As I lay Dying : l’agonie de James Franco

James Franco est une sorte de génie moderne qui en plus de sa carrière d’acteur, étudie la peinture à la California State Summer School for the Arts (CSSSA) et se fait même exposer en 2006  et passe un doctorat d’Anglais à l’université de Yale. C’est dans la peau de réalisateur qu’il est présent cette année à Cannes en sélection officielle, avec As I Lay Dying, adaptation d’un roman de William Faulkner. S’il prouve qu’il a en effet un vrai regard, il accable son spectateur avec une forme et une intrigue trop austère pour séduire.

James Franco n’en n’est pas à son premier coup d’essai derrière la caméra,  il jouit déjà d’une filmographie composée de plusieurs courts-métrages, documentaires et longs-métrages, tous assez confidentiels, même si son The Clerk’s Tales avait été sélectionné à la Semaine de la critique en 2010. Il fait grand bruit cette année avec son As I Lay Dying, adaptation du roman de William Faulkner, présentée en sélection officielle, dans la catégorie Un certain regard. D’œil, James Franco n’en manque pas et il nous le prouve dans son film à la mise en forme très étudiée et originale.

Composé en majorité de Split Screen, le long-métrage multiplie les angles de vue sur une même scène, essayant ainsi d’en saisir tous les aspects, les enjeux et donnant au spectateur toutes les clés pour s’approprier le récit qui se déroule devant ses yeux. Ce procédé souvent galvaudé et maladroit prend ici un véritable sens, puisqu’avec lui, James Franco peut mettre l’accent sur les mots, en les isolant de l’action. Un procédé parfait alors pour rendre à l’écran ces longs monologues intérieurs qui faisaient la caractéristique du style de Faulkner : les paroles raisonnent d’un côté de l’écran en même temps que, de l’autre, la caméra se rapproche des visages, des mains ou du décor rurale dans lequel l’écrivain plantait ses intrigues.

Si la forme est intelligente et étudiée, elle contribue à construire un ensemble assez austère qui alourdit le fond déjà pesant. La description de cette famille de paysans rongée par la haine, les soupçons, le vice ou encore le manque de savoir est d’une secheresse telle qu’elle empêche l’émotion. L’ambiance crée par l’image et le son s’abat comme une chape de  plomb sur le spectateur qui se sent comme pris au piège, avec une seule certitude, celle d’avoir compris le titre donné au livre et donc au film ; tandis que j’agonise.

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Les Amants du Texas : la romance selon David Lowery

David Lowery pour son premier film, Les Amants du Texas, a été sélectionné au festival de Sundance et à La Semaine de la critique du festival de Cannes en séance spéciale, rien que ça ! Des honneurs mérités pour un film qui reprend le genre de la romance pour la regarder d’un angle neuf, au sein d’une mise en scène rigoureuse et toute en tension.

Casey Affleck et Rooney Mara, l’une peste clamant qu’elle le quittera la première, l’autre répond qu’il ne la quittera pas et elle non plus, elle surenchérit en annonçant qu’elle est enceinte et en une scène, David Lowery montre la force de l’attachement qui unit les deux héros du film, ainsi que l’alchimie immédiate qui naît de la rencontre de deux acteurs. Ces inséparables seront pourtant unis devant nos yeux pour quelques minutes seulement, le récit les isolant l’un de l’autre très rapidement. Casey Affleck alias Bob est envoyé en prison pour avoir tiré sur un policier, ce qui laisse Rooney Mara, alias Ruth, à sa vie rangée de mère de famille. C’est lorsque Bob s’évadera pour aller retrouver celle à qui un lien indéfectible l’unit, que le triangle amoureux se mettra en place, le policier blessé s’ajoutant à l’équation en courtisant la jolie mère de famille.

