Omar- Hany Abu-Assad : « je ne pense pas que le cinéma puisse changer les choses »

En mai dernier le film palestinien Omar est reparti avec le prix du jury Un Certain Regard, au Festival de Cannes. J’avais eu la chance de rencontrer son réalisateur, Hany Abu-Assad, sur la croisette pour lui parler de mon coup de coeur pour son film, à la délicatesse exacerbée.

Vous avez dit avoir eu l’idée d’Omar après qu’un ami vous, ait été approché pour être agent double. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

J’ai rencontré un très bon ami à moi en Hollande et il m’a raconté ce qu’il avait vécu, c’est-à-dire l’histoire d’Omar, enfin en partie seulement. Tous les éléments du film sont véridiques, mais se sont tous passés à des endroits différents, à des personnes différentes. Quand cet ami m’a raconté son histoire j’ai senti que oui, il y a la le matériel pour un bon film. Parce que ça traite de la peur de la perte de confiance en l’autre et quand ça arrive tout devient extrêmement vulnérable, comme l’amour qui devient fragile, l’amitié, la résistance, la société, parce que la confiance est primordiale. J’ai senti que je devais faire un film à propos de ça, une histoire d’amour mise en péril par la perte de confiance, un thriller politique sur une agence secrète qui tente de recruter des gens pour trahir leur propre pays. Je voulais aussi faire un western en fait, je suis aussi très influencé par le film noir, quand une histoire de cette qualité arrive entre vos mains ça vous inspire à faire ce que vous voulez.

Vous avez construit votre film un peu comme un thriller, parce qu’on ne sait jamais de façon certaine si on peut accorder cette confiance dont vous parlez aux personnages. Etait-ce un genre sur lequel vous vouliez vous appuyer ?

Oui et pour plusieurs raisons. Premièrement c’est un genre que j’aime beaucoup, particulièrement le thriller politique. Thriller signifie immédiatement suspens ou la disparition de quelqu’un ou la recherche de d’un meurtrier. Ce que j’aime moi c’est la paranoïa et l’idée qu’elle vienne de force plus grandes, parce que visuellement ça construit les personnages comme des éléments minuscules face à elles. J’ai pensé que si je devais faire une histoire d’amour dans laquelle intervient le thriller politique, je pourrais faire d’une pierre deux coups. J’aime les histoires d’amour tragiques, vous savez comme Casablanca ou Betty Blue, mais j’aime aussi le thriller politique, le western, le film noir, c’est pourquoi j’essaye de jouer avec les genres.

Etait-ce difficile de trouver les acteurs pour jouer dans un film qui soulève des thèmes si difficiles ?

Pas difficile, mais c’était un long processus de recherches, encore et encore ! Mais c’est assez réjouissant à faire, parce que vous commencez vraiment à comprendre ce que signifie votre script lorsqu’il est joué par des acteurs, qui donneront une dimension différente au texte que vous avez écrit. C’est à ce moment là que vous réalisez aussi «ah oui c’est une dimension intéressante » donc le processus de casting devient aussi celui de la réécriture du scénario. Il y a certaines scènes que j’ai réécris de nombreuses fois en voyant les acteurs jouer et révéler ce qui n’allait pas.

Vous abordez le conflit israëlo-palestinien dans Omar. Selon vous le cinéma palestinien devra le représenter tant qu’il existera, parce qu’il influe sur la façon de penser, d’agir, d’aimer des habitants ?

Vous savez quoi, vous avez totalement raison, c’est vrai que le cinéma palestinien le met tout le temps en scène. Je pense que je vais faire un film sans ce conflit politique, parce que nous existons également sans lui. Je pense que nous sommes dans un mouvement d’indépendance de plus en plus, avec ce film nous, les palestiniens, avons essayé de financer tout nous même. C’est vrai, je pense que mon prochain projet sera sûrement dénué d’aspect politique, parce que oui, nous pouvons et nous existons sans le conflit.

Donc il ne faut pas forcément être engagé politiquement pour être un cinéaste palestinien aujourd’hui ?

