La Vie d’Adèle : et Kechiche Créa Adèle

Abdellatif Kechiche au cœur de la polémique livre un combat acharné contre ses actrices qu’il semble pourtant aimer si fort à travers l’objectif de la caméra. Si la réalité est bien plus terne – accusé d’harcèlement psychologique par Léa Seydoux ou encore d’exploitation, de méthodes méprisantes par les équipes techniques – la fiction elle est éclatante et réhabilite le cinéaste comme véritable génie de la direction d’acteur en même temps que de la capture de l’essence de la vie. Un petit miracle comme on en voit peu dans le cinéma français. Saisissant !

Abdellatif Kechiche a prouvé dans le passé sa volonté de saisir les sursauts de l’adolescence, d’en dessiner les contours pour observer cet infini mouvement qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte. On ne peut pas dire que jusque là ses tentatives aient été très fructueuses, avec son Esquive, bien que récompensée par un César, description grossière, aussi bien par le propos que par le jeu des acteurs, de comment grandir, coincé entre les murs d’une cité.  Si La Vie d’Adèle chapitre 1&2 rassemble  la somme des obsessions du réalisateur (l’importance de la transmission du savoir par le système scolaire, les drames adolescents ou encore la question de la différence) il ne ressemble en rien à ce qu’il a pu produire précédemment. La tiédeur du traitement de ces thèmes dans L’Esquive prend des hauteurs insoupçonnables dans La Vie d’Adèle chapitre 1&2. Un prof qui discute de Marivaux avec ses élèves, un repas de famille sur fond de Question pour un champion ou encore une discussion entre un groupe d’adolescentes devant le lycée,  se transforment en morceaux opératiques : le lyrique fait son entrée dans le simple rendu du quotidien. C’est la vie qu’Abdellatif Kechiche parvient génialement à saisir, ses moindres mouvements, ses tressaillements si minimaux, et donc si insaisissables.

Cette vie, c’est donc celle d’Adèle, dont on fait la connaissance à l’âge de 16 ans et que l’on suivra durant une dizaine d’années environ, une jeune fille exactement comme toutes les autres, qui veut aimer, s’amuser et se contenter de bonheurs simples. C’est d’abord son âme et son corps d’enfant que la caméra de Kechiche réussit si bien à capturer, à travers une façon de dormir, de marcher ou de manger, tout est dit. C’est l’amour ensuite, cette rencontre coup de foudre, que l’on ne trouve que chez les plus grands auteurs, comme Marivaux, qui sera décisive dans l’évolution d’Adèle. Il se trouve que ce coup de foudre c’est pour une autre fille qu’elle l’aura, et alors ? Ce n’est pas le propos du long-métrage, qui semble mettre un point d’honneur à ne jamais être militant. L’amour fera grandir, évoluer et déterminera la personnalité d’Adèle, c’est tout ce que le réalisateur veut dire. Comme il le fait avec les visages, Kechiche filme les corps en mouvement, pendant l’amour surtout avec ces scènes à l’érotisme extrême, les mêmes qui ont fait couler tellement d’encre ces derniers mois. Kechiche ne fait aucune concession, c’est vrai, ni sur l’engagement des actrices, ni sur la durée, ni sur ce qui est montré face caméra. Si elles ont été torturées pour les principales intéressées ne s’imprime à l’image que la violente vérité du jeu des deux actrices.

Adèle Exarchopoulos d’abord, au naturel insolent qui capte la caméra dans chacune des scènes qu’elle a à interpréter. Léa Seydoux ensuite qui n’a jamais été aussi juste, elle oublie pour une fois de se regarder et se donne sans concession et enfin incarne. La magie ne s’arrête pas là et agit dans chaque scène de dialogues, dans chaque sentiment esquissé, dans chaque gros plan d’un visage. Abdellatif Kechiche est le maître d’orchestre de ce prodige et nous donne en même temps une belle leçon de cinéma. Alors cette dernière a peut-être été apprise à travers la tragédie et la souffrance, mais après 2h59 de ce petit miracle ce qui importe au spectateur et au monde c’est qu’il existe simplement. Et d’empêcher tous ceux qui se mettront en travers de sa sortie sur les écrans, cette personne puisse-t-elle être son créateur lui-même !

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Grand Central : catastrophe nucléaire

Dimanche j’ai rattrapé en séance du lendemain le Grand Centrale de Rebecca Zlotowski dont toute la croisette ne disait que du bien. Ai-je été la seule à trouver le film gâché par une romance creuse et atone, que la performance de Léa Seydoux ne porte pas vers le haut ?

Rebecca Zlotowski fait partie des réalisateurs français dont le moindre mouvement est scruté par le monde entier, séduit qu’il avait été par son premier long-métrage Belle Epine, avec Léa Seydoux. La réalisatrice reprend son histoire d’amour avec  l’actrice qu’elle film tout aussi tendrement que la fois précédente. Chaque mouvement de sa poitrine, la chair de poule sur ses cuisses ou sa bouche qui se pose sur celle d’un autre, est scruté par la caméra qui ne peut cacher son admiration pour son actrice principale. Outre passer cette admiration et en faire quelque chose de concret au sein d’une intrigue est une autre affaire, qui semble bien plus difficile à Rebecca Zlotowski. L’histoire d’amour au centre du récit n’est pas celle qu’elle tente laborieusement de construire entre Tahar Rahim et Léa Seydoux, mais bien celle entre elle et son actrice. On ne croit pas vraiment à cette relation bâclée qu’elle tente d’établir entre les deux personnages à coup de plans maniérés, elle s’allongeant nue dans un chant, elle mordillant une fleur au milieu de la nature, et de symbolisme grossier, le jour de son mariage avec un autre elle fait tomber une pomme rouge, qui dérive au gré du courant.