Il représente la sécurité, la stabilité d’une vie que Bob ne lui offre pas et pourtant ce n’est pas sa présence qui hante Ruth, en même temps que le film, mais bien celle de Bob. David Lowery réussit le tour de force de raconter une histoire d’amour entre un homme et une femme, en ne les faisant se rencontrer à l’écran que deux fois. C’est le thème de l’absence que le réalisateur exploite, lorsqu’il filme un des deux protagonistes, l’absence de l’autre est si forte, qu’elle envahit l’image. Ils sont tous deux « une moitié d’une seule pièce » et c’est dans la réunion de ces deux moitiés que résidera le véritable enjeu du film. Ce dernier se fait alors thriller à la tension latente dont l’explosion n’aura lieu qu’au moment du dénouement du film, dans la réunion des amants.

Malheureusement, David Lowery passe un peu à côté de ce final tant attendu, n’appuyant pas assez longuement sur la résolution du drame, à laquelle il nous avait pourtant préparés doucement durant tout le film. D’autres imperfections, Les Amants du Texas en contient assurément (une absence de péripéties qui amène des longueurs dans le scénario par exemple), mais il nous séduit par sa façon toute particulière de montrer la force du lien qui peut unir deux êtres que la vie sépare.

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Juno Temple est Magic Magic

Sebastiàn Silva s’essaye au film d’horreur avec son Magic Magic. Un film en forme d’expérience mystique qui explore les thèmes classiques du genre en instaurant une atmosphère pesante, portée par une bande son efficace.

Magic Magic est un des films passés par Sundance sur lequel  le festival de Cannes a, cette année, jeté son dévolu. Après la déception Fruitvale à Un certain regard et le mitigé Les Amants du Texas à la semaine de la critique, c’est au tour de la quinzaine de nous envoûter avec le film de Sebastiàn Silva. D’origine chilienne le réalisateur a fait preuve jusque là d’une grande rigueur et d’intelligence dans son travail, parmi lesquels on peut compter La Nana ou encore Les Vieux Chats. Ici il s’essaye à l’exercice de genre, en réalisant un film d’horreur, à l’ambiance pesante et paranoïaque.

L’action tourne autour du personnage archétypal du film d’horreur, la jeune fille innocente, interprétée par Juno Temple, autour de laquelle seront développés les thèmes tout aussi indispensables au genre : les frustrations sexuelles, la peur du passage à l’âge adulte et des responsabilités ou encore l’obsession de la mort. Longuement représentés dans le film, à travers un symbolisme redondant employant le plus souvent des animaux, soit morts, soit agressifs, ces thèmes vont presque jusqu’à l’indigestion. L’essentiel du long-métrage ne se trouve pas vraiment là, mais dans cette atmosphère que le réalisateur installe dès son premier plan découpant les personnages en deux, ne les filmant qu’à partir de la taille jusqu’aux pieds.

Le message est passé ; les protagonistes du récit seront toujours doubles aux yeux du spectateur qui ne saura jamais vraiment qui croire et à qui se fier. Alicia, premier visage à nous être dévoilé, est  tour à tour victime et bourreaux. Victime d’une force supérieure qui lui fait craindre les autres et les éléments naturels qui l’entourent, aussi bien  sa propre cousine que cette nature chilienne dans laquelle elle se trouve. Le doute est semé : s’imagine-t-elle ce qui lui arrive, victime d’une paranoïa schizophrénique ou est-elle vraiment la proie d’une force supérieure, presque surnaturelle ? Sebastiàn Silva s’amuse avec ce soupçon qu’il dissémine dans une scène d’hypnose, dans la présence de la culture Mapouche, traversée par un grand mysticisme et surtout dans son final ouvert, qui ne nous donnera jamais la réponse nous laissera le choix entre logique et imaginaire.

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Jeune & Jolie : la femme selon Ozon

François Ozon revient à Cannes après son Swimming Pool de 2003. Si Ludivine Sagnier a été remplacée par Marine Vatch, celle dont toute la Croisette est tombé amoureuse, la femme y est encore mystérieuse et perverse, comme se plaît tellement à la montrer François Ozon.

