamais très loin. 

C’est le premier long-métrage de Ernesto Ona, comment l’avez-vous rencontré, comment êtes-vous arrivé sur le projet ?

En fait c’est Youssef Hajdi que je connais depuis Platane et Halal Police d ‘Etat, qui est un très bon ami et un très bon comédien, qui m’a appelé pour me dire « ouais j’ai reçu un très bon scénario, super marrant, tu devrais le lire je pense que c’est pour toi ! » Je l’ai lu, j’ai trouvé ça super et je lui ai dit « bah ouais vas-y on fait comment ? » et il ma dit « maintenant faut que j’appelle la prod et le réalisateur parce qu’ils ne pensent pas du tout à toi ! » (rires). Il les a appelés, ils ont dit « pourquoi pas rencontrons-le » ce qu’on a fait et c’est passé direct avec Ernesto. En fait, ils cherchaient un arabe à la base, pour jouer un mec qui a une tête d’arabe, c’est vrai que c’est assez évident ! Mais du coup moi : mère autrichienne, père guadeloupéen égale arabe, du coup ça devenait un peu évident ! (Rires)

Vous aviez entendu parler de son travail avant ça, par exemple de La Dette qu’il avait réalisé pour Canal + ?

Pas du tout. J’ai évidemment regardé ensuite pour savoir avec qui j’allais « danser ».

Comment s’est passé le tournage, vous a-t-il laissé un espace pour improviser ou est-ce que tout était très écrit ?

Dans les films que je fais avec Ramzy l’improvisation est quasiment de mise je dirais parce que les personnages ne sont pas dans l’émotion. Ils font les cons, ce sont des « gogoles », mais ils ont rarement peur, rarement froid, rarement chaud, ils font des blagues, ils se cassent la gueule et ça fait rire. Là il fallait que je raconte une histoire avec ce personnage, que j’aille dans une direction donc l’improvisation n’était pas spécialement de mise, je m’amusais de temps en temps avec le texte, mais je n’allais pas trop loin, parce que sinon je décrédibilise la situation et on ne croit plus à ce qu’on raconte.

Depuis que vous êtes passé à la réalisation avec Seul Two et Platane est-ce que vous avez un regard plus critique lorsque vous êtes sur un plateau ?

Oui, ça a complètement changé mon regard et ça génère effectivement une petite frustration quand je vois un truc, je me dis « ah non moi je ne l’aurais pas fait comme ça » donc je me permettais de le dire à Ernesto. Mais ça reste son film donc je ne pouvais pas être intrusif et puis il fallait que je me concentre aussi sur mon travail à moi, mon jeu, donc que je lâche prise, mais c’est difficile pour moi aujourd’hui. En plus avec Platane, je viens de sortir de 4 mois de tournage pendant lesquels j’étais réalisateur, c’est assez étrange.

Est-ce que vous collaborez avec le réalisateur, est-ce qu’il vous a laissé une place pour ça sur ce film ?

Non, je ne me permettais pas. C’est son film, c’est lui qui l’a écrit, il sait ce qu’il veut faire passer, comment il veut le faire passer, tout ça. Après moi, il y a des choses que j’aurais faites différemment, mais c’est son film avec moi en acteur, donc il faut respecter ça.

Vous parliez de comédie, justement après Wrong, vous revenez à une comédie beaucoup plus gagesque, qui s’appuie sur le burlesque.

Ah moi je ne pense pas que ça soit burlesque ! Il y a des incursions burlesques dans mon jeu, comme la boxe par exemple, des choses comme ça. Mais c’est quand même une comédie qui repose sur des situations comiques, dans la scène du repas avec les parents et Sabrina et Mustapha, le rire vient de la situation, du fait que le mec il ne connaît pas du tout la culture, qu’il se fait passer pour un arabe, il ne connaît pas trop les traditions tout ça, il n’est pas à sa place et c’est là que c’est drôle. Mais là où j’étais dans le burlesque c’était La Tour Montparnasse Infernale, Seul Two et tout ça. Là on était vraiment dans le « gogolos ! » (Rires)

C’est une pure comédie mais qui aborde des thèmes sérieux, comme le racisme, le communautarisme, est-ce que vous pensez qu’on peut aborder tous les sujets par le rire et que c’est même plus efficace de les aborder de cette façon ?

