Northwest : Copenhague, mon amour

Northwest a remporté le prix du jury et de la critique du dernier festival du film policier de Beaune et fait partie d’une vague de polars assez virtuoses venus des pays nordiques. On pense bien-sûr au danois Nicolas Winding Refn, mais également au suédois Daniel Espinosa et son Easy Money. Northwest continue le cercle vertueux et prouve encore une fois que le cinéma nordique n’a pas fini de nous étonner.

Scène d’ouverture, éclairée aux néons jaunes et roses, résonance des basses qui diffusent une musique électronique assourdissante, et le film résonne d’emblée comme une filiation assumée au cinéma de Nicolas Winding Refn. Celui des origines, surlignant la violence des quartiers pauvres de la capitale danoise, dans laquelle seul compte « le papier » moyen d’échapper à la misère ambiante. Comme dans la trilogie Pusher la caméra colle aux protagonistes et reste pourtant ce troisième œil froid et distant face aux événements extrêmes dont il se fait le témoin. Plus le film avance et plus cette gravité prend de la place. Si Casper, 18 ans à peine, se contentait de petits larcins plus ou moins anodins avec Jamal, il passera à la vitesse supérieure avec Björn, dealer et proxénète de plus grande envergure.

Les moments de répit symbolisés par une complicité fraternelle entre Casper, son frère Andy et leur sœur Freya deviennent de plus en plus rares et ne reste alors que la violence et la mort qui rôde silencieusement durant tout le film. Mais cette présence rôde justement trop timidement et, à l’image d’une violence pas assez assumée, le film ne va pas au bout de ce qu’il initie et semble constamment sur la retenue. La mise en scène n’ose jamais d’envolée lyrique de peur, on le sent, de magnifier cette violence, ce que n’hésitait jamais à faire lui au contraire, le maître Winding Refn.

Ainsi le long-métrage de Michael Noer, ne tombe jamais dans la démonstration, ni l’émotion facile et le pathos vers lequel l’histoire pourrait facilement basculer, et c’est la sa grande force. Malheureusement c’est aussi sa faiblesse, en distançant trop les choses, c’est l’émotion qu’il repousse et alors l’attachement du spectateur pour son récit et ses personnages. Ces derniers qui sont pourtant très travaillés, notamment celui de Björn en même temps tyran destructeur et figure attachante du père que les deux frères ont perdus, en même temps que celle de mentor. On regrette alors que le film ne finisse pas par assumer ces forces et enfin les dépasser pour être plus qu’un bon drame, plein de sincérité, mais finalement un peu anodin.

northwest-de-michael-noer_4108976

 

 

Cannes J+8 : mi figue mi magnum

Mercredi : C’était la journée de la grosse déception Only God Forgives (sifflé à la fin de projection). Trop triste de ne pouvoir l’aimer parce qu’en écoutant Nicolas Winding Refn lors de la conférence de presse (à laquelle j’ai pu assister cause d’absence de Ryan!) on le sent tellement réfléchi, passionné et drôle! Il est juste parfait, dommage que son film ne le soit pas…Deuxième déception c’est bien-sûr l’absence de Ryan Gosling qui se devine aisément par celle des journalistes  pour accéder à la conférence de presse du film. Mais dans sa lettre, lue par Thierry Frémaux, il souhaite que Dieu nous garde, alors c’est le principal! Ensuite je me tâte pour me faire le Kechiche de 2h59, sachant que j’ai en horreur l’Esquive, seul film de lui que ‘ai eu le courage de voir. Bon allez je tente quand même et j’ai bien fait parce que, malgré l’attente sous la pluie (revival!) , c’était une vraie bonne surprise que de suivre cette vie d’Adèle, une jeune fille qui devient femme et que l’on observe dans ce processus durant 2h59, qu’on aurait aimées ne jamais voir prendre fin! Il est 22h je change de chaussures et pour la première fois m’essaye à une soirée cannoise sur la plage du Majestic. Je bois deux coupes de champagne et m’en vais parce que la faim commence à me tirailler! Autour d’un panini je rencontre deux assistantes de production qui me proposent de les suivre pour le reste de la soirée, qu’à cela ne tienne, on rejoint des amis à elles dans un bar, on entre sur la plage Magnum pour se composer un magnum personnel (trop de la balle!) et finalement on tente de pénétrer dans le club du Carlton (au bluff) : ça marche on entre,. Ah non finalement on se fait repérer et jeter comme des malpropres… Mais il est déjà 3h30 je rentre me coucher!