Une jeune fille ruisselante, se fait bronzer sur la plage, topless, tout ça montré à travers une paire de jumelles, on ne peut pas dire qu’Ozon commence son Jeune et Jolie en finesse. Attention spectateur tu es comme ce petit garçon qui observe sa sœur se masturber, le voyeur par excellence. Mais pas d’accusation culpabilisante de la part d’Ozon, puisqu’il va passer une heure trente à nous faire comprendre que finalement l’être humain est par essence voyeuriste et pervers et que la jeune héroïne de 17 ans, Isabelle, ne fait qu’assouvir les fantasmes présents en chacun de nous, à travers la pratique de la prostitution.

Un propos assez maladroit, appuyé par une des scènes finales du film avec Charlotte Rampling, figure par excellence de la femme mystérieuse et fascinante, dans laquelle elle explique que chaque femme rêverait secrètement de se sentir désiré comme l’est une fille de joie. De la maladresse il y a en a pas mal dans le scénario et la mise en scène, frôlant parfois le grotesque à grand coup de symbolisme gratuit, Isabelle sort de son corps pour se regarder elle-même se faire dépuceler, et de scène si attendue qu’on en revient pas qu’Ozon les ait effectivement tournées (un client meurt d’une crise cardiaque pendant l’acte).

Finalement Jeune & Jolie n’est rien de plus qu’un énième récit d’initiation qui nous montre une jeune fleur passer à l’âge adulte au son des chansons de Françoise Hardy. L’addition n’est pas détestable, portée par des plans amoureux de la jeune Marine Vatch à la bouche cerise et à la moue mutine, qui nous renvoient aux égéries androgynes des années Hardy justement. A cela s’ajoute une jolie performance de Géraldine Peilhas en mère impuissante qui offre la scène la plus intense du film.

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Cannes 2013 : on fait le bilan calmement

C’est le jour J, celui de la remise des récompenses, pour le jury du 66e festival de Cannes ce sera vers 19h, pour moi c’est maintenant. Après 11 jours de festival, ce qui représente, 27 longs-métrages, 7 courts, 6 conférences de presse, 4 interviews, 18 heures d’attente, 50 Nespresso Hawaï Kona, 10 San Pellegrino citron, 3 cupcakes de chez Vilfeu, un magnum personnalisé, deux baignades, 6 (peut-être 7, je sais plus…) coupes de champagne, une alterrcation au Carlton, et bien d’autres choses…voici mon palmarès :

Palme d’or : La Vie d’Adèle chapitre 1&2, d’Abdellatif Kechiche

Grand Prix du jury : Le Passé, d’Asghar Farhadi

Prix d’interprétation féminine : Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèles Chapitre 1&2

Prix d’interprétation masculine : Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure

Prix de la mise en scène : Roman Polanski pour La Vénus à la fourrurel

Prix du jury : Tel Père, Tel fils, d’Hirozaku Kore-Eda

Prix du scénario : Inside Llewyn Davis, d’Ethan et Joel Coen

Caméra d’or : The Lunchbox, de Ritesh Batra

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Cannes J+11 : last dance

Mon dernier jour à Cannes sera marqué par la bonne surprise du dernier Polanski : La Vénus à la fourrure, drôle, intelligent et sublimement mis en scène. Je profite alors à fond de la conférence de presse avec l’équipe du film et on peut dire que ça fait quand même quelque chose de voir s’agiter devant soit Roman Polanski…D’autant que c’est quelqu’un de vraiment original, effronté, drôle, intelligent, directif, un vrai bon moment. Par contre la fille blonde à côté de lui elle a l’air de ne pas trop savoir où elle est et pourquoi. Son air de « dumb Blond » comme l’a si bien suggéré Polanski durant la conférence (oups moment gênant…) ne la quittera pas, ça en devient terrifiant. Puis ça m’a donné l’occasion de revoir Mathieu Amalric! Après ça je continue sur ma lancée en me rendant à la conférence de presse du Jarmusch, Only lovers left alive, qui ne m’a pas emballé terriblement. Pas de Mia Wsikowska, ni d’Anton Yelchin (en même temps ils ont un mini rôle dans le film), mais un Jim Jarmusch en forme qui commence par nous remercier d’être là et d’avoir été voir le film, ça commence bien ! Une bonne surprise également que cette rencontre avec un réalisateur beaucoup moins arrogant que son film et une Tilda Swinton chaleureuse et réfléchie, qui l’eut cru! Après un dej en terrasse et une petite ballade dans le centre de la ville, pour lui dire au revoir, je retourne travailler une dernière fois café orange, prendre une dernière sans Pellegrino citron ( gratuite!!) et part assister à la cérémonie de remise des prix Un certain Regard, avec baskets, cheveux gras et cernes sous les yeux, même pas peur! Allez c’est l’heure de rentrer et de rédiger les dernières critiques avant la  remise des prix demain soir ! Le départ pour moi c’est dans l’après-midi, partagée entre grande joie de rentrer chez moi et petit pincement au coeur de quitter Cannes et de revenir à la vie réelle. Je me couche et la fatigue s’occupera du reste.IMG_1180 IMG_1181 IMG_1182 IMG_1184 IMG_1186 IMG_1187 IMG_1188 IMG_1189 IMG_1190

