Moi et toi : huis-clos initiatique et étouffant

Bernardo Bertolucci présente son huis-clos initiatique qui forcera un frère et une sœur à s’aimer et à renoncer à l’enfance pour passer dans l’âge adulte. Chacun emportera une part de l’autre avec lui, avant de se séparer et de grandir.

Moi et toi est une histoire d’amour, comme le laissait présager le titre. Pas cet amour de chair, mais celui fraternel, qui unit un frère, Lorenzo, à sa sœur qu’il ne connait pas Olivia. Lorenzo, 14 ans, est le fruit du deuxième mariage de son père et s’il a toujours préféré la solitude, au point de s’enfermer dans une cave pendant une semaine, plutôt que de partie en classe de neige avec sa classe, le retour de sa soeur dans sa vie l’obligera à reconsidérer les choses. Les deux êtres abîmés, chacun à leur manière, Olivia est toxicomane et Lorenzo vit très mal son adolescence, se retrouveront obligés de s’aider mutuellement à travers ce lien fraternel qui n’avait jamais pourtant existé et qui va grandir en même temps que le film avancera.

Ce huis-clos est étouffant, Olivia souffre, Lorenzo s’enferme dans la musique qui lui résonne dans les oreilles, et Bertolucci réussit à nous enfermer avec eux, à les observer à la loupe, comme Lorenzo le fait avec ses fourmies. On le verra s’initier à l’âge adulte à travers sa relation avec sa sœur inconnue, laisser l’enfance derrière lui en découvrant, que comme ses insectes qu’il regarde évoluer, il ne peut vivre seule. Le besoin d’Olivia se fera de plus en plus fort, jusqu’à un très joli moment où les deux enfants, forcés à devenir adultes, s’uniront dans une danse aussi bien physiquement que sentimentalement. Leurs chemins se séparera à la fin, mais sans vraiment le faire finalement, car ils sont à présent liés par la promesse qu’ils se sont faite à chacun, vivre un peu moins fort pour Olivia, et un peu plus pour Lorenzo.

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Elle s’en va : Catherine Deneuve toujours là

Emmanuelle Bercot avec Elle s’en va, met en scène Catherine Deneuve dans un road-movie en forme de récit initiatique. Véritable déclaration d’amour à l’actrice, le long-métrage prouve surtout que l’on peut encore tomber amoureux à 60 ans passés, comme l’on peut encore le faire d’une actrice de qui l’on pensait pourtant tout connaître.

Ce n’est pas la destination qui importe, mais les chemins empruntés pour s’y rendre dit-on. Emmanuelle Bercot met en application cette philosophie dans son film Elle s’en va. Le chemin, c’est celui de Bettie, ancienne miss reconvertie en propriétaire d’un petit restaurant en Bretagne, que la réalisatrice filme. Du jour au lendemain, la reine de beauté décide de tout plaquer pour un paquet de cigarette en même temps que ces années qu’elle a laissées filer sans même sans apercevoir. Le plus égoïstement du monde, façon dont elle a d’ailleurs toujours fonctionné, on le comprend avec le personnage de sa fille, c’est son plaisir à elle que Bettie cherchera dans les rencontres qui jalonneront son chemin, avec un jeune contrebandier par exemple, et des réponses sur ses échecs passés qu’elle trouvera, sans même les avoir cherchées. Ce sont ces rencontres tout au long de la route qui constituent la véritable force du film, celle notamment d’un vieil homme aux doigts trop gonflés pour rouler correctement sa cigarette et qui au détour de la conversation parlera de la perte de l’être aimé et continuera de vivre tout simplement. Celle aussi et surtout de son petit fils, que Bettie n’a pas vu depuis plusieurs années et qu’elle doit réapprendre à connaître et surtout à aimer.

C’est l’amour, thème privilégié, qui traverse le film et après quoi, sans même le savoir, le personnage court. C’est celui qu’Emmanuelle Bercot porte à l’actrice Catherine Deneuve qui motive chaque plan, que cette dernière occupe d’ailleurs. La réalisatrice réalise ici une ode à la femme qu’elle filme, en la magnifiant dans chaque mouvement de caméra, chaque dialogue qu’elle prononce, chaque action qu’elle entreprend, chaque cigarette qu’elle porte à sa bouche. En montrant qu’à 60 ans on peut encore partir à la recherche de soi-même et trouver des réponses inattendues, elle crée surtout un écho à la vie de l’actrice. Elle prouve que son parcours n’est pas encore arrivé à sa conclusion et quelle plus belle preuve pour ça que de lui donner un des plus beaux rôles de sa vie à presque 70 ans ?