Ecoutez je vais prendre un tuteur pour répondre, le père de tous les humoristes, Chaplin qui fait quand même Le Dictateur en pleine seconde guerre mondiale. Donc oui je pense que le rire peut avoir une mission un peu sociale un peu politique. Même si c’est jamais cette corde là que j’ai voulu faire vibrer, toute notre carrière on a toujours été apolitique et absurde justement, ne rien dénoncer d’aucun travers d’aucune société, juste développer un rire joyeux et burlesque. Mais là effectivement c’est mon mini point levé.

Il y a cette dimension dénonciatrice dans le film, mais j’ai trouvé que le personnage de Mohamed Dubois ressemblait aux personnages de vos débuts, avec la naïveté de celui de La Tour Montaparnasse Infernale par exemple et avec un peu plus d’expérience aussi.

Ah bon ?! Tiens donc ! Moi je pense qu ‘il est tellement éloigné. Je pense que c’est mes petites incursions burlesques sans doute qui doivent vous renvoyer à ça, mais il est extrêmement éloigné du gogole de La Tour quoi « Oh lala Marie Noël », il était quand même là-haut quoi, super aigu ! (Rires) Oh la vache méga gogole !!

Vous parliez de Chaplin, quels sont vos modèles dans la comédie, depuis le début de votre carrière et encore aujourd’hui ?

Et bah pas Chaplin figurez-vous ! (Rires) Je suis plus Marx Brothers moi, qui je trouve d’une certaine manière, alors il ne faut pas que ça soit interprété comme «  je me mets à leur niveau » hein, je ne suis pas du tout leur égal, mais en tout cas avaient une manière d’être politique sans en faire. C’est à dire que on sentait que c’était des gars de la rue, on sentait que c’était des gars qui représentaient une certaine couche sociale, la plus basse, mais ils faisaient des vannes absurdes et burlesques, c’était complètement débile, mais voilà ils faisaient des incursions dans plein d’univers, les grand magasins et tout ça, ils faisaient les cons. C’est un peu à ça que j’aime nous comparer avec Ramzy, c’est ce qu’on a développé nous, c’est notre manière de faire de l’absurde, donc un humour qui ne ressemble à aucune couleur et pourtant Ramzy est arabe et moi je suis à moitié noir, donc c’est quelque part dire : « voilà les arabes font de l’humour comme pourrait le faire un juif new-yorkais par exemple ».

C’est un geste politique juste par son existence.

C’est un geste politique sans en faire du Chaplin qui défend la veuve et l’orphelin vraiment. Qui fait tirer des larmes sur des mecs qui vivent la crise de plein fouet tout ça, moi je suis moins fan de ça.

Dans plusieurs interviews vous citez Ricky Gervais, Larry David, Jim Carrey aussi. La comédie américaine c’est vraiment quelque chose qui vous inspire, même aujourd’hui ?

Ah Jim Carrey ! Bah la comédie française en générale, depuis toujours, est quand même plutôt sociale, c’est rarement que burlesque ou que joyeux, il y  a souvent un sens derrière quelque chose qu’on dénonce,  c’est Bacri/Jaoui, vous voyez. Alors que chez les anglosaxons il y a un truc décomplexer de faire rire pour faire rire et qu’on ne va pas forcément stigmatiser. On peut dire de Dumb et Dumber avec Jim Carrey, « c’est super, mais c’est super débile ! » C’est vers ça qu’on essaie d’aller, donc nos références sont anglosaxonnes.

Dans la comédie française il n’y a rien aujourd’hui qui vous inspire ? Par exemple La Vérité si je mens est-ce que c’est quelque chose que vous avez aimé, parce qu’on retrouve beaucoup du film dans Mohamed Dubois qui est aussi l’infiltration d’une communauté (arabe cette fois) par un usurpateur ?

J’avais aimé le 1, José Garcia, son personnage, est excellent, mais après moins. Oui et surtout le film montre les qualités et les défauts de cette communauté. Le juif dans La Vérité si je mens il est cool mais il est relou aussi et avec tous les clichés qu’on peut avoir. Je pense que c’est un peu pareil dans Mohamed Dubois c’est un peu La vérité si je mens arabe. C’est une bande de rebeus très sympathiques, très attachants, mais qui ont des défauts aussi, ce ne sont pas des gens parfaits, mais ça ça n’existe pas, dans aucune communauté.

De travailler sur des projets avec Quentin Dupieux, comme Steak ou Wrong et Wrong Cops bientôt, de quelle façon ça nourrit votre expérience et votre travail ?