Là où le film prend de l’épaisseur c’est dans la description du quotidien des employés d’une centrale nucléaire. Entre combat constant contre la dose et le lien si particulier qui se crée entre eux, car à chaque minute leur vie dépend des gestes de l’autre, le  film offre un point de vue étonnant sur cet univers méconnu. La réalisatrice réussit quelques moments de poésie en montrant les hommes plonger au cœur de la centrale, mouvement constamment partagé entre une volonté flagrante d’auto-destruction et un élan de générosité démesuré pour « amener la lumière aux gens ». Cette monstration offre également une réflexion intéressante autour de la crise qui crée des sacrifiés, pour qui risquer sa vie n’est plus un choix, mais une obligation face aux difficultés financières.

Malheureusement Zlotowski  ne fait qu’amorcer cette réflexion en lui préférant l’histoire, bien moins puissante, entre Karole (Léa Seydoux) et Gary (Tahar Rahim). La performance minaudée de L’actrice ne pousse pas vers le haut cette romance sans émotion relègue au deuxième plan l’intrigue avec le plus de force, portée par celle toujours de Tahar Rahim.

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Cannes J+3,4 et 5 : ennui, amis et pluie!

Du retard dans mes billets de Cannes au jour le jour alors allez hop je vous en fais trois d’un coup ! Des journées bien chargées ce qui explique ce retard.

Vendredi : C’était La journée ensoleillée de la semaine, au sens propre comme au figuré. C’était celle du Passé, qui selon moi aura la palmeque j’ai beaucoup aimé, comme vous avez pu le voir dans ma critique, et pour lequel j’ai pu ensuite assister à la conférence de presse avec un Asghar Farhadi réfléchi et pertinent. Vous pouvez la regarder en entier sur le site du festival (et peut-être m’apercevoir!). Puis deuxième coup de coeur de la journée avec le joli Tel père tel fils du japonais Hirokazu Kore-eda, qui sera à l’évidence dans le palmarès, aux vues des thèmes qu’il aborde (l’enfance, la paternité…) communs à ceux du président du jury, Steven Spielberg. Puis c’était aussi le jour ou je me suis fait des amis dans les fils d’attente et que j’ai eu le droit au surnom de « soleil de Cannes » et oui c’est comme ça que ça se passe au festival de Cannes!

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Samedi : C’était La journée pourrie. J’ai commencé avec Jimmy.P d’Arnaud Desplechin qui m’a beaucoup déçu, à tel point que je me suis endormie devant! J’ai quand même assisté à la conférence de presse pour apercevoir et écouter le merveilleux Mathieu Amalric. Pendant tout ce temps c’était la tempête sur Cannes, je me prends des douches avant chaque projection et galère dans le palais des festivals pour trouver une place où m’assoir tant il est bondé. Après la projection de Bends, premier film de Flora Lau, présenté à Un certain regard, qui malgré de jolis moments et une intrigue assez incongrue pour nous français, une femme doit accoucher de son deuxième enfant et pour éviter de payer une amende, elle doit aller clandestinement à Hong-Kong, manque de péripéties pour animer le récit. Trop désireuse d’être au sec j’en oublie de me rendre à la Quinzaine des réalisateurs pour voir Blue Ruin de l’américain Jeremy Saulnier. Je n’aurais de toute façon pas eu le temps puisque même en me présentant 1h45 avant le début de la projection de Inside Llewyn Davis des frères Coen, je passe de justesse ( dans les 7 derniers autorisés à entrer) et en me battant contre des journalistes enragés. Je me retrouve même avec une place que quelqu’un partant 10 minutes après le début du film me propose, que demander de plus! Une lutte qui valait le coup parce que le nouveau Coen est un vrai rayon de soleil dans ma journée de déluge. Allez on va se coucher et ça ira mieux demain!

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Dimanche : En effet le dernier jour de la semaine est plus doux, aussi bien au niveau de la météo que du programme. J’ai sécher le film néerlandais Borgman de 8h30 pour m’offrir une grasse mat jusqu’à 09h30! Revigorée je découvre le très bien construit, original et émouvant film indien The Lunchbox, à la semaine de la critique, avant d’enchaîner avec Les amants du Texas, film américain qui revisite le genre de la comédie romantique assez intelligemment. Et j’ai même droit à une visite éclaire de Casey Affleck et Rooney Mara, les deux acteurs principaux. Gonflée à bloc je me fais même une petite soirée rattrapage en allant voir Grand Central de Rebecca Zlotowski, avec Léa Seydoux et Tahar Rahim, dont je n’entends que du bien dans les couloirs du palais des festivals. Résultat le film confirme mon désamour pour le jeu de Léa Seydoux (décidément je ne comprends pas ce que tout le monde lui trouve) mon amour pour celui de Tahar Rahim et me fait vivre un long moment d’ennui. Pas certaine de mon programme de demain je laisse la nuit me porter conseil!

IMG_1148 IMG_1150Si si c’est Casey Affleck et Ronney Mara je vous jure !