Qu’importe au spectateur le dénouement en forme d’happy end, ou encore la trop longue introduction visant à présenter le personnage, lorsque finalement ce qu’il attend n’est que le chemin. Ce chemin en forme de road-movie assez virtuose qui permet, en même temps que le personnage regarde derrière, de s’initier encore aux mystères insondables de la vie, et à ce spectateur de redécouvrir encore et encore les talents d’une actrice, héroïne des films qui ont jalonné sa vie.

 

Pour, encore et toujours, Catherine Deneuve.

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Océane : interview de Nathalie Sauvegrain et Lou Lesage

Après une jolie expérience cinématographique devant Océane, c’est à deux jolies rencontres que j’ai le droit. Une vingtaine de minutes avec une réalisatrice amoureuse de son film, Nathalie Sauvegrain, et une actrice, amoureuse elle de son rôle, Lou Lesage, et je ressors encore un peu plus charmée par l’objet Océane.

 Pourquoi avoir voulu faire votre premier long-métrage sur ce sujet particulièrement

Nathalie Sauvegrain : Au départ, c’était surtout parce qu’on est tombé sur un coin incroyable avec Philippe Appietto avec qui j’ai co-écrit et réalisé le film, et avec qui je sillonnais la région, avec notre caravane, qui est celle du film. On est tombé amoureux de la lumière, de l’ambiance un peu hyppie, de ce petit coin perdu, un petit coin de paradis, dans le Haut-Médoc, un camping comme on aime, avec une ambiance de festival, à la roots avec des gens sympas, venus des quatre coins du monde et du surf aussi. Et puis il y avait un bar qui était posé en bas de la dune, où il y avait une atmosphère vraiment géniale, que l’on n’avait pas vu ailleurs. C’est un coin encore sauvage, un peu authentique, il nous a inspirés pour faire le film, enfin déjà pour écrire un scénario. C’est ensuite qu’on a cherché un petit peu les personnages qu’on avait autour de nous, nos potes musiciens etc, puis ce qu’on voulait surtout amener, c’était le rock dans le sable. Généralement les films sur le rock sont la plupart du temps tournés dans des espèces de caves, un peu glauques, avec de la drogue, des engueulades, des choses comme ça, nous on voulait faire un film positif où on mélangerait les paillettes et le sable.

 Pourquoi être passé directement par le format long-métrage ?

Nathalie : Au départ, on s’était dit « tiens, ce serait bien de faire un-court-métrage, genre une petite fiction » en toute innocence comme ça. Finalement on a commencé à écrire et rien que la première scène, c’était un court-métrage ! Quand on est arrivé au bout on s’est dit « bon bah voilà on a écrit un long-métrage ». On l’a présenté à des producteurs qui ont tous dit il faut changer le casting si vous voulez que ça rapporte de l’argent, il faut trouver des gens bankable sinon vous n’y arriverez pas et moi je ne veux pas utiliser ma salive pour vendre ce film là parce que même s’il est sympa vous n’y arriverez pas. Puis on est tombé sur un producteur qui a eu le coup de cœur et qui a dit bah ouais c’est génial, c’est drôle, votre casting est incroyable, parce que oui, il y a des gens qui jouent dans Océane et font leur vrai métier à côté des comédiens professionnels , il y a beaucoup de musiciens. Lou par exemple est comédienne mais également musicienne.

 Parlons de Lou (Lesage) justement, comment s’est faite la rencontre et pourquoi votre choix s’est porté sur elle?

Nathalie : On connaissait ses parents depuis une vingtaine d’années, ils composent le groupe Ultra-Orange. J’avais suivi un peu Lou dans les publicités puis dans Lol ensuite et aussi j’avais vu sa petite apparition dans My little Princess, j’ai trouvé qu’elle avait du chien, qu’elle était en même temps toute mignonne, elle est musicienne aussi ce qui me branchait bien, puis elle a une culture cinématographique incroyable. Enfin j’étais sûre qu’elle allait entrer dans l’univers qu’on voulait mettre en avant dans le film.

 Est-ce que justement c’était important que Lou soit musicienne pour incarner le rôle, est-ce que cet élément autobiographique a joué ?