Non, on peut plutôt parler de posture politique, plus que d’engagement. En tant qu’être humain vous souffrez de l’occupation et vous souhaitez riposter, moi je riposte différemment, mais ça vous donne une dignité, celle de refuser qu’on vous insulte, qu’on vous oppresse. ça vous donne aussi un sentiment d’héroïsme, être un combattant de la liberté vous donne la sensation d’être un héros. Même s’il doit y avoir un prix à payer et il est très cher, beaucoup de gens perdent la vie. Mais c’est nécessaire, parce que sans héroïsme je ne pense pas que l’humanité peut évoluer.

Pensez-vous que le cinéma peut contribuer à faire évoluer les choses, qu’il peut avoir une action sur le monde ?

Non, je ne pense absolument pas que le cinéma peut changer les choses. Le cinéma peut enrichir les gens de nouvelles expériences, sans qu’ils aient pour autant à les vivre réellement, peut aider à leur faire comprendre certaines choses en tant qu’être humain, mais il ne peut pas vraiment agir sur les choses.

Vous avez dit dans une interview que ne pas abandonner le combat était le point commun entre les films du cinéma palestinien. Est-ce que Omar parle de ça aussi, de ne pas abandonner le combat contre l’agresseur ?

Oui, Omar est en fait un amoureux, un garçon totalement normal, mais il se trouve qu’il est aussi un combattant de la liberté. Il aurait pu faire un choix, parce que la vie vous force à le faire, soit mener une vie normale, soit devenir un combattant de la liberté, mais pas les deux. Lui a voulu être les deux, « pourquoi pas ? », et à ce moment où il a fait ce choix, il a déterminé son avenir, parce qu’il sacrifie ce qu’il est, il est un être humain, avec des émotions, et en tant que tel il veut juste être normal. C’est pourquoi c’est un film à propos de personnages au-delà des barrières , ils ne sont pas monolithiques, ils sont multiples et la vie vous force à n’être qu’une seule chose.

Tous les personnages sont doubles en effet, Omar, qui travaille pour les deux camps, le personnage du policier, qui est israëlien et se fait passer pour un palestinien, grâce à son arabe parfait. Vouliez-vous dire que finalement palestiniens et israëliens ne sont que deux faces d’une même pièce ?

Oui, je crois que nous sommes tous des êtres humains, qui sommes forcés par la vie à prendre des positions différentes. Mais nous y perdons tous et je suis certain que si, devant un film comme Intouchables, en France, par exemple, vous asseyez côte à côte deux spectateurs, l’un est palestinien et l’autre est israëlien, politiquement ils peuvent se tuer, mais bien-sûr ils ne le savent pas, ils riraient aux mêmes endroits ensemble, ils pleureraient ensemble et passeraient par les mêmes émotions. Mais nous sommes tous forcés actuellement à prendre des positions différentes. Je pense en effet que c’est ce que je dis dans mes films, je ne le fais pas consciemment, je ne traite pas ces éléments directement, mais ça fait juste partie de qui je suis et c’est pourquoi mes films ressemblent à ça, ils me ressemblent !

Votre film est aussi très drôle, quelle place a l’humour au milieu d’un tel sujet ?

Ah vous l’avez trouvé drôle ?! Tant mieux si vous avez ri ! Je ne pense pas que ce soit crucial, mais il ya beaucoup de comptes rendus d’expériences, comme l’holocauste par exemple, dont les survivants témoignent qu’ils n’auraient pas pu survivre sans l’humour. Même dans ce situations tragiques on peut trouver la place pour être amusant, rire, se divertir. C’est vrai que le rire joue un grand rôle dans notre survie en tant qu’êtres humains, et une fois de plus ça témoigne de qui je suis. J’aime faire des blagues dans des situations compliquées, c’est moi aussi !

J’ai vraiment aimé la façon que vous avez de prendre votre temps dans la mise en place de l’histoire d’amour. Est-ce aussi une façon d’aller à contre courant de la tendance actuelle du cinéma qui multiplie les scènes de sexe, en montrant qu’un simple baiser peut être la chose la plus érotique du monde ?