Le jury Un Certain Regard

Le jury Un Certain Regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Thomas Vinterberg, président du jury Un Certain regard

Fruitvale station : prix talent de l'avenir pour Ryan Coogler

Fruitvale station : prix talent de l’avenir pour Ryan Coogler

Ah oui et j'ai vu Forest Whitaker aussi !

Ah oui et j’ai vu Forest Whitaker aussi !

Prix du jury pour Omar

Prix du jury pour Omar

La Vénus à la fourrure : huis-clos virtuose pour Polanski

La Vénus à la fourrure est venue clôturer en beauté la sélection officielle du 65e festival de Cannes. Avec cette nouvelle adaptation d’une pièce de théâtre, après Carnage, Roman Polanski revient à son cinéma d’autrefois, dans lequel l’homme y est vulnérable, fragile mais aussi cruel et ridicule. Une vraie réussite qui nous réconcilie avec le réalisateur de Rosemary’s Baby.

Roman Polanski n’avait pas réussi à me séduire depuis un bon nombre d’années, depuis Lune de Fiel en 1992 en fait. C’est un peu à reculons que je me rendais à la projection cannoise de son nouveau long-métrage La Vénus à la Fourrure. Adapté d’une pièce écrite par David Ives, l’intrigue ne met en scène que deux personnages, un metteur en scène et une actrice, enfermés dans un théâtre, discutant de l’œuvre de Leopold von Sacher-Masoch, elle-même intitulée Vénus à la Fourrure, qui lui avait valu de donner son nom au sadomasochisme. Polanski transforme ce huis-clos en poésie portée par la mélodie des mots de David Ives, le jeu de Mathieu Amalric, captivant et surtout la mise en scène millimétrée, angoissante, passionnante.

Nous pénétrons dans l’espace scénique ainsi que dansle champ fictif du film par un long travelling, nous en sortirons à la fin de la même façon, et à partir de ce moment seulement l’action peut naître sous nos yeux de spectateur. Cet espace est absolument primordial dans la mis en scène qui en joue pour montrer les rapports de domination soumission, entre l’homme et la femme, le personnage de severin et celui de Vanda, entre le metteur en scène et son actrice. Les personnages s’affrontent, s’humilient tour à tour par actes et par mots tout en critiquant une à une les prétentions d’une certaine conception du théâtre, en même temps qu’ils offrent une réflexion sur la misogynie, sur l’art surtout et la possibilité de créer et d’interpréter librement.

Une discussion sur le théâtre et sur la vie rendue captivante aussi bien par les sous-thèmes qu’elle soulève, que par cette réalité et cette fiction qui s’inversent, se mélangent, jsuqu’à en être indissociables, teintées toutes deux de ce burlesque si caractéristique des premiers films de Polanski. Le film et la performance des acteurs oscillent toujours entre horreur et comédie, jusqu’à ne pouvoir les désolidariser l’une de l’autre dans un final drôle, mystique et jouissif. L’ensemble est habillé par une musique d’Alexandre Desplats tout aussi teintée de cette dualité troublante. On pense au Bal des Vampires, on pense à Lune de Fiel et on pense surtout que l’on est heureux de retrouver le réalisateur de ce cinéma misanthrope et  ridiculement drôle.

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