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Lou Lesage : Pour moi, ce n’était pas prioritaire, mais en tout cas ça m’a fait plaisir que le personnage soit musicienne, je me suis dit « cool je vais être sur scène pour faire un truc sympa » puis en plus j’avais écouté la musique d’Oliboy et je trouvais ça hyper drôle et je me suis dit « ça va me permettre de chanter autre chose que ce que je fais normalement ». Mais au départ je n’ai pas choisi le scénario pour ça et si Océane n’avait pas eu cet aspect là j’y serais allée quand même. J’ai surtout été touchée par l’histoire vraiment et je sais que je ne choisirai jamais un scénario pour un personnage, mais vraiment pour l’histoire autour.

Nathalie : Puis c’était un vrai challenge aussi on lui demandait des choses difficiles, sauter en parachute, faire du cheval sans selle, elle a tourné 22 jours sur 24, c’est quand même un exploit, avec une belle palette d’émotions différentes, la colère, la tristesse, le rire, l’émotion. Ça lui a permis de montrer tout ce qu’elle est capable de faire. Nous on était persuadé qu’elle y arriverait, on l’avait rencontrée à peine une journée et quand elle nous a parlé de ses références cinématographiques, de sa motivation pour jouer le rôle, elle avait tout de suite compris l’état d’esprit du personnage.

 Lou : Oui mais ça pour une actrice c’est juste magnifique, quand tu lis tout ça tu te dis ouah !

 Qu’est-ce qui vous pousse à accepter un rôle plutôt qu’un autre, les risques justement 

Lou : Je me suis dit là c’est un premier film, c’est un challenge. Ce qui est bien c’est qu’on ne peut pas se baser sur quelque chose d’antérieur parce que de nombreux réalisateurs ont leu propre style. Là je les ai juste rencontrés ils m’ont montré leur univers, j’ai adoré le scénario et je me suis dit, c’est une aventure il faut que je me lance dedans avec eux et une fois sur le tournage je me suis rendue compte qu’on avait les mêmes idées et j’étais heureuse, je me suis dit qu’on allait faire quelque chose de bien !

Nathalie : Non puis la pauvre on lui proposait toujours que des rôles de school girl, la copine au lycée dans le style de Lol quoi.

 Lou : Oui c’est pour ça aussi que je me suis mise de côté un moment, après Lol, j’ai fait de la musique parce que je voulais attendre. C’était assez incroyable ce qu’il s’est passé après ce film et ça m’a fait un peu peur, j’étais jeune, je me suis dit « à 17 ans qu’est-ce que tu veux faire? Autant attendre d’être plus mûre pour le savoir vraiment» puis pile à ce moment-là, je suis tombée sur Nathalie et Philippe.

 Nathalie : Nous on avait vu son clip qui est magnifique et on s’est dit c’est elle, elle dégage beaucoup d’émotions.

 Vous parliez des difficultés du financement, est-ce que en étant deux sur un projet, on est plus fort devant ces épreuves ou est-ce que à l’inverse c’est plus compliqué ?

Nathalie : Ça nous a vraiment aidé d’être deux, heureusement d’ailleurs qu’on était deux, sinon je ne sais pas comment on aurait pu monter le film ! On s’est encouragé, on s’est motivé, quand il y en avait un plus découragé on le remontait. Puis on est très complémentaire dans notre travail, moi j’ai plus assuré la partie direction artistique du film, les décors, le stylisme, le casting, parce que la plupart des gens qu’on a dans le film je les ai photographiés de par mon métier de photographe de groupes de rock. Philippe lui était plus sur la partie technique, il a l’habitude de gérer les grosses équipes, vu que c’est un réalisateur de publicités, il a pris en charge le découpage technique, la mise en scène, etc. Après on était tous les deux derrières le combo et on décidait ensemble ce qui était bien ou pas, mais on a décidé que lui allait s’adresser aux comédiens parce que sinon après c’est impossible d’être deux à diriger des gens. C’était une expérience incroyable à vivre à deux, surtout que l’on est un couple dans la vie et, d’ailleurs, on s’est dit que s’il n’y en avait qu’un qui s’était lancé dans un projet pareil on ne serait pas resté ensemble !

 Justement au niveau de la direction d’acteurs on se demande comment vous avez travaillé pour créer cette unité dans le groupe que l’on voit à l’écran. Y avait-il une grande place pour l’improvisation ou tout était extrêmement écrit ?