Ah vous avez trouvé ça érotique ? Parce que je l’ai pensé exactement comme ça. Je pense que vous avez raison il y a une inflation des scènes d’amour dans le cinéma et maintenant avec la pornographie il n’y a plus aucune place pour l’imagination, ça devient juste du porno hardcore et même dans des longs-métrages destinés au grands publique. S’en est à un point que ça n’est même plus érotique. J’ai vraiment senti que si je filmais un amour innocent, fragile, secret, le baiser serait le point culminant et je trouve ça tellement érotique. N’importe quelle autre scène de sexe aurait tué l’imagination des spectateurs et on a déjà vu ça tellement de fois. Les scènes d’échange de leurs lettres sont d’ailleurs pensées dans la même optique. Je n’ai pas montré leurs contenus, j’ai juste laissé les personnages dire parfois, « c’était drôle » ou « c’était triste », j’ai pensé que l’amour est un secret entre deux personnes et doit rester entre elles. Ce qui fait que le spectateur s’identifie, parce qu’il reconnait ce secret qu’il partage avec celui ou celle qu’il aime. Mais si vous commencez à tout révéler, cette histoire devient banale.

Omar est une des premières productions palestiniennes, quels challenges avez-vous dû affronter pour faire le film ?

En fait ce n’est pas le premier à être totalement financé par l’industrie cinématographique palestinienne. Annemarie Jacir a fait avant un film qui s’intitule When I saw you, c’est une cinéaste palestinienne très talentueuse. Son filma été presque entièrement financé par la Palestine, et elle a aussi utilisé cet argument pour vendre son film « Nous sommes le premier film entièrement palestinien ! » mais personne n’y avait vraiment fait attention et aujourd’hui nous l’utilisons nous-mêmes et elle m’a appelé pour me dire «hey non ce n’est pas vrai ! » (Rires). C’est juste une façon de vendre notre film et si ça peut fonctionner, pourquoi pas ?! Je suis très heureux bien-sûr que le film ait été financé par l’industrie cinématographique palestinienne, parce que c’est un pas vers l’indépendance.

Quel message envoie la sélection officielle au festival de Cannes, au reste du monde ?

Non, je n’aime pas envoyer de message. Je pense sincèrement que les films sont des expériences, non des messages. Je serais satisfait si les gens envisageaient mon film comme un voyage qu’ils entreprennent et qui les ouvrent à d’autres choses. Vraiment j’apprécie la sélection officielle, mais je n’envoie pas de messages ou seulement par la poste ou par emails !

Vous avez aussi une culture hollandaise, pensez-vous tourner un jour aux Pays-Bas ?

Oui j’aimerais beaucoup. Je dois beaucoup à la Hollande, grâce à eux j’ai pu grandir, évoluer dans chacun des aspects qui me composent et quelques fois je ressens que je devrais le faire comme une façon de dire merci aux habitants et à la culture du pays. Oui je le ferai probablement, pour dire « Merci la Hollande ! »

Quelle est la chose principale que vous voudriez que le spectateur retienne à la fin du film ?

Vous, que retenez-vous ?

Que le contexte politique influe sur la façon de vivre, d’aimer, de penser, d’être, des gens qui le vivent.

Oui c’est difficile en effet. Mais non ce n’est pas la chose principale que je voulais transmettre, je pense que la situation palestinienne est juste une décoration. Je suis intimement persuadé que si l’on montrait Omar dans 20 ans, et que le conflit a disparu, on pourrait toujours le comprendre. Il traite d’émotions humaines et pas particulièrement d’une situation politique. La scène que je préfère est celle de la fin, lorsque qu’Omar est assis avec Nadia et réalise qu’elle n’était pas enceinte. Aucun mot n’est dit, seuls leurs visages expriment ce qu’ils ont perdu et en même temps qu’ils peuvent retrouver confiance l’un dans l’autre. Parce que au début cette confiance entre eux existait et les paroles des autres ont semé le doute. Comme lorsqu’il lui demande « Est-ce que tu m’aimes, parce qu’on m’a dit qu’il y avait quelqu’un d’autre » et elle ne lui répond pas franchement, elle se cache derrière une blague « Ah tu veux dire Brad Pitt ! ». Tous les deux ne sont pas prêts à se mettre nus émotionnellement et à la fin ils le sont complètement et peuvent se faire confiance, mais c’est trop tard. Je trouve que c’est une scène tellement triste, je l’aime beaucoup.

Mais l’histoire d’amour n’aurait pas été ce qu’elle est sans le contexte politique, sans ce combat contre l’agresseur ?