Bah c’est creuser le sillon de la comédie, toujours et encore, essayer de gratter à droite, gratter à gauche, trouver un autre tunnel « ah là-bas il y a de la lumière ! » essayer de trouver une autre manière encore d’être drôle, mais toujours creuser ce sillon de la comédie, exploiter jusqu’au bout cet art là.

Toujours la comédie. Vous ne rêvez pas de votre Tchao Pantin, comme on le demande à tous les comiques ?

Non, pas du tout ! (Rires) Pour moi, quand je fais Quentin Dupieux je me « Tchaopantainise » un tout petit peu, parce que lui il me gomme toute ma « gogolie » et dans le prochain, encore pire ! Je suis un flic de Los Angeles hyper droit, super rigide, sérieux, grave et engagé et c’est à des années lumières de mes réflexes avec Ramzy. Mais c’était de la comédie et c’était un plaisir dément de faire ça !

Et Wrong Cops sortira quand dans les salles ?

Il est en montage, ils le terminent là.

Après Quentin Dupieux, avec quel réalisateur rêveriez-vous de travailler aujourd’hui ?

Il y en a plein des supers ! En même temps je dis ça et j’aime tellement réaliser moi-même que j’ai l’impression que ça va être plus ça le virage.

D’un long-métrage ?

Ouais aussi ! (Rires) La réponse la plus sobre du monde ! C’est exact, effectivement ! (Rires)

Vous faites beaucoup de choses en plus de jouer la comédie, vous faites de la scène, vous réalisez donc et vous faites également du doublage pour des dessins animés.

Oui j’en ai fait un là, Tad L’explorateur.

Oui et qu’est-ce qui vous anime le plus ? Est-ce que vous pourriez sacrifier une activité au bénéfice de l’autre ?

Ecoute, je n’arriverais pas à en extraire un parce que chacun a son plaisir personnel et intime. Réaliser je trouve ça géniale, de voir prendre vie une scène, de mettre en scène les mouvements, de mettre de la musique sur une séquence, créer tout à coup une émotion, celle que j’essaie de développer c’est le rire, de voir tout à coup le rire sortir d’une scène, grâce à une touche d’une seconde par ci, d’un rythme cassé en contre champ, des choses comme ça, je trouve ça géniale. Et j’adore jouer ! Et j’adore jouer devant des gens ! Donc je n’extrais rien et je garde le paquet ! (Rires)

Justement on parle de la scène, pensez-vous y revenir ?

Oui !

Avec Ramzy bien-sûr ?

Oui, alors je ne conçois pas du tout la scène sans lui. Dans la saison 2 de Platane, il y a une séquence où on remonte sur scène avec Ramzy, bon devant des figurants qui étaient obligés de rire, on les payait pour ça, mais ça nous a fait le frisson quoi ! Juste jouer un quart d’heure comme ça devant des gens payés ! (Rires) ça serait chiant de faire ça après, parce que ça va nous coûter une fortune si on veut remplir l’Olympia !

Il ne faut pas faire Bercy quoi !

Non que des petites salles avec la famille (Rires). Non, mais c’était grisant ! On s’est dit « merde ça fait trop longtemps », depuis 2007 ou 2006 un truc comme ça quand même !

Ernesto Ona a l’air assez fidèle à ses acteurs, il avait déjà tourné avec Sabrina Ouazini par exemple, pensez-vous tourner de nouveau avec lui ?

Si le scénario me parle, là c’était le cas à fond, puisque ce Mohamed Dubois c’est un peu un mec que je connais, que j’ai un peu vécu jeune, avant de faire de la télé et tout ça, ce truc de rejet de ma gueule, alors que je ne suis pas l’arabe et tout. Donc oui si le sujet me parle, à fond !

Qu’est-ce que vous souhaiteriez que le spectateur retienne en sortant du film ?

Que l’arabe est sympa ! Que l’arabe de cité est sympa, cool, honnête, a des défauts peut parler fort et rire fort, mais que l’arabe n’est pas celui du journal d’M6, qu’il est beaucoup plus celui qu’on voit dans Mohamed Dubois. C’est ça le message pour moi.

Quels sont vos projets après Mohamed Dubois ?

Le montage de Platane 2 et j’écris avec Ramzy La Tour Montparnasse Infernale 2, qu’on tournera à l’automne.

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