Nathalie : Malheureusement on a eu un tout petit budget, aucune aide publique, aucune aide de la région, c’était très dur et on dû faire le film en 24 jours, sinon on ne le faisait pas, il fallait rentrer dans le budget. Normalement un film comme ça aurait dû avoir le double, donc évidemment pas de place à l’improvisation, tout était extrêmement bien préparé, même si parfois les acteurs nous glissaient une petite idée comme ça, mais il n’y avait vraiment que trois prises. On a foncé, on a tout fait dans un état d’urgence !

 Quelles ont été vos influences, pour écrire le scénario Nathalie et vous Lou pour composer le personnage d’Océane ?

Lou : Moi j’ai essayé de ne pas trop penser à des acteurs ou des personnages, mais j’ai quand même regardé L’été meurtrier avec Adjani avant le tournage. Pour son côté un peu séduction, et parce que il est cité à un moment sur la plage dans le film, donc je me suis dit qu’il fallait que je revois le film que j’aimais déjà beaucoup. C’est ce côté séducteur que j’ai essayé de reprendre.

 On pense aussi beaucoup au personnage de Nabokov, Lolita en vous voyant. Est-ce que ce sont des films que vous avez revu, que ce soit celui de Kubrick ou de Lyne ?

Lou : Aussi oui ! J’ai pensé à Lolita mais aussi à des petits côté de Bardot avec ce naturel et cette sophistication qui cohabitent. Océane n’a pas tout à fait ce côté-là au début, mais ça évolue dès le milieu du film.

Nathalie : Il y a plusieurs films, par exemple pour la lumière, on a dit au chef opérateur de revoir Le Lauréat, puis Down in the Valley qu’on adorait aussi pour la lumière et le côté léché. Parce qu’on voulait faire un film drôle, avec des vannes un peu grasses, qui donnent la patate, mais on voulait aussi vraiment rajouter de la poésie donc c’était très important de faire un film esthétique. Il y aussi beaucoup de séries américaines, Skins par exemple. Le lieu se prêtait à toutes ces références américaines parce que quand on est arrivé là-bas on s’est dit « on se croirait dans un petit bout de californie ! »

L’importance des personnages secondaires c’est aussi dû à cette grande influence de la comédie américaine qui a compris qu’elle faisait partie de la réussite d’un film du genre ?

Nathalie : Nous on est fan de teen movies américains, on adore le cinéma indépendant aussi dans des choses plus compliquées et plus dures, mais le teen movie, ça fait du bien et c’est ce qu’on voulait faire comme film. Ces personnages là on leur donne de l’importance aussi parce que Océane, qui représente le cœur du film, se retrouve confrontée à un univers et c’est souvent cet univers qui est important finalement. Il y a beaucoup de séries américaines dont on est fans et ce n’est souvent pas que pour l’acteur principal, mais pour le beau-frère, le cousin, qui sont supers drôles et pour tous ces personnages secondaires forts qui nourrissent l’histoire. C’est vrai que Diana elle est importante pour le personnage d’Océane, elle va la materner, on va rigoler de son sort parce qu’elle tombe sur des mecs complètement tarés. Les personnages secondaires sont primordiaux, parce qu’ils lui permettent de compléter son parcours initiatique grâce à cet univers rock.

 Il y a une grande importance de cette musique rock dans le film, quel rapport entretiennent pour vous musique et cinéma ?

Nathalie : Pour nous la musique est primordiale, dans le film elle est même un personnage à part entière, elle n’est pas là par hasard, elle n’est pas là pour soutenir des dialogues, mais pour créer des émotions, pour mettre en valeur des scènes ou des élans, comme dans la boîte de nuit quand ça part en vrille où là on a choisi une musique électro bien particulière ensuite il y a ce morceau au début du film qui s’appelle Friends Stranger où là les paroles sont très importantes, parce que ça parle d’un chemin semé d’embuches vers un monde meilleur. L’histoire c’est que dans j’avais photographié ce groupe et dans la même semaine j’avais rencontré le groupe The ducs avec lesquels j’avais fait des photos qui avait une chanson avec le même titre et en traduisant les paroles je me suis rendue compte que c’était la même chanson et on trouvait ça bien de la mettre au début et à la fin du film pour résumer le parcours d’Océane.

Lou : Moi je trouve que de toute façon la musique au cinéma est très importante. Par exemple Hitchcock était très fort pour créer des ambiances rien qu’avec la musique, mais si on retire la musique quelque chose disparait du film. Dans Le Mépris si on enlève la musique de la scène de Bardot on trouverait ça ridicule alors qu’avec la musique elle est incroyable. C’est vrai que dans Océane la musique porte tout, les personnages, le décor, les scènes.