Prenons Roméo et Juliette, l’obstacle à leur amour est deux familles opposées, mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit, il s’agit de l’histoire d’amour et c’est à ça qu’on s’intéresse. Eux aussi se faisaient confiance au mauvais moment et le vrai obstacle n’était pas les deux familles, mais le questionnement de la confiance en l’autre et le conflit entre les familles était en quelque sorte une concrétisation de leurs conflits intérieurs.

Donc ça aurait pu avoir lieu ailleurs ?

Exactement.

Sur quoi travaillez-vous maintenant ?

C’est un secret !

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La Vie d’Adèle : et Kechiche Créa Adèle

Abdellatif Kechiche au cœur de la polémique livre un combat acharné contre ses actrices qu’il semble pourtant aimer si fort à travers l’objectif de la caméra. Si la réalité est bien plus terne – accusé d’harcèlement psychologique par Léa Seydoux ou encore d’exploitation, de méthodes méprisantes par les équipes techniques – la fiction elle est éclatante et réhabilite le cinéaste comme véritable génie de la direction d’acteur en même temps que de la capture de l’essence de la vie. Un petit miracle comme on en voit peu dans le cinéma français. Saisissant !

Abdellatif Kechiche a prouvé dans le passé sa volonté de saisir les sursauts de l’adolescence, d’en dessiner les contours pour observer cet infini mouvement qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte. On ne peut pas dire que jusque là ses tentatives aient été très fructueuses, avec son Esquive, bien que récompensée par un César, description grossière, aussi bien par le propos que par le jeu des acteurs, de comment grandir, coincé entre les murs d’une cité.  Si La Vie d’Adèle chapitre 1&2 rassemble  la somme des obsessions du réalisateur (l’importance de la transmission du savoir par le système scolaire, les drames adolescents ou encore la question de la différence) il ne ressemble en rien à ce qu’il a pu produire précédemment. La tiédeur du traitement de ces thèmes dans L’Esquive prend des hauteurs insoupçonnables dans La Vie d’Adèle chapitre 1&2. Un prof qui discute de Marivaux avec ses élèves, un repas de famille sur fond de Question pour un champion ou encore une discussion entre un groupe d’adolescentes devant le lycée,  se transforment en morceaux opératiques : le lyrique fait son entrée dans le simple rendu du quotidien. C’est la vie qu’Abdellatif Kechiche parvient génialement à saisir, ses moindres mouvements, ses tressaillements si minimaux, et donc si insaisissables.

Cette vie, c’est donc celle d’Adèle, dont on fait la connaissance à l’âge de 16 ans et que l’on suivra durant une dizaine d’années environ, une jeune fille exactement comme toutes les autres, qui veut aimer, s’amuser et se contenter de bonheurs simples. C’est d’abord son âme et son corps d’enfant que la caméra de Kechiche réussit si bien à capturer, à travers une façon de dormir, de marcher ou de manger, tout est dit. C’est l’amour ensuite, cette rencontre coup de foudre, que l’on ne trouve que chez les plus grands auteurs, comme Marivaux, qui sera décisive dans l’évolution d’Adèle. Il se trouve que ce coup de foudre c’est pour une autre fille qu’elle l’aura, et alors ? Ce n’est pas le propos du long-métrage, qui semble mettre un point d’honneur à ne jamais être militant. L’amour fera grandir, évoluer et déterminera la personnalité d’Adèle, c’est tout ce que le réalisateur veut dire. Comme il le fait avec les visages, Kechiche filme les corps en mouvement, pendant l’amour surtout avec ces scènes à l’érotisme extrême, les mêmes qui ont fait couler tellement d’encre ces derniers mois. Kechiche ne fait aucune concession, c’est vrai, ni sur l’engagement des actrices, ni sur la durée, ni sur ce qui est montré face caméra. Si elles ont été torturées pour les principales intéressées ne s’imprime à l’image que la violente vérité du jeu des deux actrices.

Adèle Exarchopoulos d’abord, au naturel insolent qui capte la caméra dans chacune des scènes qu’elle a à interpréter. Léa Seydoux ensuite qui n’a jamais été aussi juste, elle oublie pour une fois de se regarder et se donne sans concession et enfin incarne. La magie ne s’arrête pas là et agit dans chaque scène de dialogues, dans chaque sentiment esquissé, dans chaque gros plan d’un visage. Abdellatif Kechiche est le maître d’orchestre de ce prodige et nous donne en même temps une belle leçon de cinéma. Alors cette dernière a peut-être été apprise à travers la tragédie et la souffrance, mais après 2h59 de ce petit miracle ce qui importe au spectateur et au monde c’est qu’il existe simplement. Et d’empêcher tous ceux qui se mettront en travers de sa sortie sur les écrans, cette personne puisse-t-elle être son créateur lui-même !