IMG_1160 IMG_1161 IMG_1163 IMG_1164 IMG_1165 IMG_20130522_224304 IMG_20130523_010719 IMG_20130523_011406

Only God Forgives et nous on souffre

Après la démonstration de son talent de réalisateur dans Drive, qui lui avait valu le prix de la mise en scène au 64eme festival de Cannes, le nouveau film de Nicolas Winding Refn était attendu comme le messie. D’ailleurs intitulé Only God Forgives, il traite cette fois de la spiritualité et surtout de la mort. Un film en forme d’expérience mystique qui reprend les recettes de Drive pour en montrer tous les travers. La déception est immense.

Une salle de boxe, les couloirs d’une boîte de nuit ou les rues de Bangkok, des lieux d’une banalité incroyable peut-être à la lumière du jour, peut-être aussi vus à travers d’autres yeux que ceux de Nicolas Winding Refn. Car avec le génie du cinéaste l’espace se magnifie à la lumière des néons rouges, verts, bleus et un restaurant karaoké devient le lieu le plus noble qui soit pour qu’évoluent les personnages aux mouvements suaves, déambulant sans savoir où ils vont,  presque somnambuliques. La mise en scène est comme dans Drive, hallucinée et hallucinante, elle relève plus du processus de  la trance que d’une mis en image formelle de l’action représentée. Comme dans Drive aussi des éclairs de violence traversent des moments d’accalmie extrêmes. Mais si le héros s’éveillait au monde, celui d’Only God Forgives, Julian alias Ryan Gosling, entame lui son voyage vers la mort. Voyage qu’il n’achèvera pas avant d’avoir traversé l’enfer. Le ton est élégiaque, porté par une musique orchestrale, parfois terrifiante. C’est bien dans les tréfonds de l’enfer que nous traîne Nicolas Winding Refn, son film sent la mort dans chaque plan, chaque déchaînement de violence, personnalisée par le personnage du policier grand maître du jugement dernier, elle identifie ceux qui ont passé le teste et ceux qui ont échoué.

L’enfer filmé par Winding Refn c’est beau, magnifique même, mais c’est creux, caricaturale et finalement ennuyeux à mourir. Le complexe d’oedipe, la lutte du bien contre le mal, la masculinité, la violence, aussi bien physique que morale et enfin la mort sont tous des thèmes que le film souhaite explorer, sans jamais vraiment réussir à le faire se laissant happer par du symbolisme simpliste qui explose dans un final à la limite de l’affligeant.  Le long-métrage veut tellement verser dans l’expérience mystique qu’il en fait trop là où il devrait être modéré et pas assez là où il devrait aller en profondeur.  Dans la caractérisation des personnages par exemple, pour lesquels nous n’avons pas une once d’empathie, qui ne sont pas du tout incarnés et finissent par faire seulement figure d’allégorie.  Julian, qui représente l’impuissance masculine, au sens propre comme au figuré, réussit même l’exploit de faire de l’électrique Ryan Gosling un acteur atone, plus poseur qu’autre chose.

Si son personnage a, à première vue des ressemblances avec celui de Drive, une tendance à économiser les mots et à partir dans des accès de violence démesurée, il n’a définitivement rien de commun. Là où l’absence de mots du driver avait une dimension hautement poétique qui nous faisait comprendre directement l’obligation de les refouler dans un environnement très réaliste, celle de Julian renforce son aspect chimérique et nous le rend peu sympathique. Le personnage de la mère castratrice (Kristin Scott Thomas merveilleuse), bien plus encré dans la réalité, qui ouvre le plus la bouche, pour dire aussi les choses les plus immondes est beaucoup plus identifiable. Le vrai héros est sûrement cette mort qui rôde et dont on attend la rencontre avec Julian, vers laquelle tend tout le film. Lorsque cela arrive enfin on voudrait presque pleurer, non à cause de l’issu tragique pour le personnage, mais à cause de l’amer déception devant le film d’un metteur en scène qui  a pourtant tant de génie.