Nathalie : Les paroles des chansons ont aussi toujours une signification dans le récit. On a choisi les musiques qui nous ont inspirés certaines scènes et quand on écrivait le scénario parfois on mettait même les paroles en marge des scènes et les gens ne comprenaient pas, nous disaient « mais c’est pas important ça, ne notez pas » et nous on répondait « si, si c’est important et même écoutez les morceaux lorsque vous lisez le scénario, ça vous aidera à comprendre l’ambiance. » Puis nous à la base on est fan de musiques !

 Ce film est un hymne à la différence, aux marginaux qui ne sont pas célébrés dans la vie de tous les jours, mais peuvent trouver dans le cinéma un espace où l’être justement ?

Nathalie : Nous on fait un peu partie de ces marginaux quelque part, en tant qu’artistes, intermittents du spectacle. On se considère un peu comme ça et tous nos potes autour de nous sont un peu dans ce cas là et pourtant ils ont des talents incroyables, mais ils galèrent dans la musique ou en tant que comédien. Donc nous ce qu’on voulait c’était réunir tout ce groupe là et les mettre dans un film c’était un peu notre rêve. Nous on se disait que si un jour on gagnait au loto bah qu’est-ce qu’on ferait ? On ferait un film avec des potes ! Ils ont du talent, on kiff leur musique, leur personnalité, leur look !nathalie-sauvegrain

Il y a une grande place donnée aux femmes, qui sont assez malmenées par la vie et par les hommes, était-ce aussi une volonté de célébrer les femmes dans le film ?

Nathalie : Justement c’est un peu le résultat de notre collaboration avec Philippe qui lui est plus garçon forcément avec le rôle d’Oliboy et moi avec Océane qui comporte une petite part, pas autobiographique, mais des émotions, des choses que j’ai pu ressentir. L’histoire de Diana (Laszlo) aussi qui paraît un peu extravagante futile au début du film et au fur et à mesure on s’aperçoit que c’est une battante, qu’elle a un passé assez lourd, elle galère pour garder son bar et malheureusement elle tombe que sur des tarés en tant que petit copain ! Ces deux femmes là finalement elles sont le côté adulte de tous les autres personnages qui sont en dérapage contrôlé tout le temps et même si elles ont leurs faiblesses elles gèrent la baraque quoi !

Oui, le film aborde en toile de fond des thèmes assez tragiques, mais c’est l’humour qui prend le dessus de chaque situation. Pourquoi avoir voulu traiter ça à travers l’humour ?

Nathalie : Ça c’était une priorité, dans notre histoire c’est très facile de tomber dans le pathos, on aurait pu aller à la chiallade et même si on a voulu marquer cette part de tragique, parce qu’on ne peut pas rire tout le temps, ni dans la vie, ni dans un film, on voulait surtout marquer le fait que même si le fond est dramatique c’est toujours l’humour qui prend le dessus. Personnellement c’est ce que j’ai ressenti dans plein d’épreuves dans la vie, où il m’est arrivé des choses graves et tragiques, la vie prend toujours le dessus, continue. Il y a toujours des gens qui sont maladroits, qui ne sont pas dans le même état d’esprit au même moment et alors même dans des moments tragiques on peut rire, car eux n’ont pas envie de pleurer à ce moment là. Nous on voulait vraiment faire un film positif et je pense qu’on a réussi ce pari là parce qu’on voit les gens sortir des avant-premières avec des étoiles plein les yeux, la banane. C’est un film qui fout la pêche et ça c’était plus important que tout, que les gens soient touchés par l’histoire des personnages, mais que la vie continue de toute façon, quoi qu’on fasse, donc vaut mieux la prendre au maximum avec d l’humour parce qu’on s’en sort pas !

 J’ai lu que vous vouliez faire une sorte de contre « Petits-mouchoirs » ?

Nathalie : Nous on voulait faire un film anti-morosité tout court ! C’est vrai que nous on n’avait pas détesté Les Petits Mouchoirs, on a été pris au piège par les larmes, l’émotion. Ce qu’on a regretté en voyant le film, c’est que les paysages ne soient pas mis du tout en valeur et moi qui ai un rapport quasi mystique avec l’océan, j’ai été déçu. Donc on s’est dit « non, seulement on veut faire un film qui donne la patate, drôle et en plus mettre en valeur la nature et les paysages » Mais on a rien contre Guillaume Canet on l’adore ! (Rires)

Lou, connaissiez-vous les lieux qui ont une telle importance dans le film ?