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Jimmy.P : Desplechin américain, chagrin

Arnaud Desplechin nous avait habitués à de grandes choses dans son cinéma ambitieux aussi bien au niveau du contenu que de la mise en scène. Il confirme cette ambition en s’attaquant à un sujet ô combien difficile au cinéma, la psychothérapie. Il confirme surtout que ce dernier n’est pas un matériel  cinématographique et bien qu’il ait épuré au maximum sa mise en scène, le film tourne sur lui-même dans une ronde interminable.

Arnaud Desplechin, le brillant réalisateur de Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) et surtout Rois & Reine, tente avec Jimmy.P (psychothérapie d’un Indien des plaines) l’expérience américaine. Il embauche le géant Benicio Del Toro pour jouer son Jimmy, un indien Black Foot et confirme sa fidélité envers  Mathieu Amalric en lui confiant le rôle de l’ethnologue fou Georges Devereux. Inspiré de l’ouvrage rédigé par ce dernier, le long-métrage veut avant tout retranscrire à l’écran la psychothérapie menée par Devereux pour mettre le doigt sur l’origine des maux physiques de l’Indien, appréhendé par les médecins de Topeka (où est située la clinique qui le soigne) comme une bête sauvage.  La trame narrative s’organise alors en une succession de dialogues ponctués par quelques flash-backs qui reviennent sur le passé du patient, là où se trouve l’antidote au poison qui le ronge.

Quelle plus grande difficulté que de filmer le mouvement  infiniment petit que le processus de la psychothérapie déclenche chez l’homme ? Desplechin le confirme en s’encombrant de dialogues didactiques pour nous expliquer ce qu’il n’a pas réussi à nous montrer, même durant les deux longues heures de son film, c’est-à-dire l’évolution de ses personnages et la naissance du lien d’amitié qui les unit. Ce sentiment d’amitié, on le comprend, est celui que le réalisateur veut utiliser comme lumière dans l’obscurité du propos de son film. Pourtant il ne réussira pas à nous guider dans ce sombre amas de dialogues allant du plus anodin au plus complexe, avec tous la même conséquence: perdre  l’intérêt du spectateur.

De notions freudiennes abordables et parfois évidentes, comme le fait que les problèmes de Jimmy viennent de son enfance et de sa relation à la mère, Desplechin fait un ensemble complexe handicapé par des longueurs dans les explications qui nuisent directement à l’émotion. La musique aura beau sortir ses beaux violons et donner le plus possible dans le sentimentalisme, elle ne parviendra pas à palier ce vide. L’étonnant constat final est l’absence de cette évolution que le film veut nous montrer si fort. L’étude des personnages sur laquelle il s’appuie est ratée, le potentiel de la personnalité schizophrène du personnage de Devereux, hongrois qui se persuade lui-même d’être français pur souche, jusqu’à changer son nom,n’est  jamais exploité. Pourtant une seule lumière nous guide celle de la performance de Mathieu Amalric qui dans un regard anéanti nos résistances. Mais même sa force de jeu ne suffira pas à nous faire oublier les longueurs et le manque d’émotion du Depleschin américain.

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Juno Temple est Magic Magic

Sebastiàn Silva s’essaye au film d’horreur avec son Magic Magic. Un film en forme d’expérience mystique qui explore les thèmes classiques du genre en instaurant une atmosphère pesante, portée par une bande son efficace.

Magic Magic est un des films passés par Sundance sur lequel  le festival de Cannes a, cette année, jeté son dévolu. Après la déception Fruitvale à Un certain regard et le mitigé Les Amants du Texas à la semaine de la critique, c’est au tour de la quinzaine de nous envoûter avec le film de Sebastiàn Silva. D’origine chilienne le réalisateur a fait preuve jusque là d’une grande rigueur et d’intelligence dans son travail, parmi lesquels on peut compter La Nana ou encore Les Vieux Chats. Ici il s’essaye à l’exercice de genre, en réalisant un film d’horreur, à l’ambiance pesante et paranoïaque.