ONLY-GOD-FORGIVES-Image-04

 

Un jour à Cannes…

Voici un petit update sur le festival de Cannes et mes aventures pour y assister! Malgré les signes que l’univers m’envoie pour me dire de ne pas m’y rendre :

– la connaissance qui devait m’accueillir ne me donnant plus signe de vie.

-l’appartement à 600 euros trouvé que la locataire me promet et loue aussitôt à une autre.

-Ma demande d’accréditation qui n’est toujours pas validée.

-Mon gros problème de train en me rendant à la conférence de presse pour annoncer la sélection.

Je persiste et suis désormais en possession de mes billets de train et ai trouvé un logement à 500 euros pour toute la durée du festival. Il faut dire que ma motivation est GRANDE, puisque il grande DiCaprio fera l’ouverture avec son film The Great Gatsby et oui! Alors j’y crois et après l’annonce de la sélection officielle suis encore plus impatiente de m’y rendre avec de grands temps forts :

Only God Forgives : nouveau film de Nicolas Winding Refn, après son merveilleux Drive, et toujours avec Ryan Gosling.

Jimmy P : de Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric, adaptation de Psychothérapie d’un Indien des plaines de Georges Devereux qui raconte l’amitié entre un natif américain et un psychanalyste français.

Michael Kohlhaas : de Arnaud des Pallières avec Mads Mikkelsen. Un réalisateur que je connais peu, mais dont l’oeuvre singulière (Drancy Avenir, Adieu, Parc) m’intrigue. Il adapte ici une nouvelle de l’auteur allemand Heinrich von Kleist, dont l’action prendra place au XVIème siècle dans les Cévennes.  Michael Kohlhaas est un marchand de chevaux qui mène une vie prospère et heureuse jusqu’à ce que l’injustice d’un seigneur le frappe ce qui le poussera à lever une armée et mettre le pays à feu et à sang pour rétablir son droit.

Le passé : de Asghar Farhadi, réalisateur des très délicats Une séparation et Les enfants de Belleville. Le réalisateur racontera l’histoire d’un Iranien, connaissant des problèmes de ménage avec sa femme française, décide de la quitter elle et leurs deux enfants pour retourner en Iran. Dans le même temps, sa femme rencontrera un autre homme et demandera le divorce qui l’obligera à rentrer en France.

The Immigrant : de James Gray. Bon y a Marion Cotillard…Mais y a surtout Joaquin Phoenix!!

Ceux que j’attends beaucoup moins : La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Jeune et Jolie de François Ozon et Un Chateau en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi…

Côté Un Certain Regard:

– Même si The Bling Ring de Sophia Coppola n’annonce rien de bon avec dans le rôle titre Emma Watson (achevez-là!!) je suis quand même curieuse de voir ce que ça donne et surtout de pouvoir assister à la projection, avec Sophia Coppola à l’origine de Virgin Suicide, un des films cultes de mon adolescence.

Fruitvale Station : premier film de Ryan Coogler qui a remporté le grand prix du jury au festival de Sundance de cette année, que j’aime particulièrement, et qui s’inspire d’une histoire vraie arrivée en 2009 :  Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco.  Une rencontre dramatique et le film raconte les vingt quatre heures qui l’ont précédée.

As I Lay Dying : le premier film de James Franco en tant que réalisateur ça me rend curieuse!

Puis les films de Chloé Robichaud Sarah préfère la course, de Rebecca Zlotowski Grand Central, de Flora Lau Bends, de Claire Denis Les Salauds et de Valeria Golino Miele (premier de l’actrice) juste parce que ce sont des femmes et que ça fait du bien !!

Côté jury c’est Steven Spielberg qu’on appellera monsieur le Président pour la sélection officielle, mais surtout, j’aurais peut-être la chance d’apercevoir mon héroïne Jane Campion, puisque la seule femme à avoir remporté une palme d’or est cette année présidente du jury de la Cinéfondation et des Courts-Métrages. Voilà un beau programme to be continued, puisque demain je me rends à la conférence de presse pour la sélection de la Quinzaine des réalisateurs…

581381_10151417669503451_561927603_n