Lou : Moi j‘étais allée un peu dans le Sud-Ouest, à Biarritz que j’adorais.

Nathalie : Biarritz c’est un peu Hong-Kong par rapport à l’endroit où on a tourné ! (Rires)

 Lou : Après je ne connaissais pas ces endroits un peu retirés comme ça et quand je les ai rencontrés ils m’ont montré des images de la plage et j’ai trouvé ça sublime. La plage du Pin sec est une des 5 plus belles plages de France, elle fait très sauvage et j’adore ces endroits.

 Nathalie : Oui il y a le côté urbain des blocos qui fait ressortir le côté rock de l’endroit.

 Que souhaiteriez-vous que le spectateur retienne à la fin du film ?

Nathalie : Les bonnes vibrations. Au moins un petit cadeau que l’on peut offrir c’est le sourire, un sentiment d’espoir avec un message qui est d’arrêter d’être coupé du monde avec les ordinateurs, les portables, il faut aller à la rencontre des gens, du monde, de la vie. Il ne suffit pas de grand-chose, du surf, une guitare, des potes et on passe un bon moment. Le message c’est surtout « c’est mieux de créer des liens que de posséder des biens », la jeune génération oublie ça de plus en plus.

Lou : Je ne sais pas quoi rajouter , c’est parfait ! (Rires)

Quels sont vos projets après Océane ?

Lou : J’ai fait une magnifique rencontre avec Jeanne Moreau parce qu’on a tourné un court-métrage pour Canal + ensemble. C’est une petite série de court-métrages dont le notre fait partie, qui sera diffusé en Novembre. J’ai aussi plusieurs projets au cinéma dont un dont je ne peux pas trop parler et un autre avec Sandrine Veysset, super réalisatrice qui a fait Y aura-t-il de la neige à Noël ?, et avec qui je suis très très contente de travailler. Je reçois des propositions qui n’ont vraiment rien avoir avec Lol et je suis très contente de passer à autre chose ! (Rires)

Nathalie : Nous on est encore complètement dans le film là, on ne veut penser à rien d’autre, on a des petites idées comme ça, mais on est encore concentré sur Océane, on y a mis toute notre énergie, c’est un film qu’on a fait avec le cœur et on a été une équipe avec des énergies très fortes. Pour l’instant on se bat pour avoir plus d’une salle dans Paris et c’est difficile. Depuis le début on s’est battu pour monter le projet et ce n’est pas fini, on n’a pas de campagne d’affichage, on pour l’instant que le bouche à oreille et la presse, ce qui est déjà beaucoup, mais c’est dur ! Mais on est comme dans le film on vit au jour le jour !

Océane : Une vague d’émotions

Le premier long-métrage de Philippe Appietto et Nathalie Sauvegrain nous surprend comme une vague violente. Sans prétention aucune, il nous retourne pourtant le cœur en réussissant à saisir la vérité de moments de vie dans ce qu’ils ont de joyeux comme de sombre. Un vrai potentiel de film estival culte !

On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter a écrit une fois un grand homme de lettres. C’est celle d’une grande jeune fille, Océane, pas encore tout à fait femme, qui se jouera sur une aire d’autoroute, sur laquelle elle se fait larguer au début de l’été. En embarquant dans la vieille Volvo d’un musicien sur le retour, c’est cette destinée qu’elle pensait fuir et vers laquelle elle se dirigera inexorablement. Un voyage initiatique au camping du Pin Sec qui la fera, en même temps qu’elle passe à l’âge adulte, revenir sur les traces de son passé et, en même temps qu’elle s’affranchit des liens familiaux, découvrir la force des liens du cœur.

C’est ce joli parcours adolescent que nous conte le temps d’un été les deux réalisateurs Philippe Appietto et Nathalie Sauvegrain. C’est surtout l’univers fantasmagorique que le couple semble vouloir approcher avec sa pleïade de personnages excentriques, du vieux rocker ringard qui se ballade en caleçon, tout droit sorti des années 80, le jour et se transforme en diva irrévérencieuse la nuit, à la propriétaire du bar délurée et délirante, tous à cotés de la, parfois trop violente, réalité. Avec aussi cet humour gras lourd et pourtant qui rend la vie bien plus légère. Parce que derrière le soleil, la plage et les maillots de bain, ce sont de sujets pas si estivaux qu’aborde le film Océane, comme la recherche du père ou encore celle du fils et surtout la difficulté de se démarquer dans cet espace normalisé qu’est la société française.