L’action tourne autour du personnage archétypal du film d’horreur, la jeune fille innocente, interprétée par Juno Temple, autour de laquelle seront développés les thèmes tout aussi indispensables au genre : les frustrations sexuelles, la peur du passage à l’âge adulte et des responsabilités ou encore l’obsession de la mort. Longuement représentés dans le film, à travers un symbolisme redondant employant le plus souvent des animaux, soit morts, soit agressifs, ces thèmes vont presque jusqu’à l’indigestion. L’essentiel du long-métrage ne se trouve pas vraiment là, mais dans cette atmosphère que le réalisateur installe dès son premier plan découpant les personnages en deux, ne les filmant qu’à partir de la taille jusqu’aux pieds.

Le message est passé ; les protagonistes du récit seront toujours doubles aux yeux du spectateur qui ne saura jamais vraiment qui croire et à qui se fier. Alicia, premier visage à nous être dévoilé, est  tour à tour victime et bourreaux. Victime d’une force supérieure qui lui fait craindre les autres et les éléments naturels qui l’entourent, aussi bien  sa propre cousine que cette nature chilienne dans laquelle elle se trouve. Le doute est semé : s’imagine-t-elle ce qui lui arrive, victime d’une paranoïa schizophrénique ou est-elle vraiment la proie d’une force supérieure, presque surnaturelle ? Sebastiàn Silva s’amuse avec ce soupçon qu’il dissémine dans une scène d’hypnose, dans la présence de la culture Mapouche, traversée par un grand mysticisme et surtout dans son final ouvert, qui ne nous donnera jamais la réponse nous laissera le choix entre logique et imaginaire.

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Cannes 2013 : on fait le bilan calmement

C’est le jour J, celui de la remise des récompenses, pour le jury du 66e festival de Cannes ce sera vers 19h, pour moi c’est maintenant. Après 11 jours de festival, ce qui représente, 27 longs-métrages, 7 courts, 6 conférences de presse, 4 interviews, 18 heures d’attente, 50 Nespresso Hawaï Kona, 10 San Pellegrino citron, 3 cupcakes de chez Vilfeu, un magnum personnalisé, deux baignades, 6 (peut-être 7, je sais plus…) coupes de champagne, une alterrcation au Carlton, et bien d’autres choses…voici mon palmarès :

Palme d’or : La Vie d’Adèle chapitre 1&2, d’Abdellatif Kechiche

Grand Prix du jury : Le Passé, d’Asghar Farhadi

Prix d’interprétation féminine : Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèles Chapitre 1&2

Prix d’interprétation masculine : Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure

Prix de la mise en scène : Roman Polanski pour La Vénus à la fourrurel

Prix du jury : Tel Père, Tel fils, d’Hirozaku Kore-Eda

Prix du scénario : Inside Llewyn Davis, d’Ethan et Joel Coen

Caméra d’or : The Lunchbox, de Ritesh Batra

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Cannes J+11 : last dance

Mon dernier jour à Cannes sera marqué par la bonne surprise du dernier Polanski : La Vénus à la fourrure, drôle, intelligent et sublimement mis en scène. Je profite alors à fond de la conférence de presse avec l’équipe du film et on peut dire que ça fait quand même quelque chose de voir s’agiter devant soit Roman Polanski…D’autant que c’est quelqu’un de vraiment original, effronté, drôle, intelligent, directif, un vrai bon moment. Par contre la fille blonde à côté de lui elle a l’air de ne pas trop savoir où elle est et pourquoi. Son air de « dumb Blond » comme l’a si bien suggéré Polanski durant la conférence (oups moment gênant…) ne la quittera pas, ça en devient terrifiant. Puis ça m’a donné l’occasion de revoir Mathieu Amalric! Après ça je continue sur ma lancée en me rendant à la conférence de presse du Jarmusch, Only lovers left alive, qui ne m’a pas emballé terriblement. Pas de Mia Wsikowska, ni d’Anton Yelchin (en même temps ils ont un mini rôle dans le film), mais un Jim Jarmusch en forme qui commence par nous remercier d’être là et d’avoir été voir le film, ça commence bien ! Une bonne surprise également que cette rencontre avec un réalisateur beaucoup moins arrogant que son film et une Tilda Swinton chaleureuse et réfléchie, qui l’eut cru! Après un dej en terrasse et une petite ballade dans le centre de la ville, pour lui dire au revoir, je retourne travailler une dernière fois café orange, prendre une dernière sans Pellegrino citron ( gratuite!!) et part assister à la cérémonie de remise des prix Un certain Regard, avec baskets, cheveux gras et cernes sous les yeux, même pas peur! Allez c’est l’heure de rentrer et de rédiger les dernières critiques avant la  remise des prix demain soir ! Le départ pour moi c’est dans l’après-midi, partagée entre grande joie de rentrer chez moi et petit pincement au coeur de quitter Cannes et de revenir à la vie réelle. Je me couche et la fatigue s’occupera du reste.IMG_1180 IMG_1181 IMG_1182 IMG_1184 IMG_1186 IMG_1187 IMG_1188 IMG_1189 IMG_1190