Ce sont ces marginaux, ceux qui ne sont pas vraiment dans le réel, mais qui marchent juste à côté pour éviter les bombes qu’il envoie, à qui les réalisateurs déclarent leur amour. Tout comme eux on apprend à les aimer un peu plus au fur et à mesure que le temps passe sur l’écran. Et comment ne pas tomber sous le charme de tous ces personnages d’abord, tour à tour, drôles, émouvants, perdus, décomplexés ou encore insolents, du lieu ensuite, havre de paix sur lequel souffle un vent d’Amérique et qui surtout accepte tout le monde comme il vient.

Si les situations sont alternativement émouvantes ou drôles, elles ne sont jamais pathos ou exagérées et bénéficient toujours d’un ton juste grâce à un scénario à l’écriture très travaillée. Le casting est aussi pour beaucoup dans la réussite de cet objet singulier, avec une Lou Lesage réincarnation toute trouvée de la Lolita de Nabokov et le couple Olivier Clastre et Diana Laszlo par moments véritablement hilarants. Enfin, tout était réuni pour faire de ce long-métrage un charmant objet, c’est ce qu’on appelle la magie du cinéma.

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Rock the Casbah : le clash des femmes

Laïla Marrakchi, dans Rock the Casbah, profite de trois jours pour enterrer le père et révéler en même temps les femmes d’une famille marocaine. Un long-métrage bien trop cliché pour s’y attacher et surtout pénétrer dans l’intimité de ces femmes que l’on nous conte.

Laïla Marrakchi nous fait pénétrer dans le quotidien d’une famille marocaine et le temps d’un week-end elle nous rejoue le Week-end en famille de Jodie Foster, avec crises, larmes, étreintes et surtout secrets dévoilés et destructeurs. Ce n’est cette fois pas Thanksgiving qui oblige cette réunion de famille, mais l’enterrement du père interprété par Omar Sharif qui traverse l’histoire en intervenant façon conte persan. Comme la tradition le veut la cérémonie s’étale sur trois jours, qui permettront aux femmes de la famille de se retrouver et de se révéler surtout, ce que la présence du père empêchait.

C’est surtout la difficulté d’allier modernité et traditions de la société marocaine qui pèse très lourdement sur la gente féminine, que la réalisatrice semble vouloir explorer. Elle le faisait d’ailleurs déjà dans son précédent film, Marock qui mettait en scène la jeunesse dorée du pays, très occidentalisée, mais toujours oppressé par le poids des coutumes ancestrales. La modernité, c’est à travers le personnage de la fille prodigue que la réalisatrice l’exprimera, partie en Amérique, pour faire du cinéma, alors que la tradition elle sera incarnée par les deux autres sœurs restées au Maroc. Entre poncifs, exagérations et accumulation de clichés le film ne fait qu’effleurer la notion qu’il tient tant à explorer.

Pire, il se plonge dans d’obscurs drames familiaux eux aussi traités de manière caricaturale et outrée, jusqu’à un final en forme d’happy end qui penche vers l’invraisemblable. Dommage, ce film en forme de récit intime qui touche l’espace qui l’est le plus, et que l’on sent bercé de bonnes intentions, devient un énième récit conformiste et finalement sans intimité aucune.

Ecoutez plutôt le titre des Clash.

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Jimmy.P : Desplechin américain, chagrin

Arnaud Desplechin nous avait habitués à de grandes choses dans son cinéma ambitieux aussi bien au niveau du contenu que de la mise en scène. Il confirme cette ambition en s’attaquant à un sujet ô combien difficile au cinéma, la psychothérapie. Il confirme surtout que ce dernier n’est pas un matériel  cinématographique et bien qu’il ait épuré au maximum sa mise en scène, le film tourne sur lui-même dans une ronde interminable.

Arnaud Desplechin, le brillant réalisateur de Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) et surtout Rois & Reine, tente avec Jimmy.P (psychothérapie d’un Indien des plaines) l’expérience américaine. Il embauche le géant Benicio Del Toro pour jouer son Jimmy, un indien Black Foot et confirme sa fidélité envers  Mathieu Amalric en lui confiant le rôle de l’ethnologue fou Georges Devereux. Inspiré de l’ouvrage rédigé par ce dernier, le long-métrage veut avant tout retranscrire à l’écran la psychothérapie menée par Devereux pour mettre le doigt sur l’origine des maux physiques de l’Indien, appréhendé par les médecins de Topeka (où est située la clinique qui le soigne) comme une bête sauvage.  La trame narrative s’organise alors en une succession de dialogues ponctués par quelques flash-backs qui reviennent sur le passé du patient, là où se trouve l’antidote au poison qui le ronge.

Quelle plus grande difficulté que de filmer le mouvement  infiniment petit que le processus de la psychothérapie déclenche chez l’homme ? Desplechin le confirme en s’encombrant de dialogues didactiques pour nous expliquer ce qu’il n’a pas réussi à nous montrer, même durant les deux longues heures de son film, c’est-à-dire l’évolution de ses personnages et la naissance du lien d’amitié qui les unit. Ce sentiment d’amitié, on le comprend, est celui que le réalisateur veut utiliser comme lumière dans l’obscurité du propos de son film. Pourtant il ne réussira pas à nous guider dans ce sombre amas de dialogues allant du plus anodin au plus complexe, avec tous la même conséquence: perdre  l’intérêt du spectateur.

De notions freudiennes abordables et parfois évidentes, comme le fait que les problèmes de Jimmy viennent de son enfance et de sa relation à la mère, Desplechin fait un ensemble complexe handicapé par des longueurs dans les explications qui nuisent directement à l’émotion. La musique aura beau sortir ses beaux violons et donner le plus possible dans le sentimentalisme, elle ne parviendra pas à palier ce vide. L’étonnant constat final est l’absence de cette évolution que le film veut nous montrer si fort. L’étude des personnages sur laquelle il s’appuie est ratée, le potentiel de la personnalité schizophrène du personnage de Devereux, hongrois qui se persuade lui-même d’être français pur souche, jusqu’à changer son nom,n’est  jamais exploité. Pourtant une seule lumière nous guide celle de la performance de Mathieu Amalric qui dans un regard anéanti nos résistances. Mais même sa force de jeu ne suffira pas à nous faire oublier les longueurs et le manque d’émotion du Depleschin américain.

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Faux Départ pour Nicolas Mercier

Nicolas Mercier passe pour la première fois derrière la caméra pour nous conter le récit d’un homme moyen dans la tourmente. Un premier long-métrage plein de bonnes intentions, mais surtout de maladresses, qui ne cesse de se chercher sans jamais vraiment se trouver.

Nicolas Mercier était déjà la cause de l’existence dans le paysage audiovisuel d’abord de plusieurs épisodes de Sous le Soleil ou encore Clara Sheller, qu’il avait scénarisé, puis dans le paysage cinématographique de Mon pire cauchemar pour lequel il était également au scénario. Il a décidé de ne pas s’arrêter là en passant à la réalisation avec Le Grand Départ. Pas une ni deux il embauche Zoé Felix- encore…- et l’associe à trois sujets masculins desquels il a « l’ambition d’explorer la psyché dans les refoulements des émotions et de la sensibilité ».

Ces émotions il les suscitera avec un père malade, Eddy Mitchell, et deux fils à la dérive, Pio Marmaï en gentil hétéro un peu trop coincé et Jérémie Elkaim en homo un peu trop déluré. Mais si émotions il y a c’est très maladroitement que Nicolas Mercier les mettra en scène. En tenant absolument à passer par l’humour le réalisateur chavirera parfois du côté du déplacé voir du ridicule, pour témoin cette scène qui montre un Eddy Mitchell tirant par les pieds un autre vieux de son hospice pour le « mettre à la poubelle » vu qu’il est « tout cassé ».

Les intentions de Mercier ne sont pas mauvaises pour autant, on sent une certaine sincérité dans ses moments de promenades nocturnes entre père et fils, comme dans ceux de chamailleries fraternelles. Un attachement autobiographique même au personnage de Jérémie Elkaïm, scénariste tout comme lui, tour à tour, impertinent, respectueux, léger, grave, torturé, décideur, mais toujours grand. Tellement qu’il finit par prendre toute la place et surtout celle du fils préféré aussi bien pour le père, que pour le spectateur. En plus de son ton tragicomique, c’est également au niveau du récit que le scénario du long-métrage est maladroit, se centrant sur le mauvais personnage repoussant ainsi l’intérêt du spectateur sur les personnages secondaires. On oublie alors de s’émouvoir des déboires du personnage principal, interprété par Pio Marmaï, de rire de ses péripéties et enfin de s’intéresser au film de Nicolas Mercier.

 

Pour aimer Jérémie Elkaïm encore plus fort

 

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