Le jury Un Certain Regard

Le jury Un Certain Regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Fruitvale station : prix talent de l'avenir pour Ryan Coogler

Fruitvale station : prix talent de l’avenir pour Ryan Coogler

Ah oui et j'ai vu Forest Whitaker aussi !

Ah oui et j’ai vu Forest Whitaker aussi !

Prix du jury pour Omar

Prix du jury pour Omar

Michael Kohlhass : la vengeance est un plat qui se mange froid

Arnaud des Pallières n’est pas tendre avec son spectateur pour qui il ne semble pas avoir fait Michael Kohlhass. Quelle était la motivation du réalisateur ? C’est la question qui nous revient pendant toute la projection du film. On n’y trouvera jamais de réponse, découragés par la froideur de la mis en scène et de l’image, habitée par des panoramiques de plaines majestueux, traversée par des cavaliers macabres. 

Un marchand de chevaux veut se rendre à la foire de la ville doit laisser deux chevaux en gage au Seigneur à qui appartient les terres à traverser pour y arriver. De retour il retrouve les deux bêtes, qu’il avait laissées en parfait état, presque mortes. Il mettra alors tout en œuvre pour obtenir réparation. Voilà sur quoi repose l’intrigue de Michael Kohlhass, d’Arnaud Des Pallières, adapté d’une nouvelle d’Heinrich von Kleist, publiée en 1808, sur la lutte d’un homme et sa foi en la justice au péril même de tout perdre, jusqu’à sa vie et celle de ses proches.

Le drame est là, partout : dans la mort brutale de sa femme, dans l’injustice qui vient frapper cet homme honnête et droit, dans sa petite fille orpheline, dans la situation de ces paysans aux abois qui le suivront coûte que coûte, dans son combat contre l’impunité des actions des privilégiés. Et pourtant ce tragique ne se voit pas, anéanti par la mis en scène austère de Des Pallières qui filme les hommes comme il filme les paysages, de façon abrupte et froide. Les décors, presque tous naturels, sont dépouillés, réduits au strict minimum, comme l’est l’expression des sentiments, ce qui donne un aspect adimensionnel à l’ensemble, aussi bien qu’intemporel. On comprend alors que le réalisateur ne veut situer son propos ni dans le temps ni dans l’espace son, pour donner un aspect universel à sa défense de la justice et de la droiture.

Mais en ne caractérisant à aucun moment ni ses lieux, ni le temps, ni les personnages qui évoluent à l’intérieur, c’est l’intérêt du spectateur qu’il perd. Intérêt mis d’autant plus à rude épreuve par la froideur de la réalisation, seulement portée par les sons exacerbés des mouches et autres éléments naturels, ainsi que par une musique épisodique. On en oublie la noblesse de la quête de Kohlhaas d’autant plus qu’elle n’est jamais vraiment montrée, toute la violence étant hors champ. Le corps et le visage du héros magnifique de Mads Mikkelson seront notre planche de salut dans l’ensemble difficile de 2h00. Mais même la figure iconique de l’acteur danois s’effrite, malmenée par sa difficulté avec la langue française et donc la notre à le comprendre. Et en un éclair foudroyant Denis Lavant traverse le film et devient la seule et unique chose à retenir de Michael Kohlhass.

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